mercredi 31 janvier 2024

Réponse à Lionel Lumbroso

Lionel Lumbroso me dit : « Globalement « aigri », Erwan, sans doute pas, vu l’énergie et le temps que vous mettez à poster des « bouts de synthèse » généralement justes, mais dans la conduite de votre propos, vous loupez les embranchements constructifs pour privilégier les déductions et suppositions tristes et amères. Ça se comprend ; moi-même, j’oscille entre mon tempérament constructif et empathe et un abattement croissant face à la remontée de la bêtise et des penchants humains néfastes de l’époque.


Mais moi, c’est de 2010 à 2020 que j’ai participé, sur Facebook, aux grands débats sur tous les sujets récurrents, et où j’y passais 3-4h chaque jour. Aujourd’hui, j’ai 71 ans, j’ai vu passer la Faucheuse d’un peu loin dernièrement — mais c’est toujours trop près —, et j’attends le moment, relativement proche, d’être en condition de produire des résultats originaux et utiles (chansons et bouquins).
C’est-à-dire que je ne vais plus sur FB plusieurs fois par jour, mais plutôt une fois par semaine ou par mois. Et ces dernières semaines et mois, c’était vos posts, surtout, qui me donnaient à penser sur divers thématiques, mais surtout celle — présente dans l’esprit de chacun — de la judéité, des Juifs, etc.

Moi, je me sens extrêmement bien placé, de l’intérieur, pour discourir sur le sujet et tous ses aspects.

Vous, vous avez à la fois le point de vue de l’extérieur et, pour une part, celui de l’intérieur, mais cette appétence à saisir l’essence de la judéité (inspiré par ce que vous avez pu capter de positif de l’attraction de votre mère ?) est intriqué avec votre rapport à votre mère… qui, abusant de son pouvoir comme tant de XX dernièrement, vous rejette, et vous dénie toute part de judéité.
Tout cela vous clive de façon appuyée, étant entendu que la majorité des gens clivent sur cette question.

Mes parents ont *naturellement* quitté leur haute bourgeoisie tunisoise d’origine — elle, du meilleur milieu tounsi, lui, d’ascendance livournaise — pour « monter » en France et à Paris en 1946 faire leurs études, mon père en médecine et ma mère à l’École du Louvre.

Le mouvement qui les saisissaient avait bien plus que l’universitaire ou l’économique à sa base. Je l’ai marqué ci-dessus en ajoutant qu’ils ont fait leur “alyah“, une vraie montée vers le pays moteur en matière de progrès de civillisation, en ayant repris la charge des Romains. Alain Badiou, dans sa riche, brillante et quasi-conclusive synthèse là-dessus, argumente de façon convaincante que la France est le site de civilisation « en cours » qui équivaut, dans la modernité, au site originel d’étincelle civilisationnelle — disons Jérusalem.

Ma mère m’a plusieurs fois raconté, tant ça lui était resté sur l’estomac, combien elle avait été furieuse de voir, en 1945, les Sionistes frapper à toutes les portes des familles juives de Tunis, pour les conditionner d’avance à peupler Israël quand il existerait, ce qui ne faisait plus grand doute, depuis les années ‘20 qu’on en discutait et avec le demi-génocide qui venait de se produire (celui des mal-inspirés qui avaient choisi de remonter au nord et allaient nécessairement se cogner les cruels slaves et les obsessionnels germains).

(J’en ai tiré plus tard une typologie : il existe deux types de Juifs, les diasporiques, fidèles, et les israélocentrés, rattrapés par l’hubris)
Je m’efforcerai de revenir répondre de façon plus détaillée à vos principaux points, qui ont tous de la pertinence mais dont vous êtes trop obnubilé par la face sombre.

Nous sommes un peu tous dans ce cas, c’est entendu : le triomphe de l’économique et du marchand sur le politique semble très avancé, après déconstruction tous azimuths des fondements politiques (qui procèdent de « l’ordre du Père », et il n’est pas certain qu’il y en ait un autre possible chez les humains), avec l’aide précieuse et appréciée par les capitalistes américains de tous les lobbies sociétaux.

Pour l’heure, je finirai sur une parole majeure à propos de la judéité et d’Israël, qui a été décriée par bassesse de vues, c’est celle de de Gaulle, après la Guerre-Eclair Israël-Egypte (avec Israël dans le rôle de la Russie d’aujourd’hui, reprenant le Sinaï de 1967 comme Poutine une partie de l’Ukraine)

J’avais 14 ans, et le mot « dominateur » m’a fait sursauter, tant il ne décrivait pas ce que je savais, d’une part de ma double généalogie au Maghreb et d’autre part de l’esprit juif hérité et gravé en moi.
Nous n’avions pas été dominateurs, nous avions été dominés, nous avions pendant des siècles le statut de dhimmis, « protégés », avec un peu moins de droits… mais ça se passait bien, tout le monde avait sa place, jouait un rôle.

Le « dominateur » de de Gaulle a décanté en moi pour, après des années de réflexion, me faire comprendre très clairement que la judéité avait été dénaturée par la création d’Israël (ou, autre formulation que votre témoignage étaye : que la création d’une nation juive [en contradiction avec la mission multiséculaire de diaspora], ne pouvait que favoriser les défauts juifs, gommer notamment une certaine modestie propre, sage et autoprotectrice).
Nous, nous nous sentions à notre juste place en ‘diaspora’, “parmi les nations”, apportant quelque chose de propre aux sociétés qui nous accueillaient.

Mieux : cette conception ne promouvait donc pas une vision figée des places et figures, comme les vieux mythes et religions cycliques, mais continuait à donner au processus civilisationnel sa flèche, son mouvement.

C’est dans cette logique, c’est dans les pas de mes ancêtres, jusqu’à mes parents, que des Juifs, du bon côté de la Méditerrannée, ont figuré qu’avec leur transport à eux sur plusieurs siècles, le site-proue du mouvement civilisationnel était passé de Jérusalem à la France...

…une France aujourd’hui atteinte, et pas aussi influente qu’elle le devrait, en train de s’américaniser (de régresser en culture) carrément avec envie, même dans les provinces.

La situation est grave, mais l’homme de bien doit s’interdire de désespérer.

(Plus d’une heure passée et je ne vous ai répondu que peu, mais il me semblait utile de poser ces points historiques et généraux)
—> J’ai bien fait d’insister, mais attendez-vous à un rythme lent dans mes réponses et réinterventions.

Et compliments explicites sur votre travail d’analyse et de synthèse des multiples chaînes causales amenant à la situation préoccupante d’aujourd’hui.

Avoir la juste intelligence de ce qui nous arrive et en produire un aperçu convaincant est la meilleure chance que nous ayons encore.

À bientôt. »

D'abord je tiens à vous remercier cher Lionel Lumbroso, de vous intéresser à mon « cas », qui est certainement un cas pathologique en réalité, parce que je suis le seul dans la famille à essayer de mettre des mots aux maux, et je suis rejeté pour ça comme « celui qui casse l'ambiance » ; y compris rejeté récemment par ma désormais ex-femme que j'aimais encore, ma fille aînée qui est juive, par la société (j'ai fait quand même 6 mois de prison ferme pour avoir agressé et insulté un gendarme lorsqu'il venait me notifier que ma femme avait porté plainte pour « harcèlement moral » et « violences conjugales »), perdu ma maison, mes biens et mes animaux, mon équilibre psychique, mon métier de professeur des écoles au sein de l'EN mais que je ne supportais plus car j'étais constamment en burnout ; me retrouvant actuellement à vivoter dans un logement insalubre et me nourrissant grâce aux restos du cœur. Il n'y a que les deux plus petites filles (quand même âgées de 18 et 16 ans) issues de ma récente union, désormais démolie à l'« insu de mon plein gré », qui ne me rejettent pas. J'avais peut-être besoin de tout ça pour alimenter ma colère légitime vis-à-vis de ma condition, au sein d'une société néolibérale dont j'exècre absolument toutes les valeurs dans lesquelles je ne peux catégoriquement pas me reconnaître tant elles sont avilissantes.

Ensuite concernant ma mère je pense que vous avez posé le bon diagnostic, clivante est le mot pour définir sa personnalité. Elle a fait de moi le bouc-émissaire qu'il faut expulser de sa famille pour que cette dernière puisse se réconcilier sur son dos, et retrouver le cours normal des choses. Je ne sais pas si Freud avait prévu - puisque ma mère était psychologue et pratiquait la psychanalyse sur des patients, a toujours des ami(e)s eux-même majoritairement médecins psychiatres pratiquant la psychanalyse -, que les développements de sa théorie dans le milieu huppé de la bonne société bourgeoise parisienne, aboutirait à de telles aberrations !

Quand je dis de la Shoah - « Bien sûr qu'il s'agit d'une idole, comme l'est tout mausolée à la mémoire d'un défunt, et surtout s'il prend des dimensions tellement gigantesques qu'il en occulte toutes les autres souffrances de la terre, qui sont pourtant aussi légitimes que celle un peu trop exclusive des Juifs - on comprend pourquoi toutes les mémoires opprimées de la terre entre alors en rivalité mimétique avec celle les Juifs, qui vise à être considérée comme absolument unique et singulière en son genre (d'une certaine façon le Génocide plus "grandiose", incorrigibles Juifs mégalomanes, on ne se refait pas !), dans une sorte de concurrence victimaire sans réelle issue -, et ont le droit elles aussi à l'existence, au dévoir de mémoire. Y-a-t-il par exemple un devoir de mémoire pour les Amérindiens exterminés ? Un jour officiel de commémoration avec force documentaires et films diffusés pour sensibiliser à un tel crime pourtant fondateur de la nation américaine, peuplée au départ de colons anglo-saxons venus du continent européen, avides des terres qui ne leur appartenaient pas légitimement ? Non, il n'en ait pas jailli une quelconque forme de culpabilité collectivement reconnue à la mémoires du peuple amérindien. Idem pour l'esclavage, la colonisation, les génocides des Arméniens, des Tutsis. Sans citer tous les autres crimes de la terre qui sont pléthoriques, ou alors les Juifs vont-ils venir nous dire que cela n'a rien à voir avec la Shoah ? qui seule peut bénéficier de l'excusivité pour faire part de la souffrance de tout un peuple. En ira-t-on jusqu'à minimiser la souffrance des autres, jusqu'à la nier, pour mieux exalter celle des Juifs ? Gare au crépuscule des idoles ! Surtout lorsque leurs créateurs seront démystifiés (éventuellement lorsqu'ils auront à leur tour commis un génocide, et qu'il sera dévoilé à l'opinion publique) ! » - toutes ces choses citées dans cette incise, il faut bien entendre que c'est ainsi, par un mausolée à la mémoire d'un défunt, que se sont constituées toutes les religions.

