mardi 28 février 2017

La recherche de boucs émissaires


Emmanuel Mousset ne trouve aucune justification à la faiblesse quelle qu'elle soit. D'un point de vue psychologique c'est peut-être parce qu'il a dû compenser un physique rachitique par une volonté de fer. La compassion est un mot qui ne fait pas partie de son vocabulaire et il n'a que mépris pour tous ceux qui se posent en victimes. Car le discours du FN est bien un discours victimaire selon lui, qui exploite une conscience victimaire diffuse dans les classes populaires ou même moyennes, qui se le formulent certainement maladroitement à elles-mêmes par la désignation de boucs émissaires.

Mais effectivement il ne veut pas voir que l'organisation libérale actuelle de notre société, est bien une machine à produire davantage de victimes que de gagnants. C'est selon moi une loi mathématique qu'une société qui exalte les prédateurs, suscite finalement davantage de victimes que d'élus, ce qui mathématiquement fait monter les extrêmes aux discours victimaires .
Notre société libérale n'envisage pas la réussite pour tous mais la réussite pour quelques uns. Elle s’enorgueillit que quelques uns se sortent de leurs ghettos, mais ne songe pas une seconde à l'abolition des ghettos. Elle sait que ses meilleurs chiens de garde seront ceux qu'elle a fait sortir au compte-gouttes des ghettos les plus sordides.

Pour ce qui est du nazisme, cas extrême, je crois aussi qu'il a cherché à exploiter une conscience victimaire et diffuse dans les classes populaires, incorrectement formulée à elle-même, et que ses adeptes se posaient aussi en victimes de leurs adversaires avant de se transformer en bourreaux et de tenter, voire de réussir à les exterminer.
C'est pour cela que selon moi le nazisme, c'est-à-dire l'exaltation exacerbée de leur condition de victime par les masses fanatisées, n'est qu'une réaction et donc une conséquence de l'idéologie libérale qui ne génère toujours qu'une minorité d'élus pour une pléthore de victimes.
Ce qu'ils nomment liberté n'est en réalité qu'oppression pour la majorité des gens, qui n'arrivent à s'expliquer que partiellement et maladroitement leur malaise diffus par la désignations de boucs émissaires, qui pour le coup eux ! pourraient passer de la conscience victimaire au statut de réelles victimes.
Car ce sont rarement les puissants que les populistes désignent à la vindicte populaire, mais d'autres victimes, dont la forme est différente. A chaque fois la colère se trompe de cible, par simplification elle désigne comme bouc-émissaires ceux qui sont différents, au lieu de chercher à abattre ceux qui la génère en les exploitant et les manipulant.

Le parti socialiste s'est coupé de sa base populaire depuis 1983, il est devenu libéral-libertaire, par opposition aux libéraux-conservateurs de droite. En étant libertaire et en recyclant les slogans libertaires de 68 en propagande publicitaire, le PS est devenu au fond plus conforme aux intérêts du libéralisme et du capitalisme que la droite conservatrice.

Macron est une caricature de cette gauche issue du tournant néolibéral de 1983. Hamon milite pour une gauche de rupture qui cherche à récupérer sa base populaire. Mais la machine à broyer néolibérale est bien huilée, et que peut un pauvre Hamon même si ses sentiments sont sincères et nobles, contre la toute puissance de la machine à broyer libérale, rien !
Et Emmanuel Mousset qui n'éprouve que mépris pour toute forme de compassion pour ceux qui sont broyés le sait bien, car c'est une forme d'impuissance si l'on est réaliste. En outre il est de ceux que l'oligarchie a fait sortir au compte-gouttes de ses ghettos les plus sordides : la reconnaissance pour la main du maître qui l'a nourri, et l'a parfois flatté dans le sens du poil et câliné, il appelle cela fidélité.



dimanche 19 février 2017

Fillon ou Macron ?


Cependant la machine infernale de la propagande libérale est désormais "en marche" (pour reprendre le slogan de Macron), et commence à trouver seulement aujourd'hui sa pleine mesure. Son emprise sur le monde entier, se fait comme sous l'effet d'une mâchoire qui loin de desserrer son étau, ne fait chaque jour qui passe que s'accentuer un peu plus. C'est pour cela qu'il ne faut absolument pas voter Macron, qui est le piège que les oligarques tendent à tous ceux qui se laissent berner par les beaux mots de "gauche" et de "progressisme" issus de la Révolution française. Ces derniers ne veulent pas voir que le triptyque de notre République "liberté, égalité, fraternité" qui demeure idéal, c'est-à-dire dans un monde qui n'existe pas réellement, a été remplacé dans les faits et la réalité de l'homme commun par le suivant, qui est celui de l'économie libérale : "croissance, baisse des dépenses, innovation".
Dans la réalité cela correspond à celle que nous voyons tous les jours : enrichissement des riches, paupérisation et périphérisation des classes moyennes, exclusion des classes populaires du champ du visible et de la représentativité, voire de la représentation, si ce n'est sous la forme caricaturale dépeinte par l'élite bobo et urbaine tendance canal +.
"Sécurité, prévention et bien-être", ne sont même pas une réalité pour la majorité, mais un élément de la propagande libérale qui vise aussi à l'hygiénisation du monde par l'exclusion de toutes les pensées déviantes, grâce à l'instauration notamment d'une police de la pensée dont les psys en première ligne sont chargés de faire respecter la loi.
En réalité le mode de pensée hygiéniste de notre modernité s'impose de plus en plus comme une novlangue (pour reprendre un thème de 1984, le roman de George Orwell), diffusée en continue par les tenants du monde culturo-médiatique. Novlangue vis-à-vis de laquelle l'élite s'accorde de moins en moins de liberté, tout faux pas créant immédiatement le buzz dans la médiatosphère, et dont les réfractaires en son sein sont impitoyablement voués à l'excommunication et l'ostracisation de leur classe d'origine et dominante. Ce qui leur assura tout du moins pour un temps une visibilité médiatique, avant leur mise à l'écart définitive et sans retour possible.
Pour conclure j'ai changé d'avis, et pense que même Fillon, ne serait-ce que par son côté conservateur serait préférable à Macron, qui est bien le pire d'entre tous, du côté des nihilistes progressistes, tendance rebelle bobo pour détruire tout ce qui fut construit par le passé.


La peur



Il y a un paradoxe à dire : « La société contemporaine, refusant la souffrance, obsédée par la sécurité, la  prévention et le bien-être, ne peut plus se reconnaître en Jacques Brel » ; alors que selon moi une société a rarement généré autant de souffrances que la nôtre. Pour se préserver les gens cherchent à occuper de petits postes de pouvoir pour pouvoir se mettre à l'abri, et rejeter la responsabilité de leur incompétence sur leurs subalternes, et cela dans absolument tous les échelons de la société on le retrouve. Le monde se divise en bourreaux et victimes, et la grande majorité sont des victimes qui à défaut de savoir se rendre heureux les uns les autres, se font la guerre, par manque absolu d'imagination et d'espoir. Ils préfèrent s'en remettre aux rêves de fous de nos dirigeants progressistes, eux-mêmes sous la coupe d'une poignée d'oligarques richissimes aux délires mégalomaniaques d'immortalité et de puissance matérielle illimitée. Ces derniers qui contrôlent désormais réellement le monde nous entraînent effectivement vers l'abîme, dans le pur déni de toute idée démocratique, c'est-à-dire dans le pur déni que la majorité des hommes soient capables de raison, mais seulement de pure méchanceté dans leurs rapports les uns aux autres. C'est pour cela que l'on peut qualifier à juste titre notre modernité d'oligarchie et non plus de démocratie. La démocratie est morte avec Thatcher, Reagan et l'esprit de collaboration désormais constitutif de tout Français de service, celui du temps fut Mitterrand.

Seulement voilà les faits leur donnent raison. « Vous voyez » nous disent-ils, « vous n'êtes capables de vous comporter les uns envers les autres que comme des bêtes féroces, et il n'y a donc que le commerce, dont vous devez nous laisser le contrôle de l'organisation (par la mondialisation, l'innovation et la destruction son corollaire), qui soit finalement capable d'adoucir vos mœurs. » Et cela selon la vieille doxa libérale énoncée déjà par Adam Smith, dont l'idéologie fut exacerbée avec le tournant néolibéral impulsé par Thatcher et Reagan : « Occupez-vous de votre bonheur de la façon la plus égoïste et perverse qui soit, et cela conformément à votre nature misérable, car nous avons une vision pessimiste de la nature humaine, et nous nous chargerons de l'organisation de la société par l'économie. »

Je ne partage pas cette vision misérabiliste de la nature humaine, qui est pourtant à l'origine du monde actuel, dans lequel nous ne vivons plus mais survivons. Ce n'est pas que les gens soient méchants en soi, soient en soi un peuple de démons pourvu qu'ils aient quelque intelligence (Kant), mais c'est le fonctionnement de notre société qui a favorisé cet état de fait, pour reprendre une idée de Rousseau.
Le malheureux philosophe, catapulté dans notre monde, ne reconnaîtrait aucune de ses idées, mais une exacerbation de la perversion sociale induite par la logique libérale. Un slogan de 68 était « cours camarade le vieux monde est derrière toi » ; or nous sommes arrivé à un moment où est peut-être venu le moment de regarder en arrière, et devant le futur effroyable qui se profile à l'horizon, de se dire : « ralenti mon ami, le monde de demain, celui de la Silicon Valley et du transhumanisme est devant toi. »

Le devoir de chacun n'est peut-être pas d'adhérer aux valeurs progressistes, mais au contraire de leur résister de toutes ses forces, afin de ne pas cautionner la folle fuite en avant du monde actuel. Toute forme de réussite matérielle, s'apparente peut-être aujourd'hui à une forme de collaboration avec l'ennemi, qui nous considère tous collectivement comme ontologiquement des misérables existentiels, définis philosophiquement comme tels par les premiers penseurs libéraux, en réaction aux guerres de religions et leur corollaire de massacres au nom du bien. Mais n'y a-t-il pas un troisième voie possible entre la guerre civile au nom du bien (qui pointe son nez en Europe à travers le jihadisme), et la vision misérabiliste de la nature humaine définie par le libéralisme ?

L'affect qui domine actuellement n'est finalement pas la méchanceté, mais la peur. C'est cette dernière qui nous rend cruels, parce que nous avons perdu toute notion de la vie en commun, en collectivité, et même du bien commun qui est pourtant l'idée originelle de la République. Or c'est bien cette idée de bien commun que la propagande libérale aura fini par faire exploser. Jusqu'à faire exploser les familles en leur sein même, au nom des droits de l'homme : c'est ici la gauche progressiste, c'est-à-dire libérale-libertaire, qui se charge le mieux d'opérer ce travail de destruction.

Les images et les slogans diffusés par la propagande publicitaire nous encouragent à toujours plus d'individualisme et d'égoïsme, au nom de la modernité libérale. Cette dernière veut nous faire croire qu'au bout de l'effort se trouve le bout du tunnel, avec l'avènement d'un humanité radieuse, débarrassée de toutes ses contingences issues du passé, comme la souffrance. « Sécurité, prévention et bien-être » sont en réalité les fers de lance de la propagande libérale qui se diffuse à travers tous les médias. Ils ne sont pas, j'en ai la conviction intime, au cœur des aspirations les plus profondes de l'humanité, qui pousseront toujours l'Homme si il n'est pas totalement corrompu par la manipulation de son esprit induite par la propagande libérale, à admirer davantage un Jacques Brel qu'un Bill Gates.

Cependant la machine infernale de la propagande libérale est désormais « en marche » (pour reprendre le slogan de Macron), et commence à trouver seulement aujourd'hui sa pleine mesure. Son emprise sur le monde entier, se fait comme sous l'effet d'une mâchoire qui loin de desserrer son étau, ne fait chaque jour qui passe que s'accentuer un peu plus. Toute le monde en a une conscience diffuse plus ou moins développée qui peut engendrer la peur. Lorsque cette conscience est trop forte, elle devient tellement prégnante que la peur paralyse toute volonté et inhibe l'action. Tout comme une proie devant un serpent préfère parfois se jeter dans sa gueule plutôt que de fuir.