Il me semble que Freud - considéré à tort selon moi comme un prophète dans la société actuelle, où tout est pensé selon les catégories de la psychanalyse dans les classes supérieures (et pas seulement) : l'anthropologie freudienne -, avait dit qu'elles provenaient du meurtre du Père dans la tribu primitive, dont les fils criminels avaient ensuite fait un idole sacrée par culpabilité. Je ne réfute pas une telle analyse, et même j'y adhère ; l'anthropologie freudienne aurait juste gagné à ne pas tirer du cas particulier du « maître », son amour pour sa mère notamment (qui n'est absolument pas généralisable, loin de là), des généralisations pour expliquer tous les phénomènes humains et tout particulièrement les pathologies, les cas cliniques, que l'on retrouve dans la littérature et qui selon Freud viennent conforter sa doctrine. Freud aurait dû savoir être moins messianique, plus modeste dont vous dites que cela constitue un trait typique des Juifs, faire preuve de davantage de décence (au sens de la décence commune définie par George Orwell) en reconnaissant qu'il y a des choses qu'il ne pouvait pas savoir, qui échappent à l'esprit humain et à la toute puissance de la clairvoyance des psys, et qui relèvent du mystère, au sens de mysticisme.

L'originalité du judaïsme est d'avoir postulé l'unicité de cette idole, de ce Dieu, celle du christianisme est de s'être mis à la place de la victime, pour adopter son point de vue, sur ce meurtre sacrificiel qui est propre à toutes les sociétés pour conjurer la violence des rapports humains qui fonctionnent toujours dans une logique de tiers-exclu. Avant dans les polythéismes il y avait eu des meurtres sacrificiels ritualisés, souvent d'animaux, mais qui pouvaient aller jusqu'à des sacrifices humains comme c'est relaté dans l'Iliade d'Homère, le sacrifice de sa fille Iphigénie par Agamemnon pour obtenir l'aide des dieux de l'Olympe. Il y avait donc un énorme violence, y compris dans les racines de cette civilisation florissante qu'a constitué la société des Grec anciens, que l'on a tendance à idéaliser un peu, elle n'était pas parfaite loin de là.

Bref tout ça pour dire que les notions de sacrifice, de bouc-émissarisation, sont très importants pour expliquer le fonctionnement des sociétés. Ce que le christianisme avait apporté, c'est une forme de pacification, autour du sacrifice de Jésus, que les fidèles répétaient rituellement au cours d'une cérémonie religieuse appelé la messe, tous les dimanches dans les églises. Ce que l'on constate en l'absence de tout rituel (apaisant) de ce type, c'est la récrudescence dans nos sociétés ultra-modernes reposant sur les sciences, de phénomènes de bouc-émissaristion en l'absence de médiateur d'origine religieuse (Jésus pour ne pas le nommer), notamment sur le lieu de travail, là où se joue la survie de chacun, le « stuggle for life » tant vanté par nos Thatcher, Reagan et tutti quanti (« there is no society »), se manifestant par des phénomènes massifs de burnout, dont je crois avoir été la victime dans l'exercice de mon métier, car je suis trop « gentil » pour savoir me faire respecter. D'une manière générale, les conditions de travail deviennent beaucoup trop dures, et ce n'est pas seulement une question de juste rémunération. Les conditions de travail auraient beau s'améliorer, les salaires devenir plus attrayants, la pression fiscale baisser sur les ménages les plus modestes - car je pense avant tout du point de vue des classes populaires et modestes, qui sont celles qui ont le plus de valeur à mes yeux, puisqu'elles servent de fondation à toutes les autres qui malheureusement aujourd'hui les dominent et les méprisent, voire pire, mais je ne veux pas entrer dans les détails de cette humiliation collective subie au quotidien par les classes laborieuses -, cela ne réglerait pas le problème de fond, et d'ailleurs nous n'en prenons pas du tout la voie, c'est même tout le contraire. Il est clair également que ni la laïcité, ni les valeurs de la République, ni même la lutte contre l'antisémitisme, ne régleront ce problème de fond. C'est la grande naïveté de notre époque de penser le contraire, et c'est pour ça qu'il faut toujours nager, en réalité, dans un courant contraire (ce que pensait mon ex-femme qui me le reprochait et me taxait de « fou ») pour être réellement honnête vis-àvis de soi-même et des autres, c'est extrêmement difficile et ça va contre le bon sens dont Descartes disait qu'il était la chose la mieux partagée.

Je ne prétends pas être un prophète, encore moins un messie, mais je pense que si on ne réhabilite pas la religion catholique en France, rapidement, il y va de notre survie en tant que civilisation rayonnante, qui fut longtemps un modèle pour tous les peuples opprimés de la Terre. Bref je prétends que les Lumières descendent directement du christianisme, qu'elles ne constituent pas une rupture, et tout particulièrement du catholicisme en France, qui expliquent l'apparition de figures messianiques telles Diderot, Rousseau et Voltaire, et que cela me semble beaucoup plus pertinent pour s'en sortir, désolé de vous le dire, comme condition absolument indispensable de survie anthropologique, que toute l'Éthique juive compilée de Spinoza à Freud, puis Jankélévitch et Lévinas. Même si tous ces auteurs sont extrêmement importants et ont largement contribué au prestige de notre civilisation aux yeux du monde, ils ne sont pas indispensables à la survie de l'Occident contrairement à la religion chrétienne, et toute son importance pour unir, unifier, la société autour d'un culte religieux commun. Or il me semble qu'en érigeant une nouvelle idole, un nouveau Dieu en réalité, à la mémoire des victimes de la Shoah, nous ne règlerons pas le problème de fond.

vendredi 1 décembre 2023

Pensées par l'absurde

J'ai eu une vie vraiment dégueulasse, c'est un fait et non une interprétation. Manque de chance, manque de talent, ça peut arriver à tout le monde et à n'importe qui. Il faut s'extraire de sa singularité pour accéder à l'universel. Car d'après mes estimations tout va s'arranger par la baisse de la population mondiale. Elle continue toujours à augmenter un peu en Afrique noire mais ça ne va pas durer. Avec la baisse naturelle de la population mondiale, il y aura moins d'émissions de gaz à effet de serre, mécaniquement. Surtout si l'on y rajoute la transition énergétique elle-même source de croissance car vectrice d'innovations technologiques.

L'humanité va retrouver son équilibre, ses cycles naturels et même un système fondé sur la croissance pourra perdurer. Il y aura sans doute encore de très graves crises et il faudra accepter le métissage généralisé de la population européenne, c'est absolument imparable, un passage obligé, même si cela doit se faire par des cycles d'une violence inouïe qui feront passer le meurtre du jeune Thomas pour une récréation somme toute assez anodine. C'est inévitable et il faut l'accepter, Macron a bien compris que c'était le prix à payer de la métamorphose perpétuelle de la société en vue de son efficacité optimale. Macron l'a manifesté en ne participant pas à la marche contre l'antisémitisme. De ce point de vue la communauté juive, la société israélienne, attachées à leur identité comme une huître à son rocher, constituent une énigme en refusant de participer à ce métissage généralisé de la société mondiale, tant physique que spirituel, qui certes passera par de graves crises comme le 7 octobre, mais qui sont inévitables. Mais en principe tout rentrera dans l'ordre d'ici 200 à 300 ans. Nous reviendrons assez rapidement à une population de 4 milliards d'humains, et l'humanité poursuivra alors sa décroissance démographique tout en pouvant donc continuer sa croissance économique, technologique, scientifique, finalement sans dommages vitaux pour la planète. À l'échelle mondiale où déjà la décroissance démographique a commencé à porter ses fruits comme conséquence du progrès matériel des conditions de vie, partout sauf en Afrique noire, Bill Gates et d'autres grands penseurs concrets de la modernité, et non des philosophes théoriciens fumeux de la décroissance, réfléchissent déjà aux modalités de sa baisse future et souhaitable, tout simplement par le développement économique des conditions de vie de ces populations d'Afrique noire au même niveau que celles du reste du monde.

Même Zemmour le dit, c'est la démographie qui fait la loi. Au début du XXème siècle nous vivions, sauf en France, dans des pays européens en pleine explosion démographique qui explique en partie les deux guerres mondiales. Nous faisons désormais face à une autre inquiétude : celle de notre propre déclin après la parenthèse enchantée que constitua la génération des baby-boomers. L'explosion démographique aujourd'hui a lieu dans la zone la plus pauvre du monde : le cœur de l'Afrique noire et dans une moindre mesure les pays arabo-musulmans. Le libéralisme ne devra plus compter sur la jeunesse des pays développés qui est en pleine dégénérescence spirituelle, décadence morale, mais sur celle de ces pays en pleine explosion démographique, qui viennent aussi chercher un asile de protection dans nos contrées, contre la faim, contre les dérèglements climatiques, pour leur santé, pour nourrir leurs familles. Bref, c'est inévitable ! Il y a un seul pays du monde occidental qui continue à faire beaucoup d'enfants, c'est la population juive d'Israël, signe de vitalité et de non décadence spirituelle et morale, c'est le petit village gaulois qui continue à résister à l'envahisseur. C'est bien pour cela que Zemmour est ce Juif qui s'identifie à des ancêtres gaulois.