Les progressistes de toute obédience, qu'ils soient de droite ou de gauche, ne croient finalement pas en la bonne volonté de l'homme et ont en réalité une vision très pauvre de sa nature. Ils préfèrent ainsi favoriser l'inhibition de tout ce qu'il pourrait y avoir de bon en lui, et privent donc l'humanité de toute chance d'accéder au bonheur en la condamnant à un genre de damnation de son vivant. C'est profondément injuste parce que jusqu'à preuve du contraire, la vie est pour chacun le seul bien qu'il possède.

jeudi 16 février 2017

L'argent


L'argent quand on en a, cela ne s'apparente pas au bonheur, mais c'est du moins le sentiment d'un soulagement qui domine. Quand on n'en a pas on ressent cela comme un manque, donc comme une douleur et une souffrance. Ceci d'autant plus que toutes nos valeurs ont désormais comme point névralgique et comme racine, la valeur d'échange qu'il constitue.

Nous sommes conditionnés par tous les médias audiovisuels ou qui découlent d'internet, à avoir des besoins et des désirs, dont seul l'argent peut fournir le remède pour soulager la douleur et la souffrance que constitue le désir inassouvi généré par son manque.

Il est bien évident dans ces conditions que la sexualité et même l'apparence physique, ce à quoi les anciens, et notamment les Grecs antiques étaient sensibles comme la beauté d'un visage ou d'un corps ou les deux réunis, font bien pâle figure aujourd'hui devant un portefeuille bien garni qui seul est susceptible de constituer l'objet de toutes les convoitises ; dans ces conditions beaucoup trouvent bien plus de jouissance à « faire chauffer » leur carte bleue, que dans un pauvre, banal et bestial rapport sexuel nous ramenant à notre animalité.

On pourrait même ajouter qu'un beau visage, un beau corps, ou une apparence physique attrayante peuvent constituer dans la vie de tous les jours quelque chose d'obscène car nous ramenant in fine à notre condition animale et à la réalité de notre instinct de reproduction. L'argent n'a pas d'odeur, mais les corps si, ils peuvent même dégager une odeur dégoûtante surtout venant des parties les plus intimes, c'est pour cela que beaucoup de beaux corps et de beaux visages sont désormais manufacturés, soumis à copyright, et servent de support esthétique purement virtuel et sans odeur comme l'argent, à la propagande publicitaire, ils sont devenus une valeur d'échange. Ce remplacement du réel par le virtuel nous faisant admirer davantage des images, des icônes people, de beaux acteurs ou actrices, que des personnes réelles, pourrait aussi être un élément d'explication de la chute de la natalité des femmes blanches occidentales tout particulièrement.

Car les gens et moi le premier je le déplore, par notre conditionnement à la société de consommation qui commença dès la naissance pour ainsi dire, ne savons plus vivre simplement et avec frugalité comme surent le faire pendant des siècles nos ancêtres, qui faisait un simple usage des choses au lieu de les considérer comme aujourd'hui dans une optique purement virtuelle voire de spéculation.
Cette hégémonie de la valeur d'échange et du virtuel comme objet du désir en soi, et non plus comme simple intermédiaire avec les choses dont la principale valeur serait d'usage donc réelle, a entraîné depuis environ le début des années 60 en Europe, et aux Etats-Unis depuis sa création par les colons européens, une corruption généralisée des rapports entre les gens car le plus souvent basés sur la seule valeur d'échange. Dans ces conditions on ne plus s'attacher à rien ni personne, tout est interchangeable dans le plus pur matérialisme et le nihilisme n'est jamais loin : rien ne vaut, tout se vaut !

Corruption qui à n'en pas douter risque d'entraîner la chute de notre civilisation occidentale, que certains défendent encore avec acharnement alors qu'elle est totalement pourrie et vermoulue de l'intérieur, et ne mérite pas que l'on daigne au moindre sacrifice pour elle ; ce à quoi d'ailleurs plus grand monde et certainement avec raison, ne consentirait. Il est temps tout simplement de passer à autre chose...


samedi 11 février 2017

Le solipsisme du monde contemporain


L'argent une obsession ? Quand 62 individus en possèdent autant que 4 milliards de leurs pairs anthropologiques ou « frères humains », cela paraît normal que cela pose un peu question, non ? Mais tu préfère vivre dans le déni des méfaits d'une société qui vit dans la fuite en avant, dans la destruction systématique des écosystèmes et des équilibres anthropologiques, dans la plus pure injustice concernant la redistribution des capitaux générés par le travail. Bref pour ton confort moral et parce que tu as été adoubé par une caste oligarchique au fond (à croire que tes figures tutélaires sont BHL, Minc, Attali, Libération de Laurent Joffrin, l'Obs, et Benjamin Constant et Adam Smith comme glorieux ancêtres), tu as choisi existentiellement au sens de la liberté sartrienne et du choix ontologique qui en découle, de lui servir de chien de garde et d'idiot utile.
Un jour tu seras bien obligé de dessiller les yeux et de changer ton regard sur le monde, qui pour l'instant est encore rempli de préjugés dogmatiques au sens d'un « sommeil dogmatique » pour reprendre une expression de Kant, ton modèle sur le plan du comportement à défaut de l'être sur le plan des idées, ou du moins l'affirmes-tu ! Encore un autre déni, car tu es bien plus proche en réalité de Kant et de sa rigidité dogmatique même sur le plan des idées, que de Nietzsche ; et tu as bien raison car sinon à l'instar de ce dernier tu serais mort ou fou depuis longtemps.
Le véritable nietzschéisme est un pari impossible, qui conduit au suicide ou à la folie tôt ou tard tous ses adeptes devant les ravages des idées qu'il recèle tant au niveau de l'interprétation que de la réalité qui en découle, et qui s'oppose à toute notion de décence commune.
Personnellement je dis mieux vaut encore peut-être Le Pen que Macron, ce fou qui veut nous entraîner dans sa folle fuite en avant et je persiste et signe. « En marche » vers quoi ? Vers l'abîme en réalité, qui est bien la destination finale du projet du libéralisme initié par Adam Smith !

Le pire c'est que tout ce que tu dénonces, l'évolution de la société vers un besoin de sécurité inouï, l'imposition du politiquement correct à tous les échelons de la société, le cocooning, la judiciarisation des rapports humains, le rejet de la souffrance au travail et la recherche du confort physique, voire de cette utopie que constitue la notion d'épanouissement personnel... ne sont que la conséquence du progressisme issu des lumières et de l'individualisme exacerbé qui en découle, qui fait de chacun une monade isolée de toutes les autres en guerre contre tous et à qui tous font la guerre.
Aboutissement ultime de 400 ans de métaphysique occidentale et de culte de l'individu au détriment de toute intersubjectivité. C'est seulement aujourd'hui que cette métaphysique issue directement du solipsisme du cogito cartésien (et avec le petit coup de fouet libéral impulsé par les mouvements étudiants occidentaux de la fin des années 60, rejetant toute forme d'autorité traditionnelle), trouve sa pleine mesure, c'est-à-dire une forme absolue de nihilisme au sens hégélien du terme et révèle ainsi aux yeux de l'humanité entière, accessoirement médusée devant le spectacle audiovisuel de l'élite pipolisée, décérébrée et inculte, sa totale absurdité et l'impératif catégorique d'un changement de direction.

Même si il y a maintenant pas mal de temps que notre rafiot a heurté l'iceberg, les machines tournent toujours à plein régime.




mercredi 1 février 2017

L'affaire Fillon


L'affaire Fillon me fait bien rire, que lui reproche-t-on à ce pauvre homme ? D'avoir fraudé au profit de sa famille et le sien si les faits sont avérés, environ un million d'euros brut, pfff p'tit joueur...
Le salaire de nos politiques n'est pas indexé sur celui des grands patrons. En France depuis le tournant libéral de 1983 le salaire des grands patrons a explosé. L'argument pour le justifier est que notre économie repose sur l'innovation et l'imagination (encore un slogan de 68, "l'Imagination au Pouvoir", détourné par la plus pure prédation capitaliste), et que pour innover nous dit-on, il faut beaucoup d'argent, énormément d'argent, toujours plus...
Des années 60 à maintenant, l'écart médian de rémunération entre un dirigeant d'entreprise et un simple salarié, est passé de 20 à environ 270 aux Etats Unis, c'est donc à peu près la même chose dans tout le monde occidental, indexé sur le modèle nord-américain. Ce sont les grands patrons et leurs revenus pharaoniques qui font monter l'écart médian, quand les patrons de PME restent à des revenus décents. 
Mais revenons au pauvre Fillon et à nos pauvres politicards franchouillards. Ils voient leurs amis du grand patronat s'envoler en termes de rémunérations, quand eux continuent à plafonner bas, avec un écart de rémunération avec un smicard compris entre 3 et 15 environ, ce qui n'a au fond guère évolué en leur faveur depuis les années 60.
Comment ne pas compatir à la frustration générée par une telle injustice ? Dans les dîners en ville, quand Fillon doit fréquenter des Arnault, des Pinault, des Bolloré, des Dassault ou encore des Bettencourt, qui eux-mêmes sont des p'tits joueurs face aux géants américains que sont par exemple les patrons de Facebook ou de Microsoft, combien notre pauvre Fillon doit se sentir petit et mesquin, même pas de quoi leur payer l'addition !
Mais nos patrons sont au même niveau environ que le patron d'Uber, dont la boîte génère des profits qui bénéficient plus au fisc américain et donc au peuple américain qu'au fisc français et aux salariés français, qui eux vivent dans des conditions de quasi esclavage, dans cette boîte que l'on dit à la pointe de l'innovation à l'instar d'Amazon. Cette dernière est encore une boîte créatrice de misère sociale, et destructrice du tissu social et culturel d'une économie basée sur la proximité avec le client.
Mais revenons au pauvre Fillon, quand on voit comment il doit ramer pour assurer un revenu décent à sa famille, on se dit que quelque chose cloche dans le système. Devrait-on indexer le revenu de nos politicards sur celui des grands patrons du CAC 40 ? Ou alors devrait-on faire redescendre sur terre les grands patrons dont le capital, pour le plus riche d'entre eux est le même que celui de cent millions de smicards choisis au hasard parmi les classes populaires des pays occidentaux, ou que celui d'environ un million de personnes choisis parmi les couches les plus aisées de la classe moyenne occidentale, dont on émettrait l'hypothèse que le capital net soit d'environ cent mille euros ? Oui car c'est bien cent milliards d'euros net que possède à lui tout seul l'homme le plus riche du monde.
On nous dira que les énormes capitaux favorise l'innovation et donc la croissance, qui favoriserait l'enrichissement de la partie la plus pauvre de la population mondiale. Tout cela est entièrement faux ! Notre modèle fonctionne désormais comme un programme dont la finalité est l'enrichissement toujours plus outrancier et indécent des très riches, l'appauvrissement des classes moyennes, et la totale aliénation des classes dites populaires, et tout particulièrement des 3,5 milliards de personnes les moins riches de notre planète qui possèdent désormais moins que les 62 personnes les plus riches du monde. 
L'autre conséquence d'un tel programme de fuite en avant reposant sur un modèle de croissance aveugle, auquel souscrivent les sociaux-démocrates, libéraux-conservateurs ou libéraux-libertaires (comment les appeler, les identifier ou les distinguer réellement ?) de "droite" ou de "gauche", tels Macron ou Fillon (dont la différence idéologique est très minime et n'est que de surface, l'un étant libertaire dans la plus pure tradition post soixante-huitarde, et l'autre s'en démarquant en postulant des prises de position plus conservatrices sur le plan sociétal, alors que sur le plan économique ils sont en gros d'accord), c'est évidemment la destruction de la biodiversité dont les scientifiques mesurent l'amplification exponentielle tous les jours, et à terme l'annihilation, ni plus ni moins, de la planète.
Car plus le temps passe, plus nous consommons au delà des ressources qu'une seule planète peut nous offrir. Les Nord-Américains sont les plus gros pollueurs par tête de pipe, mais vu le nombre de Chinois et leur modèle de croissance, ils ne sont pas loin derrière, et nous autres Européens, indexés sur le modèle nord-américain depuis 1945, non plus.
Un Hamon a le mérite de se démarquer de ce modèle de croissance, et le courage d'affirmer la primauté de la richesse que constitue la biodiversité et la préservation de la planète, sur le simple règne de l'argent, qui en termes freudiens s'apparente au règne d'un modèle excrémentiel à l'échelle d'une planète entière. Ce n'est pas le nombre d'habitants qui fait courir un risque à la planète, mais l'état d'esprit de ses habitants, qui sont désormais quasiment tous soumis à l'appât du gain et au règne du veau d'or.
C'est pourtant très simple, le modèle de l'innovation destructrice, c'est-à-dire du triptyque croissance/baisse des dépenses publiques/innovation est un mauvais modèle, duquel il est urgent de sortir. Puisqu'il faut désormais songer à un modèle de décroissance afin de préserver l'environnement et tout bonnement d'éviter la destruction du monde désormais à très court terme.
Le programme d'annihilation de la planète est désormais enclenché par environ quatre cents ans de métaphysique occidentale et trois cents ans de libéralisme économiques, qui reposent sur une surestimation de la liberté individuelle, qui aboutit in fine sur l'individualisme et désormais un genre de perversion narcissique généralisée, dont Macron notamment ne semble pas être épargné. Notre ami philosophe Emmanuel Mousset, tombe toujours dans le panneau car il est fasciné par ce type d'Homme à l'ego surdimensionné. DSK et maintenant Macron, sont beaucoup plus proches tous les deux du caractère de Mitterrand que de celui de Rocard. Quant à Fillon il aime l'argent, comment le lui reprocher quand ses amis grands patrons gagnent des millions ?
Un réel socialisme serait fondé sur une conception de la conscience humaine comme reposant non pas sur la solitude du cogito, donc un genre d'individualisme exacerbé ; mais sur une conception de la conscience comme se construisant par l'intersubjectivité, donc par le rapport à l'Autre. Ceci en réaction aux dégâts du progressisme et de la liberté individuelle, propres aux bourgeois héritiers d'une interprétation à leur profit des valeurs de la Révolution française.
Hamon a eu raison de distinguer le faux problème de la dette financière laissée aux générations futures, du réel problème de la destruction de l'écosystème laissé en héritage à nos enfants. L'argent c'est une invention humaine, aujourd'hui le veau d'or, alors que notre réel patrimoine est la planète sur laquelle nous vivons. Quand elle sera détruite, sans retour possible, notre idole l'argent apparaîtra pour ce qu'elle est réellement : un substitut de notre caca au sens "propre" (si je puis m'exprimer ainsi). 