Ça se stabilisera selon moi finalement vers 1 milliards d'humains d'ici trois siècles au maximum, et la planète retrouvera sa respiration, un soulagement. Il n'y aura absolument rien à changer au système, et rien ne changera car comme l'avait dit Churchill il s'agit du pire système à l'exception de tous les autres. Ça continuera sur le modèle libéral, ou "conservateur" selon la terminologie des Anglo-Saxons, avec même une surenchère néolibérale libertarienne inévitable, avec certes des inégalités qui continueront de s'accroître, des hyper-profits, mais au fond pour le bien commun. Car la croissance ne pourra continuer qu'à la condition qu'il y ait une émulation maximale entre les hommes afin qu'ils soient motivés à continuer à entreprendre et à innover, pour faire reculer toujours plus loin la frontière, sur le modèle de la Californie découverte par les premiers colons. Or tout retour en arrière vers un système plus redistributeur de style social-démocrate entraverait le développement de l'ensemble. Une certaine inconscience est effectivement à entretenir ainsi que l'idée d'une folle et joyeuse conquête, pour maintenir une forme d'enthousiasme de la première fois, l'esprit pionnier : cela est visible dans toutes les campagnes de marketing. Car comme l'ont bien compris les libéraux et non les communistes définitivement discrédités par l'Histoire, c'est dans la nature de l'homme.

Non le progrès n'aura pas forcément la peau de l'humanité, elle a des ressources insoupçonnables. Une certaine part de hasard et de chance, qui fait pour le dire crûment de vous un prédateur ou une victime, est aussi la part du risque sans lequel on ne peut concevoir une saine émulation. Il a aussi ceux qui sont incapables d'assumer ce risque, étant aussi celui de pouvoir tout perdre, tout rater. Ceux qui s'enrichissent et enrichissent la société de leurs talents font partie de la catégorie de ceux qui assument la part de risque et seront toujours une minorité, mais que l'on pourrait qualifier de force vive, de minorité agissante. Bien sûr qu'il y aura toujours besoin aussi d'une majorité d'individus sans ambition particulière pour faire tourner tous les rouages du système. Il y a les moutons et il y a les Autres, ceux qui constituent l'altérité aux yeux des moutons. Ces derniers sont des individus utiles, mais qui ne créent pas de richesses. Il ne faut pas rêver, rien ne s'est jamais fait dans l'harmonie mais uniquement dans le conflit. Ces individus utiles il n'est pas nécessaire ni même souhaitable pour eux, qu'ils s'enrichissent trop, le principe étant d'en tirer le maximum en leur donnant le minimum. C'est d'ailleurs la frustration et l'aigreur qui dominent dans cette catégorie de la population, il n'y a pas de raisons souhaitables pour que cela change dans l'immédiat ; par contre sur le long terme on peut s'attendre à une amélioration considérable des conditions de vie au sein du système, qui deviendra de plus en plus harmonieux et de moins en moins conflictuel, lorsqu'enfin les fruits du progrès pourront profiter à tous.

Par contre le métissage sera absolument généralisé, sauf en Asie qui le refuse catégoriquement pour l'instant - et en Israël, mais ce n'est peut-être espèrons-le que temporaire. Il faut voir le bien de l'ensemble, le bien commun, pour prendre conscience des nécessaires sacrifices qui s'imposeront aux individus, voire le sacrifice nécessaire de certains individus qui coûtent trop cher à la collectivité car ils ne sont pas productifs, Jacques Attali n'est pas très loin d'avoir raison lorsqu'il préconise une forme d'euthanasie des personnes âgées improductives maintenues artificiellement en vie au détriment de l'intérêt général, qui coûtent un pognon de dingue. Il faudra traiter ce problème avec le maximum d'humanité tout en veillant à ce qu'il n'entrave pas la marche du progrès et de la croissance, qui je le répète repose sur la concurrence et la compétition entre les hommes faisant forcément des victimes : les perdants de la mondialisation - encore un autre problème que celui des personnes âgées. Ces victimes sont réelles et absolument inévitables dans un régime compétitif de guerre de tous contre tous. 

Je pense que l'on pourra régler ce problème par un système de revenu universel, permettant aux inadaptés, improductifs et autres parasites, de vivoter, sans que leur existence ne nuise à la marche en avant de l'humanité méritante, sur le modèle méritocratique. Au fur et à mesure de la décroissance démographique, ces ratés du système apparaîtront de moins en moins nombreux et scandaleux, peut-être même qu'une forme d'harmonie encouragée par la décroissance démographique pourra rendre acceptable de plus en plus, le principe fondateur que constitue le conflit comme base du système. 

Je prévois donc qu'absolument rien ne changera, et qu'on assistera même à une forme de radicalisation libertarienne du système libéral, sans que cela ne nuise aux équilibres écologiques de la planète - par la décroissance démographique répétons-le. Ne pas maintenir ce progrès innovant dans son essence, qui est tout le contraire de la justice sociale mais nous devons l'accepter, pourrait conduire à une forme de stagnation et de démotivation de la minorité agissante devant continuer de s'enrichir exponentiellement comme garantie de sa motivation, elle-même source de toute innovation seule apte à maintenir le système capitaliste hors du danger que pourrait constituer pour lui la baisse tendancielle du taux du profit, source de toutes les crises et récessions.

La vie a toujours été cruelle pour les faibles et les moutons, c'est-à-dire l'écrasante majorité du genre humain, mais sous des modalités différentes.

samedi 3 juin 2023

Conservateur oui, mais anarchiste conservateur

Conservateur oui, mais anarchiste conservateur

Moi j'ai connu de vrais chrétiens en Bretagne dans un coin assez reculé du Morbihan, ils étaient croyants et pratiquants et parlaient breton d'ailleurs, ils votaient à droite par tradition. Ils n'étaient pas encore corrompus par l'école et l'idéologie kantienne sur la démocratie laïque et le devoir républicain. C'étaient mes grands-parents. Tout le contraire de mes enc... de parents qui votaient à gauche, petits jouisseurs baby-boomers soixante-huitards ayant refusé que je me fasse baptiser. Mes grands-parents de droite donc, gaullistes mais pas pétainistes, étaient sociaux, au sens où ils ont toujours tout fait pour aider leurs deux filles, et les enfants de ces deux filles, dont moi donc. Mes deux parents d'abord libertaires puis libéraux-libertaires à partir des années 80, libéraux-wokistes dans leurs vieux jours, ne m'ont jamais rien donné, il fallait que ce soient mes grands-parents qui me donnent de l'affection, m'habillent, me fournissent mes fournitures scolaires, m'accueillent systématiquement pour les vacances. Ensuite mon père s'est barré en Martinique, puis au Costa-Rica, et enfin au Portugal pour profiter de sa retraite. À vrai dire je n'ai plus eu de ses nouvelles à partir de mes 19 ans, j'ai seulement eu vent de loin de ses pérégrinations. Il m'a littéralement abandonné sans que cela ne choque véritablement personne au sein de ma famille, ni n'émeuve d'un iota la société et les pouvoirs publics. Il a profité à fond du système pour travailler très peu tout en gagnant très bien sa vie et obtenir une très bonne retraite anticipée avec sans doute un certain degré d'invalidité.

Pendant ce temps-là ma mère de gauche qui était censée s'occuper de moi s'en foutait en réalité royalement, me négligeait, et demandait à ses parents qui travaillaient dur dans leur petit commerce de tailleurs, du fric pour soi-disant m'élever. Ne me parlez pas de cette gauche libertaire, qui a viré libérale-libertaire, et qui n'a jamais eu le sens de la collectivité, ayant même fini par détruire l'État Providence et tous les acquis du CNR comme "cadeau" en héritage laissé à ses enfants, toutes ces générations sacrifiées pour l'égoïsme d'une seule : celle des baby-boomers. Mes parents donc ont des moyens mais ils ne partagent pas, même pas et j'ajouterais surtout pas avec leur progéniture qu'ils méprisent. Est-ce généralisable ou ne s'agit-il que d'une très sévère pathologie intrafamiliale ? Je ne sais pas. Tout est fait aujourd'hui pour que la famille se dissolve, ça n'émeut plus personne sa destruction, c'est devenu la norme et c'est le contraire qui constitue désormais l'exception : les couples qui durent et arrivent à sécuriser leurs enfants dans le temps long. Il n'y a plus que l'islam qui protège la famille et qui propose des valeurs collectives dépassant l'individu.

L'Occident s'est complètement déchristianisé en 60 ans, et la nature a horreur du vide. Désormais ce sont de jeunes blancs d'origine européenne qui se convertissent à l'islam, ça commence dans les quartiers les plus défavorisés, mais nul doute que ça va se répandre peu à peu dans des couches plus favorisées de la population. Ce processus inéluctable est très bien décrit par Houellebecq dans Soumission que j'ai lu deux fois.

Pour que la démocratie et la neutralité de la laïcité fonctionnent, il faut un très fort soutien familial pour pouvoir rivaliser dans la sélection assez impitoyable qu'impose le système scolaire, la notion de mérite républicain et toute vie en société en général. Finkielkraut est comme le kantisme, il a les mains pures mais il n'a pas de mains. Or nos institutions démocratiques aujourd'hui très fortement influencées par l'idéologie néolibérale ne défendent pas la famille ni la collectivité, elles défendent l'individu. Et sans une chaîne de solidarité et sans la collectivité l'individu n'est rien. C'est le libéralisme qui a placé l'individu au centre de institutions de la démocratie, du système juridique, de la fabrication des lois, sans se soucier du fait que si l'on détruit la collectivité l'individu n'est rien. En démocratie le droit est libéral, c'est-à-dire qu'il ne défend que l'individu. Tout cela découle d'une idéologie bourgeoise, d'un préjugé bourgeois. Or un individu coupé de la collectivité est un malade mental qui souffre de troubles schizoaffectifs.