dimanche 22 janvier 2017

Le modèle français est d'inspiration aristocratique au fond...


Comment les Allemands arrivent-ils à payer leurs enseignants lambdas 4000 euros par mois au bout de 15 ans de carrière, et même les Irlandais 3600 euros, quand les Français les paient à peine... 2000 euros ! Au même niveau que les Slovaques et les Polonais ! C'est une question qui me taraude et à partir de là : un enchaînement... Effectivement l'éducation des enfants est un investissement, et un investissement à long terme, que la France a fait le choix de sacrifier depuis 50 ans. On en voit le résultat aujourd'hui avec le fossé qui sépare l'économie allemande de la nôtre.
Il ne faut pas aller chercher plus loin le "secret" du miracle allemand. Pour innover il faut investir, et le premier des investissements c'est l'éducation de la jeunesse, après tout est foutu. Et l'on constate aujourd'hui le marasme où la France est plongée, incapable d'innover dans un quelconque secteur d'industrie en ayant privilégié au niveau de l'éducation, celle d'une élite au détriment du plus grand nombre. Et cela explique la montée du populisme aux relents nauséabonds, pour les narines délicates des bobos raffinés des quartiers anciennement populaires et dorénavant gentrifiés des grands métropoles hexagonales.
Comme le disait Nietzsche, la France a toujours été un pays aux conceptions aristocratiques à la différence de l'Allemagne ou de l'Angleterre. Aujourd'hui ces conceptions dans le contexte de la mondialisation économique se retournent contre nous. La France compte quelques réussites d'inspiration aristocratique dans le domaine du parfum, de la haute couture, du cinéma et d'une littérature en voie de décomposition. Pour ce qui est de tout le reste, électroménager, informatique, matériel audiovisuel, et même le secteur automobile, la France est incapable d'innover, en ayant sacrifié la formation de sa jeunesse aux fonctions de l'industrie, au profit d'une élite politique ou intellectuelle au capital symbolique intimidant pour le citoyen lambda et donneuse de leçons, et qui ne peut pas régler tous les problèmes à elle seule. 
L'Allemagne est désormais un pays plus sain que la France, comme le souligne souvent Emmanuel Mousset dans ses billets, et le retard ne sera rattrapable qu'à très long terme en changeant dès à présent de politique en matière d'enseignement. Notamment en réhabilitant la carrière des enseignants, qui n'ont pas à être les sacrifiés de la modernité. Puisque je le répète la modernité repose sur l'innovation et l'investissement, et que l'éducation des enfants constitue en réalité le premier pôle d'investissement et d'innovation potentiels. Investissement que constituent tous les enfants et pas seulement une élite d'enfants, dont l'éducation est dévolue aux enseignants de prépa qui sont eux pour le coup correctement rémunérés. Investissement en réalité élitiste et de nature aristocratique, à l'image de tout le système scolaire désormais obsolète, car reposant sur le sacrifice de la majorité des enseignants, donc de la majorité des enfants. Doit-on attendre d'une corporation globalement sacrifiée sur l'autel du libéralisme, qu'elle ait le moral et la volonté, sans parler des moyens mis à disposition, de faire correctement son travail ?
Tout comme l'armée française depuis 1870 fut toujours moins bien équipée que l'allemande. "Impossible n'est pas français", dit-on, mais à force de trop tirer sur la corde, on pourrait dire aujourd'hui : "à l'impossible nul n'est tenu."
Alors on peut épater le gogo avec le mouvement de Macron, de la poudre aux yeux selon moi. Car le mal est fait, et devant l'ampleur des dégâts du libéralisme et de la mondialisation auxquels la France n'a pas su correctement s'adapter en privilégiant comme selon son caractère, l'élitisme au détriment de l'éducation du peuple, c'est maintenant dans le repli sur soi et la recherche de protectionnisme que la France va chercher des solutions, à l'instar du brexit et de l'élection de Trump.
Et la responsabilité d'un tel réflexe n'est pas à aller chercher chez les classes moyennes ou populaires, mais dans le caractère aristocratique du tempérament français dont Nietzsche faisait l'éloge, mais qui s'avère totalement inadapté au mouvement de la mondialisation qui repose sur le triptyque, "croissance, baisse des dépenses publiques, investissement/innovation".
La France aurait en réalité besoin d'un choc de simplification pour s'adapter, mais qui répugne à son tempérament, préférant chercher des solutions complexes et au fond de nature aristocratique à ses problèmes, sur la base d'un pouvoir décisionnel centralisé et centralisateur, extrêmement restreint et reposant sur l'entre-soi. Là où les solutions et les prises de décision devraient être décentralisées et venir de toute les catégories de la société civile, comme dans toute société socialiste digne de ce nom. Les Allemands sont au fond beaucoup plus "sociaux" au sens politique que les Français, et cela se ressent dans l'architecture de leurs institutions, beaucoup plus décentralisées et reposant sur la confiance mutuelle.
Les Français ne sont pas des démocrates ontologiquement, et Nietzsche qui appréciait les aristocrates les aimait bien. Enfin il aimait bien les quelques Français qui faisaient preuve d'un tempérament aristocratique, c'est-à-dire comme l'implique la définition de l'aristocratie, les "meilleurs" d'entre eux.
La France est particulièrement un beau "pays de merde", avec une très belle façade, une très belle vitrine, "le pays des droits de l'homme", mais à l'intérieur tout est en réalité en ruine...


mardi 17 janvier 2017

Houellebecq pipolisé ?


Pour l'avoir expérimenté dans un village de Bretagne dans les années 70, oui il existait une solidarité de village entre gens ordinaires des classes populaires, oui personne n'était exclu, oui les gens faisaient preuve de commune mesure et de common decency, oui ils ne cherchaient pas toujours à écraser leur prochain et à "gagner" à tout prix au détriment de l'Autre.
La fameuse philosophie de l'altérité et du visage, que l'on dit "propre" à l'œuvre intellectuelle de Lévinas, existait dans le peuple, et pas seulement en mots aussi beaux et sublimes soient-ils ; mais en réalité et en actes, ce dont par ailleurs a témoigné notamment toute l'œuvre de Pasolini. Le problème avec les mots, aussi sublime soit le langage qui s'exprime par leur biais, c'est qu'à la différence des actes ils sont toujours susceptibles de tomber dans un genre d'intellectualisme totalement hypocrite du type : "faites ce que je dis pas ce que je fais". C'est malheureusement la tendance lourde, humaine trop humaine, de la plupart des politiques qui usent et abusent de la duplicité. 
C'est là que le bon sens populaire le plus souvent ne se laisse pas tromper. Faut-il le déplorer à l'instar d'un Emmanuel Mousset qui ne cessent de se répandre en jérémiades visant à dénoncer le populisme, ou s'en féliciter comme dernier rempart à l'hégémonie d'une oligarchie au capitaux financiers et symboliques conséquents, sans volonté de partage avec les classes populaire d'un quelconque fragment de son "capital" ? En termes freudiens, sans volonté de céder le moindre fragment de son caca.
Le paradigme d'une société saine, c'est un village et non une grande ville. Dans cette dernière la liberté individuelle finit toujours par se confondre avec la corruption, comme si la pente fatale de toute liberté individuelle, donc de tout individualisme poussé à son extrême, menait pratiquement toujours à l'égoïsme puis au narcissisme pour finalement aboutir à la perversion qui est souvent le préambule de la décadence, ce qui finalement entraîna la chute du cosmopolitisme romain.
Ce sont bien les villages partout en Europe, les mœurs et les coutume du petit peuple des campagnes qui faisaient finalement vivre les grandes villes, qui les soutenaient charnellement et même spirituellement, et où un Rousseau pouvait toujours aller se ressourcer, et non l'inverse.
Maintenant que toutes les mœurs et coutumes des villages ont disparu, remplacées par la grisaille uniforme de la France périphérique, exclue moisie et rancunière, alors que les grandes villes n'émettent plus qu'un grand silence ironique quand ce n'est pas un sinistre ricanement de mépris ; alors que reste-t-il ? Un genre de néant susceptible de mener au chaos selon moi, car ce monde n'a plus rien de charnel et de viscéral ; mais il n'est pas exclu de penser qu'en surgira une renaissance, par une prise de conscience collective, alors qu'aujourd'hui tous les signaux, sociaux et environnementaux sont au rouge.
Je ne réclame même pas une restriction de la liberté individuelle, qui déboucherait probablement sur une forme de totalitarisme pour réguler nos excès, car cela ne marcherait pas. Mais au fond on s'éprouvait, on se sentait beaucoup plus libre dans les campagnes d'autrefois, j'en ai la conviction et je l'ai ressenti viscéralement, charnellement et spirituellement, que dans les grandes villes stressantes et oppressantes d'aujourd'hui où quelques happy few tirent leur épingle du jeu, sans que leur succès individuel ne profite dans une quelconque mesure au reste de la communauté. 
La réussite de quelques uns au nom de la liberté individuelle est devenue l'arbre qui cache la forêt de la mondialisation de la misère spirituelle. Dans un contexte effectif de totale carence sociale, à moins que vos parents soient prêts à se sacrifier pour vous et votre réussite individuelle, ce qui au fond n'est pas normal et n'est pas sain, vous êtes condamné à un genre de relégation dans la grisaille de la France périphérique et à une carence spirituelle, matérielle, psychologique, affective... Le progressisme, l'individualisme, la liberté individuelle, dans un tel contexte de destruction du paradigme du terroir par notamment certains intellectuels surmédiatisés, c'est de la foutaise, et le peuple le sent bien. Pourquoi au sein d'une famille n'y aurait-il qu'un élu par exemple ? Au détriment et grâce au sacrifice de tous les autres, relégués et méprisés par la doxa bobo, leurs pairs qui ont intégré les valeurs de l'idéologie individualiste sans le plus souvent bénéficier de ses bienfaits, et ceux ou le plus souvent celui de la famille qui a réussi. S'agit-il encore de réussite mais pas plutôt de nihilisme ? 
Une telle société au fond élitiste et exclusive, n'est absolument pas saine, et repose sur des bases pourries et vermoulues par quatre cents ans de métaphysique occidentale, consistant en l'exaltation de l'individu coupé de toute relation intersubjective et qui trouve finalement sa pleine mesure aujourd'hui. Car effectivement on ne pourra pas aller beaucoup plus loin dans l'exaltation de l'individu roi, dont l'aboutissement est la figure du pervers narcissique, dont le type pullule dans tous les médias, et dont la popularité n'a jamais été aussi flagrante, par décence commune inutile de citer des noms...
Aujourd'hui les gens ne font plus corps, et le rêve de chacun est de s'extraire de la masse fétide et malsaine aux relents nauséabonds de populisme, tous les jours stigmatisée par l'élite bobo, car susceptible de voter FN. Pourtant cette élite bobo est davantage responsable de la situation actuelle, que les classes populaires qui en sont globalement les victimes.  
Désormais, quand un quidam s'extrait de la masse, de la plèbe, de la glaise uniformément grise, ce n'est plus pour nous offrir des œuvres à la Victor Hugo ou encore à la Chaplin, mais le triste spectacle de l'hystérie médiatique et pipolisée, dont même un Houellebecq a du mal à échapper.
L'enjeu pour l'avenir sera de rendre leur spiritualité, leur viscéralité aux classes populaires, car le progressisme sera spirituel ou ne sera pas...