En démocratie le droit est libéral et bourgeois, c'est-à-dire qu'il ne défend que l'individu. Tout cela par d'un postulat faux : l'individu souverain et les droits de l'homme qui en découlent. Or l'individu ne peut être souverain que s'il est intégré dans une collectivité, que s'il a des liens avec une communauté dont il est partie intégrante. L'individu n'est qu'un élément constituant essentiel d'un tout qui le dépasse et qui le fonde : la collectivité. Le nier c'est être aliéné et ne jamais parvenir à trouver sa liberté. La loi en démocratie a tendance à défaire tout ce qui résulte des liens que la collectivité a tissé, pour soi-disant protéger l'individu. La loi détruit la collectivité au nom des droits de l'individu.

Oui mes grands-parents avaient le sens de la collectivité, le sens de la solidarité, le sens du partage, mais aussi du devoir, qui se sont complètement perdus dans ma famille avec la génération des baby-boomers, au point qu'un de mes cousins germains a dû se suicider parce qu'on ne lui a pas laissé le choix et qu'une de mes demi-sœurs est autiste sans doute par négligence de mon père. Oui la loi morale s'est diluée dans le libertarisme de gauche post68ard, puis complètement perdue avec le libéralisme. Alors je préférerais vraiment le monde chrétien de mes grands-parents ayant un grand sens du devoir et de la loi morale, de la solidarité, de la collectivité, et je vomis la déchristianisation libérale-libertaire, faussement cool, bobo, post68arde, qui aujourd'hui aboutit au moralisme wokiste. Les soixante-huitards baby-boomers ont laissé un monde déchristianisé en ruine à leurs enfants, qui se caractérise désormais par un repli identitaire caractérisé notamment par le discours de Zemmour et la montée inexorable de l'extrême droite, une loi morale tournant exclusivement autour de la culpabilité vis-à-vis de la Shoah dont découle la Loi et le blasphème sous la forme du négationnisme. C'est un blasphème car qu'on le veuille ou non, elle a un caractère sacré dans une société paradoxalement pratiquement complètement déchristianisée et laïque, mais au sein de gens chez qui le sens du sacré n'a pas complètement disparu car il ne peut en réalité disparaître. L'accusation très grave de négationnisme, quelquefois pour un oui pour un non, est donc une nouvelle forme de superstition comme jadis on se protégeait du mauvais œil par des rituels ancestraux de purification de l'âme. Le négationnisme est le produit des âmes impures que l'on refoule dans les marges obscures de la société, comme jadis on faisait la chasse aux sorcières.  

J'hésite encore un peu entre blasphème et crime de lèse-majesté, dans les deux cas c'est un rapport au sacré où l'on surjoue l'indignation - je ne parle pas des réelles victimes.

Les Juifs ou la communauté juive n'y sont pour rien dans ma pathologie mentale, ce sont effectivement mes parents qui ont entièrement détruit ma vie, et sans aucune culpabilité puisque c'est effectivement une notion chrétienne donc qu'il fallait absolument détruire. Ils ont l'entière responsabilité du mal qu'ils m'ont fait. Où était la loi pour freiner ces malfaisants dans leur quête de jouissance ? Si on ne met pas de lois pour abandon caractérisé d'enfant(s), alors on peut dire que la société ne tourne pas rond. Dans mon vécu existentiel, la société chrétienne avec toutes ses chaînes de solidarités me paraît préférable à la neutralité glacée et sans âme de la laïcité. L'attitude de mes parents qui n'est sans doute pas généralisable, me fait penser à une chose : les eaux glacées du calcul égoïste dont parle Marx. Les chaînes de solidarité du parti communiste en France n'étaient pas si mal, elles ont donné lieu aux acquis du CNR que désormais Macron détricote en toute impunité et sans aucun complexe, lui le pervers manipulateur dissimulateur.

Alors s'il vous plaît ne me parlez pas de tartuferie, concernant la morale chrétienne que les 68ards auraient eu raison de détruire pour imposer leurs valeurs libertaires puis complètement libérales décomplexées. Les baby-boomers ont détruit la France, les terroirs, la joie de vivre, la simplicité, l'amour du pays et de la patrie. Mes parents sont des malfaisants, des pourris égoïstes abandonnants, j'aurais encore préféré qu'ils me placent dans une famille d'accueil ou encore beaucoup mieux qu'ils laissent complètement mes grands-parents s'occuper de moi chez eux. Pour mes parents je n'étais qu'un alibi pour obtenir du fric de mes grands-parents en faisant semblant de m'élever, c'étaient des Thénardier, mon cas est-il généralisable ? J'en conclus que la gauche en France n'est pas du tout socialiste, mais libérale-libertaire et complètement pourrie, cf. Les mystères de la gauche, Michéa. Tout cela pour dire que je me sens absolument anarchiste conservateur face aux institutions corrompues de notre république bananière et répressive. Je suis fondamentalement socialiste, un socialiste chrétien non baptisé mais pas de gauche…

Parce que le monde est de plus en plus divisé en psychotiques et en psychopathes, et qu'il vaut mieux être un psychopathe qu'un psychotique, comme le disait ma mère qui ne pouvait s'empêcher au fond d'elle-même d'admirer mon père pervers malgré tout le mal qu'il pouvait faire à son entourage - essentiellement elle-même et moi-même.

J'ai été officiellement déclaré psychotique par le médecin psychiatre en charge de mon dossier dans le cadre de l'Éducation Nationale, donc déclaré inapte définitivement à toute fonction en son sein. À 55 ans seulement je suis donc mis en retraite anticipée, j'attends mon degré d'invalidité dont va dépendre ma pension pour le reste de ma vie. Plus le degré d'invalidité sera élevé plus j'aurai des chances de m'en sortir !

J'ai quand même l'impression d'être un déchet, je me sens humilié. J'ai absolument tout raté dans ma vie : travail, famille... patrie (hi hi hi !).
La plus grosse bêtise c'est de faire table rase du passé, on pourrait assimiler cela à une démarche philosophique de type cartésien, alors que le plus souvent c'est le fruit d'un traumatisme qui vous fait perdre la mémoire de tout ce que vous avez acquis, ou de la répétition d'un traumatisme que vous avez connu enfant et qui conduit au même résultat. La vie s'est chargée pour moi de me faire indéfiniment revivre le même traumatisme originel et d'abolir ma mémoire des choses acquises. Donc je n'ai rien acquis, je suis plus misérable à 55 ans que je ne l'étais à 30, quand j'avais encore un semblant d'espoir.

"Deviens ce que tu es !" affirmait Nietzsche, je suis effectivement devenu ce que je suis depuis le début sous l'action mortifère de mes parents, dont je peux situer au moins une ou plusieurs origines traumatiques et qui sont un obstacle à toute action de résilience... Je suis enfin devenu officiellement un psychotique incurable.

C'est ambivalent. Évidemment qu'ils n'étaient pas tout noirs, j'ai partagé avec eux des choses positives que je ne peux pas non plus oublier. Ma fille aînée est désormais plus proche de ma mère que de moi, c'est un sac de nœuds inextricable. J'aurais personnellement préféré conserver des liens chaleureux avec mes parents, mais de leur point de vue ce n'était pas possible car j'étais pour chacun des deux le fils de l'autre. Apparemment mon père a été un bon père pour ses trois autres enfants que j'ai à peine connus.
Il aurait sans doute mieux valu que je sois réellement orphelin et placé dans une famille d'accueil.

Comment ne pas y penser quand je sais que ma mère paie les études de ma fille aînée (fruit d'un premier lit), et invite régulièrement les deux autres ainsi que mon ex-épouse à Noël chez elle, et aux Antilles durant l'été dans sa villa au bord de la plage. Évidemment qu'elles lui manifestent de la gratitude, alors qu'auparavant elle avait tout fait pour faire exploser mes deux couples - consciemment ou inconsciemment, je n'en sais rien. Elle est en train de m'exproprier de la propre famille que j'avais construite. Bientôt il est probable que mes filles penseront toujours à leur grand-mère et auront totalement oublié leur père. Expulser et ostraciser pour mieux capter, il s'agit d'une forme élaborée de spoliation.

Je suis allé plusieurs fois à l’Espace du Possible avec mon père, ce camping hédoniste et libertaire appartenant à Yves Donnars dont parle Houellebecq dans Les Particules élémentaires. Les adultes y laissaient leur progéniture livrée à elle-même et s’adonnaient à des jeux érotiques, généralement ils se promenaient nus et n’hésitaient pas quelquefois à copuler en public. À ma quasi-sœur Catherine M. qui avait des talents de masseuse on demandait de caresser des adultes, voire ce qui était dans son regard d'enfant de "vieux" messieurs nus (mais c'était des boomers), l’un d’eux voulait qu’elle lui masse son pénis. Elle vit aujourd'hui du RSA, seule, isolée, loin de la société « éclairée » alors qu'elle en provenait ; qui est victime de mort sociale dans cette affaire ? Les victimes ou les bourreaux comme O. Duhamel, R. Berry, Cohn Bendit, Jack Lang, Frédéric Mitterrand, Matzneff, Polanski etc. ? À mon quasi-frère Stéphane M. sa belle-mère avait pris son sexe d’enfant de 7 ans dans les mains et jouant avec avait réussi à obtenir une érection pour qu’il la pénètre. Et leur père et leur belle-mère exigeaient d'eux deux qu’ils viennent dans leur lit nus quand ils faisaient l’amour. Quant à mon père, Robert B. il avait un jour obtenu que je me mette nu sans mon consentement pour me masser toutes les parties du corps dont les plus intimes. Je ne dis pas que mon géniteur était un authentique pédophile incestueux mais qu'il en a éprouvé des pulsions qui ont pu passer à l'acte grâce au contexte de cette époque. « Un homme ça s'empêche » comme le disait le père d'Albert Camus, mon père ne s'est pas empêché d'exhiber son sexe nu partout dans la maison durant toute mon enfance et mon adolescence, ni de faire jouir ostensiblement ses maîtresses sans pudeur vis-à-vis de moi, en ne fermant pas la porte ou en le faisant dans la pièce à côté. Plusieurs fois je suis allé tout nu dans le lit parental composé de ma belle-mère Martine D., mon père, ainsi que mon quasi-frère Stéphane et ma quasi-soeur Catherine, on se faisait des papouilles d'adulte à enfant, d'enfant à adulte, d'enfant à enfant ; vraiment innocemment ? N’était-ce pas là le signe d’une conduite pédophile et incestueuse ? D’autant plus que ma mémoire a peut-être refoulé certains de ces souvenirs traumatisants, je ne me souviens donc certainement pas de tout. Tout ce que je peux dire c’est que ces pratiques étaient assez largement répandues dans les milieux libertaires et éclairés vers la fin des années 70 et au début des années 80. Ma mère Colette B. était parfaitement au courant de tout ce qui se tramait mais elle a toujours eu du dégoût pour tout ce qui représente des signes de faiblesse (elle ne respecte que le pouvoir, et surtout celui de l'argent !), comme l'enfance abusée sexuellement, elle a donc sciemment fermé les yeux, elle était complice.

Vous pensez vraiment qu'une analyse ou une thérapie pourrait me guérir du traumatisme de la pédophilie et de l’inceste ? J'ai fait environ 20 ans sur le divan des thérapeutes, que voulez-vous qu'ils fassent face à l’indicible ? Ils sont impuissants.

Je suis allé à l'Espace du Possible 4 ou 5 fois, la première fois en 76 je crois, puis en 79, 80 et 82. Ce que j'ai vu de mes yeux, je l'ai vu ; ce que m'a fait subir mon père je l'ai enduré. Les témoignages de mon quasi-frère et de ma quasi-sœur je ne peux pas les mettre en doute, à l'époque les parents boomers ne se cachaient pas car ils croyaient en une révolution libertaire à venir. Mon père était ami avec Yves Donnars, le propriétaire de ce camping à Meschers en Charente-Maritime, et Houellebecq en parle comme je l'ai déjà évoqué dans son roman Les Particules élémentaires.

Je ne vais pas rentrer dans ce mauvais procès qui est fait à Finkielkraut, c'est un philosophe appréciable et qui manquera cruellement quand il disparaîtra. Cependant j'ai un témoignage assez fort sur mon expérience de la pédophilie et de l'inceste et je trouve que sur cet aspect-là des choses l'attitude d'Élisabeth Lévy et de Finkielkraut est tout à fait symptomatique de leur génération : absence de compassion voire dégoût pour les victimes, bonne conscience et déni. Moi je vous parle d'un camping où tout le monde dans les années 70/80 s'adonnait aux joies de la libre sexualité, baisait devant des enfants. Où les parents avaient des pratiques pédophiles et incestueuses comme si c'était tout à fait normal. Et personne n'a rien vu ? E. Lévy et Finkielkraut, les ravis de la crèche, n'étaient au courant de rien sur les pratiques qui avaient cours durant cette période ? J'ai du mal à le croire ! Je pense qu'ils pratiquent sur eux-mêmes une forme d'autocensure et de déni et cherchent coûte que coûte à protéger leurs amis (puissants) qui ont eu le malheur de se compromettre avec leur époque libertaire, où le libre accès à la pédophilie était quand même une revendication officielle : la pétition pour la légalisation de la pédophilie (Libération, janvier 1977) dont les signataires étaient majoritairement issus de Mai.

Je suis un représentant emblématique des victimes du siècle après-guerre, oui. Il y a un déni total de notre époque par rapport à cette période. J'aurais même préféré que notre époque assume sa pédophilie constitutive de 68 à 83, comme celles des Grecs anciens ou de la Renaissance par exemple. Les adultes ont rejeté leurs propres enfants victimes dans les oubliettes de l'Histoire au lieu d'assumer leurs actes en en faisant des victimes monstrueuses plutôt que des initiés, des exceptions alors que c'était la règle. Je me souviens de la joie mauvaise qu’a éprouvé mon père lorsque le battage médiatique s’est orchestré autour de la Shoah, avec le film éponyme de Claude Lanzmann : « Ouf je suis sauvé, le crime (qui aurait pu peut-être ne pas en être un s'il avait été assumé comme un processus d'initiation et de transmission) de mon époque va passer sous silence ! » En raison de son faible degré d'évolution et son manque de spiritualité mon père a ressenti de la honte pour son attitude et du dégoût pour sa victime qu'il a rejeté - c'est ça le pire : ce sentiment de rejet une fois avoir été consommé, digéré et évacué comme un déchet ; au lieu de chercher à l'élever comme le faisaient les Grecs anciens à travers un processus d'initiation passant par l'érotisme. Notre président Macron lui-même ne s'est-il pas élevé grâce à l'attitude pédophile de celle qui est devenue sa femme ?

Le vrai choc pour moi fut d'être abandonné par mon père à 19 ans parce que j'étais devenu par ses soins une victime digne de mépris, un déchet réifié parce que consommé. Cette réification donc cette aliénation fut aussi le motif de ma répudiation aussi bien du côté de mes géniteurs que de ma femme aujourd'hui ; je n'avais plus droit à l'existence pour mes géniteurs parce que j'étais devenu aliéné, le père parce qu'il en avait été l'acteur m'ayant réduit à l'état de chose, la mère parce qu'elle avait fermé les yeux et avait été la complice... du crime parfait ! Ils se lavaient les mains de m'avoir « tué » et en plus c'était moi le fautif en raison de mon comportement aliéné de leur désinvestissement affectif absolu à mon égard. Ma femme ne pouvait pas deviner quel monstre j'étais en réalité, elle m'a donc rejeté après 17 ans de vie commune et deux enfants ; mais elle, n'a aucune responsabilité.

Moi-même en tant que représentant emblématique des générations qui viennent après celle des boomers, je suis imprégné d'idéologie prédatrice ou justifiant la prédation par mes parents boomers qui ont retourné leur veste hippie pour adopter un costume néolibéral au début des années 80. Je préférais largement les hippies de paix et d'amour aux néolibéraux pervers et obsédés par l'argent. Pour mes parents ce ne fut qu'un changement de mode, pour moi ce fut un cataclysme. Ce sont généralement les enfants qui paient pour les "errements" de leurs parents surtout si ces errements ne sont pas assumés, quant aux parents boomers ils estiment qu'ils n'ont de comptes à rendre à personne puisqu'ils avaient "tués" leurs propres parents !

Le mouvement de Mai 68 a voulu apporter l'amour libre, le pouvoir néolibéral a perverti ce mouvement et lui a substitué la pornographie presque imposée à tous (par misère sexuelle) pour faire du profit. Le néolibéralisme prédateur et pervers a sali une idée assez innocente au départ, et en même temps ce régime est plutôt conservateur, pudibond et hypocrite sur le plan des mœurs.

Qu’est-ce que l’idéologie prédatrice ? Il y avait sans doute des prédateurs comme mon père qui utilisaient l’esprit de Mai 68 comme un moyen pour assouvir leurs pulsions, un peu comme des renards dans le poulailler ; mais l’idéologie prédatrice ce n’est pas du tout ça. C’est le néolibéralisme qui a mis la perversion au centre des rapports humains. Et cela mon père qui a tout d'un pervers narcissique en plus de tout le reste, mais pas d'un pervers sexuel (ou alors vraiment à la marge), l'a bien compris... Dans les années 70 on pouvait abuser de ses enfants sans être un pervers sexuel. Je ne dis pas que la liberté sexuelle était quelque chose de mauvais en soi mais que mon père a perverti cette liberté pour en faire un instrument d'emprise sur moi, bref pour me détruire ou ma mère à travers moi, afin pour lui de ne pas sombrer dans la psychose. De l'autre côté ma mère a perverti son savoir psy et celui de ses amants juifs pour avoir une emprise sur moi, voire pour me détruire ou mon père à travers moi, afin de ne pas sombrer dans la psychose.

La fascination pour la force et le pouvoir, le mépris pour les humbles est une caractéristique de l’intelligentsia bobo des grandes métropoles. Le peuple est forcément antisémite et complotiste (comme l'a montré la propagande journalistique anti-gilets jaunes), les riches, les puissants et les représentants de la « haute-culture » sont forcément des alliés. On comprend décidément l’amitié qui lie BHL à Claude Lanzmann avec qui il partage ce trait de caractère. Comme Lanzman, il veut nettoyer la responsabilité des élites dans l’antisémitisme génocidaire et faire porter cette responsabilité sur les peuples.

Il y a un culte du néolibéralisme depuis environ 1983 en France, une propagande et un conditionnement des citoyens. Réactivation par l'école de Chicago et Hayek des thèses les plus sulfureuses de Mandeville à l'attention d'un cercle d'élus, d'affranchis (de la décence commune). Une sorte de "secte" en somme qui a cherché à promouvoir une "utopie", selon le mot de Hayek, et qui a si bien réussi qu'elle a inventé la religion qui s'est mondialement imposée, celle du divin Marché, "ordre spontané" si parfait qu'il doit absolument être tenu à l'abri de toute tentative humaine de régulation ; il faut donc briser les peuples et leur tentation de souveraineté.

Ces affranchis ont souterrainement diffusé l'idée néolibérale avant que celle-ci ne s'empare officiellement du monde pour le reconfigurer entièrement à partir des années 1980. C'est ainsi que deux think tanks, parmi les nombreux issus de cette Société, ont joué un rôle décisif dans les arrivées au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne (1979) et de Ronald Reagan aux États-Unis (1980) : respectivement l'Institute of Economic Affairs (créé en 1955) et l'Heritage Foundation (créé en 1973). Macron s’inscrit évidemment dans cette lignée néolibérale, ainsi que tous les pays occidentaux sous influence américaine même lorsqu'ils se disent européens pour faire concurrence à l'hégémonie des États-Unis. On assiste en réalité aujourd'hui à la mondialisation de l'idée néolibérale jusqu'en Asie qui fait preuve d'une rare discipline, c’est d’ailleurs une nouvelle forme de guerre par l’économie de marché.