samedi 14 janvier 2017

L'atomisation du monde


Tu sembles déplorer une anxiété constitutive de la nature humaine, mais exaltée et portée à incandescence dans la modernité sous le coup du progrès, et qui s'exprime notamment par le biais de l’inquiétude suscitée par la météo. Mais est-ce de ta part une façon de dire qu'avec l'idéologie du progrès les gens devraient faire preuve d'optimisme, car tout les y inciterait ? Tu te dis progressiste et tu en déplores les effets sur l'"âme" de nos concitoyens, mais faut-il lire entre les lignes que seul toi et quelques autres ont bien saisi le sens du progrès hérité des lumières, et que les autres préfèrent rester dans les ténèbres ? C'est que j'appelle de ta part "la stratégie du coup de pied au cul", si répandue au sein de l'Education Nationale, une des dernières institutions à croire encore théoriquement et ouvertement aux vertus du progrès. C'est effectivement une institution progressiste, tout comme la plupart des médias audiovisuels et des journaux, quand la plupart des gens se contentent d'acter un état de fait sans porter de jugement, ils suivent le mouvement c'est tout. Il faut bien reconnaître que pour une infime minorité "ça marche !" Mais refoulez l'angoisse sous pression par un bout, et elle en ressortira par une autre voie : la météo !
L'"âme" de nos concitoyens sous l'effet de plus de quatre cents ans de métaphysique occidentale, et de culte de l'individualité au détriment d'une logique collective ou socialiste ou encore intersubjective, nous a mené là où nous en sommes aujourd'hui, au point qu'un contemporain comme toi peut en évaluer l'évolution inquiétante au cours même de sa brève vie.
De mon vivant aussi j'ai constaté dans ma région des mutations anthropologiques, toujours vers le pire : des communautés soudées proches de l'idée socialiste au fond, ont disparu sous mes yeux en Bretagne sous les coups des progrès exponentiels.
Je ne constate aucune réussite anthropologique satisfaisante sous l'influence du progrès, mais seulement des réalisations technologiques remarquables que je dois bien reconnaître, des réussites individuelles égoïstes ou narcissiques sans aucune retombées sur le reste de la communauté, et surtout l'enrichissement outrancier des grands prédateurs capitalistes. Ces derniers servent désormais de modèle anthropologique de réussite au commun des mortels, qui rêve de leur ressembler, sans nullement faire preuve d'une quelconque volonté de révolte, ou bien songer à une éventuelle redistribution des richesses à l'ensemble de la communauté, pour la plupart.
Cela indique que c'est la métaphysique occidentale du progrès, née disons pour simplifier avec Descartes, qui déploie aujourd'hui toutes ses potentialités inquiétantes de manière exponentielle. Mais les prémisses d'une telle métaphysique, fondée sur l'idée d'un pur individu théorique coupé de toute relation intersubjective, étaient vouées à nous mener au résultat que nous constatons aujourd'hui, en raison même de cette coupure : pas seulement un "sentiment" d'insécurité, mais une insécurité réelle fruit de tous nos dérèglements interrelationnels.
Non, les dérèglements climatiques, l'augmentation du chômage et de la précarité salariale, et même de la délinquance ne sont pas des fantasmes. Non, la réelle dégradation de la qualité de vie, des années soixante pleines d'optimisme à maintenant n'est pas un fantasme. Oui, les rapports humains sont devenus globalement détestables, faits de défiance réciproque et de méchanceté sous-jacente insupportable.
La météo est la bonne excuse pour extérioriser toutes ces angoisses refoulées, mais qui ont en réalité pour objet d'autres causes que la plupart des gens n'arrivent pas à se formuler, ou n'en font pas l'effort ou ne le veulent pas, ou bien qu'ils se formulent ainsi : "il y a quelque chose qui ne tourne pas rond !"
Le progrès accomplit désormais des mutations anthropologiques à vue d’œil, à l'échelle d'une vie humaine ; bientôt ce sera à l'échelle de fragments de vie qui n'auront plus aucune cohérence les uns avec les autres. L'humanité aura sombré alors dans un genre de folie directement issue de l'organisation libérale du marché du travail, qui conditionne les rapports entre les nations, mais également les rapports entre les hommes. Le "doux commerce" tant vanté par les théoriciens libéraux des origines, pour garantir la paix entre les nations et entre les hommes, aura fini de ruiner la Terre entière. Pour les excuser, on dira que cela partait d'un bon sentiment au fond !
Et lorsqu'il n'y aura plus aucun sens à cette logique mise en branle en Occident, et qui a désormais contaminé la Terre entière sous le "doux" euphémisme de mondialisation, alors qu'il s'agit d'une maladie comparable à la peste du Moyen âge, peut-être y aura-t-il une remise en question ou alors le néant pour l'espèce humaine.
Pour que la vie fasse sens il faut au moins le regard de l'Autre. L'idée d'une pure individualité dénuée de toute intersubjectivité, qui est à la base de toute la métaphysique occidentale et que l'on nomme aussi la subjectivité, nous mène à l'aporie que tu déplores aujourd'hui ; l’anxiété, et qui semble ne faire que s'amplifier avec le temps qui passe.
La tâche que tout philosophe digne de ce nom devrait s'assigner, et que tu devrais t'assigner, serait de refonder la métaphysique sur des bases plus saines et intersubjectives. Ou du moins, si il en est incapable conceptuellement, de dénoncer jour après jour les effets délétères du progrès quand il se fait par le biais de l'individualisme. Tout espoir n'est pas perdu, le progrès est possible si il se désolidarise de ses racines métaphysiques occidentales, qui agissent sur lui comme un programme sur lequel la bonne volonté, l'intelligence ou la prise de conscience des hommes n'a pas de prise. Politiquement il faudrait songer à un progressisme d'inspiration socialiste, ce que ne fait plus la gauche progressiste d'aujourd'hui.
La métaphysique occidentale et le progrès qui en découle, ont eu l'effet d'une bombe atomique sur ma communauté d'origine, ma famille, mes relations, ils nous ont atomisés. 
Bientôt les textes, puis les phrases, puis les mots, puis les lettres seront atomisés à leur tour et ne feront plus sens. La culture disparaîtra sous les ricanements sordides de nos élites pipolisées et progressistes. Alors la métaphysique occidentale aura accompli son œuvre définitive : sa propre autodestruction, en plus de détruire le monde.