Nous sommes en plein dans cette "utopie" ; vouloir réguler par exemple les flux migratoires ou les échanges commerciaux entre les pays ce serait vouloir être souverain, et ce devrait alors être un contrat moral engageant l'État ainsi que chaque citoyen et garantissant la liberté de ce dernier (comme du temps de la création de la Vème République sous de Gaulle). Or non il n'en est rien, nous sommes en pleine manipulation caractérisée ; la façon de gérer la Covid en entretenant la psychose est un énième avatar de la privation de sens critique en régime néolibéral. Macron et sa clique visent l'abrutissement et l'aliénation des masses (éventuellement par la peur), pour priver chacun de son sens critique donc de sa capacité à remettre en question le régime et sa tentation liberticide. Or les régimes néolibéraux jouent une course contre la montre à l'égard de leurs propres peuples ; le tout est de tenir assez longtemps pour les isoler et les diviser afin de les anéantir de toutes les façons possibles (télévision, propagande journalistique, publicité, flux migratoires incontrôlés, lois liberticides, Covid, guerre des sexes, guerre des "races", terrorisme, hyper-violence de la jeunesse, rivalité mimétique meurtrière, perversion narcissique généralisée dans les hautes sphères décisionnaires, logique victimaire à outrance, néoféminisme exacerbé, cancel culture, culture woke, intersectionnalité etc...) pour pouvoir établir à l'échelle mondiale cette "utopie".

Je ne sais pas le degré de responsabilité de cette "utopie" néolibérale dans l'origine de la Covid ; reste que la Covid arrive à point nommé pour restreindre les libertés et la contestation sociale (des gilets jaunes par exemple), et expérimenter de nouvelles formes de confinement des populations ; c'est la discipline, le degré de soumission des populations et l'efficacité de la propagande journalistique et de la police qui sont testés.

En attendant le but du pouvoir néolibéral représenté par Macron est de diviser pour mieux régner, comme entre les hommes et les femmes et même entre les « races » par exemple (parmi de nombreux autres).

Pour finir sur cet aspect, n’oublions pas que c’est moi que la Justice de mon pays a condamné à 6 mois de prison ferme, ni mon père, ni ma mère ; autrement dit comment notre société gère sa logique sacrificielle ? En mettant les victimes en prison et en laissant les bourreaux en liberté. Il n'y a pas de « justice immanente », le monde est injuste c'est comme ça et les chrétiens ont inventé le paradis pour les justes et l'enfer pour les autres après la vie ; avant l'invention des chrétiens il n'y avait jamais eu de dieu juste. Les dieux païens ou le Dieu des juifs étaient odieux et partiaux. Je n'affirme pas que l'hypothèse chrétienne est fausse, il n'y a aucun moyen de le savoir puisque personne n'est revenu d'entre les morts pour nous le dire. Personnellement je suspends mon jugement même si je ne peux m'empêcher d'adhérer en la matière à l'intuition de mes grands-parents bretons (ils étaient peut-être plus païens que catholiques ; mais surtout ils étaient bons).

Sur la question de parents baby-boomers comme les miens qui ont voulu apparaître comme des dieux aux yeux de leurs enfants et petits-enfants ; je pense très fort à la mère abandonnante et égoïste de Houellebecq aussi, genre de précurseuse des mamans baby-boomeuses qui viendront en masse après elle. Sans Dieu, dieux, l'homme n'aurait jamais été aussi grand qu'il ne l'a été, bâtisseur de civilisations. Sans Dieu, dieux, l'homme est aujourd'hui tout petit, insignifiant, s'agitant dans le vide. Avec ou sans Dieu, dieux, personne n'a entendu parler de l'homme, hormis l'homme, mais qui est l'homme ? C'est à dire rien du tout, ça oui, une créature bouffie d'orgueil qui ne cesse de vouloir péter plus haut que son cul ; il disparaîtrait que tout le monde s'en trouverait soulagé dans le règne animal sans parler du règne végétal, et ne laisserait aucun souvenir car les animaux n'ont pas de mémoire écrite, tout serait effacé jusqu'au souvenir de son existence sur Terre. Au moins la conception qu'il avait de Dieu le remettait à sa juste place, et il en avait bien besoin quand on voit le résultat actuel des Lumières : hubris, volonté de puissance, narcissisme, perversion... généralisés. À partir du moment où « Dieu est mort », ce sont des hommes qui veulent apparaître comme des dieux pour d'autres hommes, l'exemple paroxystique de ce comportement prédateur qu'il rapporte de son expérience dans les camps de concentration nazis étant décrit par Robert Antelme dans l'Espèce humaine. Aujourd'hui vous n'en avez pas de ces exemples comme le nez au milieu de la figure dans votre expérience quotidienne ? Avec les baby-boomers indûment enrichis par des circonstances économiques favorables qui souvent veulent passer pour des dieux aux yeux de leurs enfants appauvris, sans parler des petits chefs dans la vie de tous les jours qui se prennent pour de petits dieux, et cela va jusqu'aux énormes milliardaires de la Silicon Valley ou d'ailleurs, qui se prennent pour des dieux omnipotents. Nous ne sommes plus soumis aux caprices d'un créateur tout puissant, mais à ceux de créatures sournoises, violentes et globalement malveillantes.

 

 

vendredi 4 novembre 2022

Insultes racistes à l'assemblée nationale, vraiment ?



Là où le député RN a tort c'est que la France n'est pas un safe space, un espace protégé des dérèglements du monde et de ses migrations provoqués par la mondialisation néolibérale, un capitalisme dérégulé voire déréglé, ses conséquences comme le réchauffement climatique, les guerres pour le contrôle de l'énergie et des matières premières. La France ne peut pas recevoir toute la misère du monde mais elle doit y contribuer et elle y contribuera certainement, par la force des choses, de plus en plus. Ça c'est la réalité. Le manque de disponibilité de l'Homo sapiens pour l'Homo sapiens ça c'est la réalité du modernisme et de la rentabilité. C'est aussi la réalité, hélas selon moi néfaste du progrès et du progressisme dans toute leur acception chrétienne, qui envisagent toute l'histoire humaine comme une ligne droite vers toujours plus d'humanité, d'opulence, de bien-être, de justice, de savoir, de santé... bref une ligne droite orientée vers le salut ici-bas... on nous aurait menti ? 

Pour moi le progrès (sic) est avant tout un produit du christianisme avant de s'être fait contre le christianisme qui n'envisageait le salut que dans l'au-delà et en récompense d'une vie bonne. Tout est contenu dans les principes du christianisme bien avant le développement exponentiel des sciences et techniques n'ayant jamais existé sous le règne des Grecs puis des Romains, qui n'avaient peut-être même pas l'intuition d'une telle linéarité temporelle orientée vers un but.

Viennent s'y ajouter les principes abstraits de la République. Les droits de l'Homme étant universels il est normal que n'importe quel "étranger" puissent se sentir investi dans sa singularité par ce type de discours généreux qui l'élève, lui rend hommage, et vient vers lui pour le reconnaître. Ce genre de discours universel n'était pas chauvin, nationaliste, ni même patriotique, aux yeux des philosophes, et n'avait pas vocation à s'adresser aux seuls Français, ou alors cela aurait été une vision très réductrice au particulier et au local, du général et de l’universel – tout comme le discours marxiste internationaliste avait vocation à s’adresser à tous les travailleurs exploités de la planète (mais il a fait flop). D'une certaine façon les Français contemporains décadents et déclinants, en chair et en os, se sentent aujourd'hui pris en otage par leurs propres principes qui désormais les dépassent, car ils avaient été énoncés du temps de leur grandeur... passée ! Mais il est désormais bien trop tard pour reculer et demander aux Africains demandeurs d'asile, en situation irrégulière, de retourner "chez eux", en bateau ou en avion ; et ce malgré quelques attentats et faits divers glauques qui demain seront anecdotiques comme les affaires Paty ou Lola.

Il est bien évident que le député RN ne s'adressait pas au député LFI en raison de sa couleur de peau quand il a dit "qu'il retourne en Afrique !", mais faisait référence au retour d'un bateau de migrants au large des côtes européennes en Afrique d'où il venait, une sorte de retour à l'envoyeur. Il aurait été beaucoup plus grave que le député RN stigmatise un de ses confrères en raison de sa couleur de peau. Mais Véran fait comme s'il s'agissait d'exactement la même faute morale : le racisme ; en renvoyant le RN à son immoralité foncière, à son péché originel. Il y a là pas mal de mauvaise foi et la ruse habituelle de Macron et de ses sbires, car on sait bien que la stratégie de Renaissance est de marginaliser les électeurs et les élus d’un parti, de les stigmatiser, tout en voulant faire de ce parti son partenaire (adversaire) privilégié pour la reconquête du pouvoir (la troisième fois) aux élections de 2027, pour être sûr d'être réélu. Tout en sachant bien que Renaissance est un parti d'opportunistes fait de bric et de broc, de technocrates 2.0, d'ambitieux aux dents longues, de traders ayant raté leur vocation, sans autres couleurs et convictions politiques que celles de l'UE et surtout des États-Unis.

Personnellement je renvoie dos à dos les réflexes nationalistes et chauvins de repli sur soi (je ne dirais pas racistes contrairement à Véran) et de protection des Français - impossible dans un contexte de mondialisation néolibérale (sauf à combattre non pas les étrangers mais le néolibéralisme) ; et la thématique néolibérale qui instrumentalise de grands principes universalistes énoncés par de grands philosophes il y a 250 ans, dans le but d'asservir la planète à une mondialisation non consentie et non profitable à l'intérêt général pour le seul profit de quelques richissimes soi-disant géniaux qui envoient des fusées dans l'espace, et à un capitalisme dérégulé voire déréglé destructeur de tous les écosystèmes et des individus, travailleurs ou non, exploités qui en font les frais. La République n'est plus la République et elle a trahi la République, c'est-à-dire ses principes dès ses origines bourgeoises, ce que Marx qui se voulait le fossoyeur du capitalisme fut le premier à mettre en exergue après que Rousseau l'ait pressenti.

Quand la France était une grande puissance, voire la première puissance mondiale, elle pouvait se permettre d'énoncer des grands principes généreux sur les droits de l'Homme et surtout de s'y tenir. Mais qu'est-ce qui en a fait une grande puissance ? C'est l'absolutisme, l'aristocratie, et la charité chrétienne. Qu'est-ce qui en a fait une puissance déclinante ? C'est la bourgeoisie, une classe vile et cupide préoccupée que d'appât du gain et de son confort, et la laïcité soi-disant neutre qui récompense le résultat au mérite soit le produit de la sélection opéré par cette même bourgeoisie via l'école - Bourdieu (il y a bien sûr des exceptions héroïques). Napoléon a porté haut et fort, aristocratiquement pourrait-on dire, les principes de la Révolution dans toute l'Europe. Mais in fine il n'a fait qu'attiser les nationalismes et autres particularismes locaux, surtout en Allemagne. Il n'a fait qu'enflammer une idée romantique du vitalisme des peuples ayant trouvé son apogée sinistre avec Hitler et son pangermanisme. Au final par Hitler via Napoléon, cela constitue un contresens absolu de l'idéal des Lumières et de son universalisme, une apologie du localisme et de la race élue. Est-ce vraiment ce genre d'idéologie que Véran a derrière la tête quand il dénonce le racisme du RN ? Il me semble plutôt qu'il s'agit d'un protectionnisme que l'on peut trouver certes moisi, mais surtout caractéristique d'un peuple sur le déclin et plus du tout sûr de lui comme le disait déjà péjorativement de Gaulle des Français. Les politiciens comme Véran sont des bonimenteurs et des arracheurs de dents.

Quant à la République, comme je l'ai déjà dit et je tiens à le répéter, elle n'est plus la République, elle a trahi la République, c'est-à-dire ses principes dès ses origines bourgeoises, ce que Marx qui se voulait le fossoyeur du capitalisme fut le premier à mettre en exergue après que Rousseau l'ait pressenti et nous ait mis en garde bien avant 1789. Aujourd'hui comme hier il y a juste une caste politique qui emprunte des éléments de langage à la Révolution bourgeoise mais surtout aux philosophes des Lumières (ce qui constitue une trahison) pour asseoir sa domination forcément particulière (sinon il n'y aurait pas de domination) donc non-universelle, et des richissimes qui n'ont rien d'aristocratique et empruntent juste aux people.

Conclusion : Nietzsche disait que le pays en Europe aristocratique par excellence était la France, je crains fort que ce ne soit plus du tout le cas. Je préférais l'absolutisme et l'aristocratie, le grand style par lequel s'exprimaient aussi les philosophes des Lumières pour propager leurs idées universelles qui n'avaient rien à voir avec le minable wokisme - cet antiracisme et ce féminisme de pacotille que propage notre culture débile ; à cette caricature de démocratie qui ne génère partout à travers le monde via la mondialisation et le capitalisme dérégulé, que de la laideur et de la misère morale, une opulence feinte, un bien-être frelaté, une absence totale d'humanité.

samedi 29 octobre 2022

Le destin du libéralisme

 


L'École est aujourd'hui dévoyée au service des intérêts du capital ou de ses gadgets comme le wokisme ou la théorie du genre. L'École n'a plus à être neutre, elle doit combattre les intérêts du capital ou disparaître. Elle doit mener une lutte sociale et non pas sociétale. Les enseignants doivent s'unir contre leur gouvernement traître à l'intérêt général et au peuple, tout comme ont su l'effectuer les gilets jaunes assez courageux pour le faire. Nous n'en sommes plus au stade des explications, pour nous sortir de la situation désastreuse ou nous ont mené 40 ans de néolibéralisme sauvage, plus rien n'est possible hormis l'action violente légitime contre des gouvernants qui refusent de comprendre, pour revenir à un ordre juste.

Nous vivons dans une civilisation déconcertante, inquiétante, qui mute constamment et de plus en plus vite, au nom du progrès et du progressisme, donc du salut. C'est la civilisation chrétienne en cela différente de toutes les civilisations qui l'ont précédée, qui perduraient dans le temps comme un ordre immuable - on pense à une civilisation comme la civilisation égyptienne avec une unité de style sur des milliers d'années.

Le libéralisme a au moins un destin, il mènera le monde à sa perte et nous fera sortir de l'histoire linéaire orientée vers un but. Le libéralisme n'a jamais été au départ qu'une arme de guerre dressée par les Anglo-Saxons contre la France, pour obtenir la victoire sur les plans militaires et du commerce. Dans l'absolutisme classiciste français il y avait des formes de collectivisme que nous avons perdu, à cause notamment de la dissolution des corporations au nom de "l'intérêt général" (sic) par la loi Le Chapelier en 1791. Cette date est absolument fondamentale car elle sonne le glas du collectivisme français et du travail artisanal bien fait, paradoxalement en pleine période révolutionnaire et au nom du peuple français (sic). Dans les périodes ultérieures il n'y aura plus jamais de grand style français mais des ersatz sans âme.

Toute forme de libéralisme mène selon moi au néolibéralisme. Toute forme de libéralisme qu'elle soit politique, économique ou sociétale, est selon moi à rejeter. Ce n'est pas seulement une question de vocabulaire, tout est lié, là est le problème. Soit on accepte tout du libéralisme, soit on se voit obligé de tout en rejeter, y compris le régime démocratique tel qu'il s'exerce aujourd'hui. Autrement c'est adhérer pleinement au néolibéralisme dont Macron constitue la quintessence la plus achevée. À ce système déréglé, dérégulant, et très perturbant, je lui préfère un ordre plus immuable, mais issu également de la civilisation chrétienne, comme l'absolutisme ; dont de Gaulle avait essayé mais en vain, de faire la synthèse avec le régime parlementaire. Le problème est aussi qu'il n'existe plus d'alternative communiste, l'hypothèse s'étant révélée obsolète par les faits. Marx n'était donc pas un si grand penseur que ça ! Quant aux libéraux pur jus actuels, ce sont généralement des fumistes opportunistes plus ou moins pédophiles issus de Mai 68, comme Cohn-Bendit, et anti-gaullistes.

Et plus tard, après l'âge classique de l'absolutisme, Nietzsche parlera de l'éternel retour du même. Qu'il faut s'attacher (égoïstement) à la valeur de sa vie comme si on allait la vivre indéfiniment. Ce qui pour moi constituerait le pire des châtiments. Je crois qu'Héraclite quand il dit qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, parlait d'infimes variations au sein de l'éternel retour cyclique des choses. Cela s'apparente sans doute davantage au clinamen des épicuriens qu'à une linéarité temporelle et progressiste, inconcevable pour les Grecs anciens, mais si évidente pour un esprit moderne, surtout lorsqu'il est formaté comme celui de Macron nous parlant de la transition écologique.

La mondialisation néolibérale ou capitalisme financier déréglé, s'accommode de toutes les idéologies et de toutes les religions pourvu qu'elles ne les remettent pas en question. La laïcité n'est pas neutre par rapport à ce capitalisme financier déréglé. L'École n'est pas neutre par rapport aux gouvernements qui la dirigent, elle les forme et les accompagne dans leurs délires économiques et sociétaux. Elle devrait l'être davantage concernant la question sociétale et se mêler de la question sociale afin de remettre en question ce modèle unique. Et au passage la seule religion virulente de nos jours jusqu'en Europe, n'est plus le christianisme mais l'islam. Alors que l'École en France, les médias, et les caricatures, font comme si le catholicisme était encore son pire ennemi. Le wokisme n’a en réalité qu’un seul objectif : diviser pour mieux régner.

La laïcité en France c'est la séparation en 1905 de l'Église et de l'État. Peu importe les origines plus anciennes de la laïcité qui peuvent exister à l'intérieur du christianisme.

Je suis plutôt un adepte des théories de l'effondrement. Je ne suis pas sûr qu'il y aura des temps futurs où des historiens et des archéologues auront encore le loisir de se pencher sur notre civilisation. Il y aura d'abord sans doute un temps dystopique de retour à la barbarie la plus primitive, peut-être la fin de l'espèce humaine. Dans les perspectives les plus optimistes, seul un petit nombre survivra, et maintiendra vivant l'héritage de la civilisation. C'est surtout une hérésie d'avoir cru en un temps linéaire en constant progrès. Le monde évolue mais est-ce qu'il progresse ? C'est comme l'oxymore que constitue une croissance illimitée dans un monde fini, c'est aussi absurde !

Je refuse le maître mot du système sélectif néolibéral, qui se nomme adaptation. Nous ne sommes pas des bêtes dans une jungle, même si le néolibéralisme a transformé le monde social en jungle.

J'ai toujours rêvé d'être hégélien et que du négatif pouvait surgir le positif. Mais comme le disait Schopenhauer, indécrottable pessimiste, Hegel n'est qu'un imposteur. Et Marx a fait rêver les foules... pour quels résultats ?

Toutes les théories néolibérales étaient déjà en germe chez mes parents soixante-huitards et baby-boomers. Fascinés par la réussite sociale, le sexe, et l'argent facile. Je crois que le néolibéralisme est le véritable projet de Mai 68, par des acteurs vieillissants incapables d'éduquer leurs enfants, en manque de repères, et cherchant à se renouveler.

Il n'y a pas de libre arbitre contrairement à ce que postule le christianisme, il n’y a plus que des pervers et des mendiants dans la société actuelle. Il n'y a pas de responsabilité individuelle, seulement des responsabilités collectives. La réussite ou non-réussite de chacun, sont des notions subjectives, affaires de points de vue. Chaque Allemand pris individuellement n'était pas libre de choisir ou de ne pas choisir Hitler, mais collectivement ils sont responsables alors qu'Hitler ne l'est pas.