mercredi 11 janvier 2017

La Silicon Valley au service de... la Silicon Valley !


Le numérique a permis et permet encore à ceux qui font les bons logiciels de gagner des milliards et d'exploiter accessoirement leur prochain. Le numérique c'est le minerai à partir duquel pourra être extrait le profit. La Silicon Valley c'est l'équivalent d'une mine d'or et de diamants à ciel ouvert, à la puissance 1000. Personne ne s'y trompe, et surtout pas Fillon qui veut doper l'innovation en France et donc in fine le numérique, au détriment évidemment de tout projet social ou de redistribution des richesses, au détriment même de l'éducation de la mémoire et de la culture, les parents pauvres de notre modernité violente. Ce sont les Américains du Nord qui une fois de plus ont trouvé et exploitent désormais le filon pour exploiter les peuples de la Terre entière, et dont le conflit autour des VTC, qui en annonce d'autres du même type, n'est qu'un des avatars. Seuls les asiatiques font de la résistance, même les Allemands sont dépassés sur ce domaine.
Aujourd'hui plus personne n'est effectivement prêt à sacrifier quoi que ce soit pour sauver notre civilisation décadente. Cette dernière est composée essentiellement de jouisseurs décérébrés, de voyeurs cyniques et de victimes (peuple "sans-dents", chômeurs, pauvres, SDF : les bouc-émissaires de l'innovation). Or un héros, un "sauveur", c'est quelqu'un qui sublime sa condition de victime pour sauver le reste de sa communauté, à l'instar d'une Jeanne d'Arc par exemple. On trouve aujourd'hui ce profil chez les jihadistes, mais chez aucun Occidental. Au contraire lorsque ce genre de profil émerge éventuellement chez un Occidental, on le fuit comme la peste, et son isolement le transforme fatalement en pestiféré du point de vue de "l'épanouissement personnel", tant vanté par tous les médias et les progressistes de tous bords (dont Macron est un archétype caractéristique, au service duquel notre ami philosophe au capital symbolique très local, s'est soumis), et qui constitue aussi l'héritage symbolique de "papa" Freud. 
Nous sommes devenus pour certains, légers futiles et dérisoires comme des bulles de champagne pour ce qui est des bobos, une minorité au fond. 
Il suffira d'une chiquenaude pour faire s'effondrer une civilisation aussi pourrie et vermoulue par notamment 300 ans de libéralisme, donc d'individualisme, sur laquelle est venue s'ajouter environ un siècle d'individualisation et d'incitation à "l'épanouissement personnel" (au détriment toujours de l'Autre, dont on se fout désormais), prônée par la psychologisation de la société inspirée de Freud.
Nous formons désormais une société atomisée, où un groupe décidé et uni par des valeurs communes n'aura pas à faire beaucoup d'efforts pour s'emparer de l'autorité sur le reste de la population désunie. C'est déjà le cas avec la constitution d'une hyper classe richissime, au service de laquelle tout ce qu'il y a de capital symbolique en Occident s'est rangé globalement, sauf rares exceptions. 
Les Occidentaux au fond n'auront que ce qu'ils "méritent", et honnêtement ils ne "méritent" pas notre compassion. J'ai évidemment personnellement de profonds regrets pour mes enfants et les enfants en général qui naissent innocents de tous nos crimes passés, à l'idée de leur laisser le monde dans cet état pitoyable. Comme le disait Nietzsche "périssent les faibles et les ratés" que nous sommes désormais tous collectivement devenus, par égoïsme et par servitude volontaire aux valeurs de l'oligarchie capitaliste, qui elle constitue réellement l'aristocratie féroce et futile en même temps, car pipolisée et déculturée globalement de notre époque, et dont le trait caractéristique est la profonde absurdité bête et méchante. Et là où cela devient "tragique" (mais pas au sens du sublime propre aux Grecs), c'est quand cette absurdité bête et méchante débouche effectivement sur la cruauté et l'oppression d'une minorité sur la majorité qui se fait le plus souvent au nom du soi-disant progressisme, tant vanté par Emmanuel Mousset. Mais qu'importe puisqu'il y a constitution d'une aristocratie aussi vulgaire soit-elle, et que c'est ce qui fournit matière à admiration pour notre ami philosophe à la notoriété très locale.