Macron est un personnage qui représente une responsabilité collective, celle des Français. Mais Macron comme Hitler ne sont pas responsables. Il n'y a peut-être même pas de responsabilités collectives, il n'y a que le néant et l'illusion du libre arbitre.

Dans les sciences dures il n'y a qu'une seule vérité, comme dans la religion la plus dogmatique. Cela apporte à l'esprit l'apaisement d'un monde immuable et indiscutable. Je conseille aux esprits en quête d'absolu les sciences dures, comme la physique, la biologie, ou les mathématiques. Tout le reste au fond n'est que bavardages fumeux de philosophes et de poètes en quête de reconnaissance, et n'est pas très sérieux. Le freudisme comme le marxisme ne sont pas des sciences exactes, mais des pseudo-sciences.

Vouloir combattre l'islamisme avec la laïcité, c'est comme vouloir combattre Hitler avec la ligne Maginot. Je ne parle pas d'islam mais d'islamisme. Je ne parle pas de religion mais d'idéologie mortifère et dévoyée, dérivée d'une religion. Surtout qu'aujourd'hui, si la laïcité est neutre religieusement elle n'est pas neutre idéologiquement - wokisme, néolibéralisme, monde de l'entreprise... C'est l'École dégradée par l'idéologie wokiste et le monde de l'entreprise qui est devenue une vraie purée conceptuelle pour les enfants. Il aurait peut-être mieux valu que l'École ne devienne jamais neutre religieusement, et reste attachée à sa dimension chrétienne.

Vous n'avez même pas conscience de la spécificité de la génération des baby-boomers... Ce n'est pas une classe d'âge comme les autres, c'est une classe d'âge qui a voulu porter un message révolutionnaire, communiste, marxiste, maoïste, dans les années 60/70, et qui s'enfonce aujourd'hui dans le conformisme macroniste le plus abject.

Dans les faits la laïcité est aujourd'hui au service d'un monde qui survalorise le produit de la sélection qui s'opère au profit des plus forts et donc des plus riches, au détriment des plus faibles et des pauvres. Et la laïcité appelle ça résultat au mérite. La laïcité ne véhicule plus de valeurs désintéressées, et l'École s'est mise complètement au service des valeurs du néolibéralisme. C'est ce que Macron appelle de ses vœux à travers le nouveau monde, le nomadisme, l'ubérisation du monde du travail, le remplacement de la valeur d'usage par la valeur d'échange, et la start-up nation. On en voit les résultats dès L'école primaire qui choisit de plus en plus de faire l'impasse sur les apprentissages fondamentaux au profit de l'épanouissement (sic) de l'enfant. En réalité c'est une façon d'encourager une école à plusieurs vitesses. L'exigence n'étant réservée qu'aux plus favorisés.

"Le message révolutionnaire dont les Lumières sont l'expression laïcisée coupée de toute transcendance"... Oui effectivement, au profit de la seule bourgeoisie, on dirait aujourd'hui bobos. La laïcité et toutes ses hiérarchies administratives internes, son labyrinthe de contraintes aussi fastidieuses que vaines, sont le clergé séculier des bobos le plus souvent de gauche.

Si l'ordre immuable des choses s'est nommé durant un bref instant de l'histoire, absolutisme, il n'était pas du tout dans son essence chrétienne de perdurer. La seule civilisation du progrès est au fond la civilisation chrétienne, et le progrès finit toujours par y engendrer le chaos, ce n'est toujours seulement a posteriori que la crise y entraîne la critique pour ne plus jamais que cela se reproduise - comme les guerres de religion, l'esclavage, la colonisation ou le nazisme. "Plus jamais ça" n’est aussi qu’un des autres slogans, avec adaptation, de la civilisation du progrès. Je parle donc de l'absolutisme qui n'était pas fait pour perdurer en raison de l'essence de la civilisation chrétienne qui repose sur le progrès. Et le progrès linéaire contrairement au temps cyclique, efface tout sur son passage. Qui peut comprendre encore un monument comme la cathédrale de Notre-Dame ?

Le progressisme qui mène tout droit au transhumanisme est déjà contenu en germe dans l'essence du christianisme. Le coup de force du christianisme est d'avoir supplanté au temps cyclique antique des anciens, une temporalité linéaire orientée vers un but : le salut.

Le ver est dans le fruit, si je puis dire, avec le christianisme, du point de vue du progrès et du renversement de l'ordre immuable des choses malgré un clergé borné et rigide attaché à ses privilèges, pour ce qui est du catholicisme contrairement au protestantisme en réaction à ces privilèges. Quant à l'ordre immuable des choses contenu dans un temps cyclique et absolument incompatible avec une temporalité orientée vers le salut, il n'est pas contradictoire avec l'émergence foudroyante de la raison et de la philosophie, des arts et de la culture, donc des Lumières, comme le montre l'exemple des Grecs anciens. Progrès n'est donc pas forcément synonyme de Lumières, et réciproquement. Progressisme non plus.

Je pense qu'un ordre immuable est préférable à une sélection impitoyable fondée sur l'adaptation du plus fort aux changements, pour ce qui est du développement psychique de chacun et particulièrement des enfants, ainsi également que du point de vue du développement des arts et de la culture. La notion de progrès était contenue à l'intérieur même du christianisme, l'ordre n'y était pas si immuable que ça même au temps de l'absolutisme le plus rigide, car le temps n'y était plus cyclique (une boucle qui se répète indéfiniment) comme dans la plupart des grandes civilisations antiques et amérindiennes, mais évolutif (une linéarité qui progresse vers un but). Dans la notion de salut de l'âme par la vertu et l'ascèse, il y a déjà l'idée du progrès, l'idée que l'on peut atteindre son salut par l'effort personnel - c'est aussi tout le sens de la laïcité au sein de l'École, qui découle au fond absolument complètement du christianisme.

Quand on voit toute la laideur, le vice, la perversion, la pornographie, la décadence, le nihilisme, engendrés dans notre société laïque depuis 1905 en France, il y a de quoi se poser des questions sur les vertus de la raison. Nous n'en sommes plus du tout au temps de l'absolutisme royal où l'on pouvait encore opposer les lumières de la raison à un clergé catholique borné. Le christianisme du temps classique de l'absolutisme a en réalité engendré de belles œuvres dans tous les domaines, on ne peut pas en dire autant du néolibéralisme contemporain, ni même de la période des Trente Glorieuses. Nous vivons dans les ténèbres de l'obscurantisme généré par la perversion, la laideur, la compétition, qui découle de la mobilisation totale des forces vives des sociétés occidentales et désormais asiatiques en vue de l'arraisonnement du monde par les sciences et techniques, sur fond de domination économique par le monde de la finance. On vit dans un monde qui survalorise le produit de la sélection qui s'opère au profit des plus forts et qui broie les plus faibles et où le maître mot se nomme adaptation aux changements : je n'appelle pas ça, Lumières... Ou alors les Lumières se sont fourvoyées dès leur origine, dès Voltaire et en n'écoutant pas assez Rousseau, qui se voulait l'avorteur du capitalisme quand Marx a voulu en être le fossoyeur.

Autre preuve de la contamination de l'École par les valeurs libérales : sa neutralité axiologique. Nous vivons qu'on le veuille ou non dans une civilisation chrétienne orientée vers un but : le salut. La laïcité avec sa fameuse neutralité religieuse et soi-disant politique est encore plus faible que le christianisme actuel qui ne demande qu'à être ravivé dans sa foi. Qui plus est la laïcité n'est qu'un ersatz sans âme et sans saveur du christianisme.

Quant au libéralisme, il se veut neutre axiologiquement, sans jugement de valeur sur le bien et le mal. Être neutre axiologiquement c'est encore faire de la politique, de la politique libérale. C'est aujourd'hui l'ensemble de la société qui est devenue neutre axiologiquement, et les instituteurs ont depuis bien longtemps renoncé à enseigner la morale et émettre des jugements de valeur. Ne pas apprendre aux enfants à distinguer le bien du mal au nom du relativisme, est en réalité une violence exercée à leur encontre. Même si l'on récuse comme moi l'idée de libre arbitre ce n'est pas une raison pour relativiser absolument le bien et le mal, même si l'on ne peut rien atteindre on peut tendre vers.

Deux bons films français récents qui suscitent un certain malaise. Malaise dans la société néolibérale macroniste française. J'avoue contre toute attente que j'ai éprouvé un plus grand malaise encore devant Barbaque (je m'y suis littéralement senti traqué en tant qu'être humain sensible) qu'Oranges sanguines - je ne saurais me l'expliquer ; ce dernier étant structuré comme un film de Tarantino avec le cycle de la vengeance finale et salvatrice. Un des protagonistes qui est avocat, y dit que la justice n'existe pas : "il n'y a pas de justice, il n'y a pas de justice, alors faites-vous justice par tous les moyens !"

Le néolibéralisme est cannibale (le thème du film Barbaque), il phagocyte tout, les émotions, les sentiments, les êtres humains. C'est le cerveau reptilien qui est à l'œuvre dans le monde actuel, aseptisé et en même temps d'une violence inouïe - dont la cause première est partout une économie locale phagocytée entièrement par le monde cosmopolite de la finance et la spéculation. Si Voltaire avait pu imaginer que s'en prendre à l'autorité de la religion, et donc du père, déboucherait sur un tel chaos dépourvu d'empathie, l'aurait-il fait ? Son monde était rigide et intolérant comme peut l'être un père (mais ne dit-on d'un bon père qu'il est sévère mais juste ?), cependant le nôtre sous prétexte notamment de tolérance - dont on trouve l'expression moderne la plus caricaturale sous les traits du wokisme, du politiquement correct, ou de la chasse à l'homme blanc de plus de 50 ans, veut faire l'économie du père et vire au sadisme à l'égard des plus faibles qu'il broie à travers une logique de l'argent.

Mais même le néolibéralisme fait partie de la civilisation chrétienne, et on peut espérer que la crise si forte y entraînera finalement a posteriori la critique pour ne plus jamais que cela se reproduise.