mardi 7 juin 2011

Pourquoi certains profs peuvent modifier votre vie?

J’ai connu dans ma carrière d’étudiant en philosophie, une prof. Ce qui m’a frappé de prime abord c’est sa bonté. Pour elle et sa bonté, j’ai consenti à des efforts inouïs, que je n’aurais jamais faits si elle avait mis d’abord en valeur son intelligence. Intelligence et culture qui sont pourtant chez elle immenses. Mais elle ne la ramenait pas pour ne pas nous inhiber.

Elle mettait avant tout en avant son fond naturel : un fond compatissant et bon.
Je crois que ça doit être ça un bon prof, quelqu’un qui ne la ramène pas trop avec son intelligence, quelqu’un capable aussi parfois de se mettre au niveau de ses élèves, pour les aider ensuite à mieux s’élever. L’intelligence et la culture peuvent provoquer la jalousie et l’envie chez l’élève, alors que si vous mettez en avant la bonté, si vous êtes capable de compatir aux souffrances des élèves, alors ils vous suivront partout. Plus difficile à mettre en œuvre en terminale, où certains élèves sont déjà quasiment des petits salauds bourrés de certitudes, et qui sont là pour faire la peau du maître, surtout si ce dernier est engagé et ne cache rien de son engagement.

En tout cas, ce qui me frappe chez cette prof, c’est qu’elle s’est mise à écrire vraiment à partir de sa retraite. Je l’ai lue et  je crois que si j’avais connu l’étendue de sa culture et de son intelligence et même ses opinions, je n’aurais pas pu faire autant d’efforts pour elle. D’autant plus qu’elle a des opinions très tranchées et très radicales d’un point de vue idéologique : pas du tout ce qu’elle nous montrait en cours, où elle semblait parfois hésitante, voire hébétée, elle avait aussi des talents de comédienne et savait nous faire rire. Quelquefois elle nous sortait : « oh vous savez Hegel j’y comprends rien » et d’autres phrases du même tonneau qui avaient l’air de traduire une complicité où elle se mettait au même niveau que nous, nous autres pauvres étudiants qui avions du mal à comprendre Hegel dans le texte. En réalité elle connaissait évidemment par cœur Hegel et le comprenait peut-être mieux que Hegel ne se comprenait lui-même (ceci dit elle ne le comprenait pas peut-être au sens où elle ne partageait pas ses opinions, ce que je viens de réaliser après coup), et tous les autres philosophes d’ailleurs, du plus facile au plus ardu.

Ceci dit je pense qu'elle a voulu m'aider à un moment, et que je n'ai pas su saisir ma chance. Pour que la vérité sorte, j'ai du me faire violence, et faire violence aux autres. Une telle violence! Insupportable pour les autres. On peut dire que durant ma carrière d'étudiant en philosophie j'ai accouché d'un enfant mort-né et dans la douleur en plus!

dimanche 5 juin 2011

La théorie du complot(2) : conversation avec un internaute.

Cet échange a réellement eu lieu avec un internaute. Attention il relève plus de la psychiatrie que de la philosophie, malgré le fait que mon interlocuteur soit quand même bac+5 en philosophie, mention très bien (je n'invente rien je vous assure). Mais il est symptomatique de la théorie du complot, une véritable paranoïa qui fleurit sur internet :

Lui :
Le bouddhisme c'est du panthéisme. C'est la religion qui plaît aux gens car comme tu le dis très bien Dieu est partout en chaque homme. Mais pas seulement d'ailleurs.

Moi :
Le problème qui se pose dans notre monde moderne c'est celui de la technique, peu importe les débats techniques, panthéisme et autres termes, le problème est celui de notre survie en tant qu'espèce, parce que la technique à une volonté propre qui peut très bien aboutir à notre extinction, le Bouddhisme est une des solutions peut être pas la seule pour écarter ce péril.

Lui :
Faut se méfier aussi des réseaux sociaux. Tout ce qui est sur facebook ou ailleurs est une mine pour les RG de tout poil. Ils savent tout sur tout le monde. Ils n'ont qu'à lire... Bientôt on se suicidera sur facebook ...Relis Aristote et le Premier moteur. Pour que quelque chose existe il faut un premier moteur, un Créateur.

Moi :
Moi ce que je propose c'est une translation du bouddhisme en occident, car nous n'avons plus besoin du christianisme, il ne nous convient plus. Le christianisme ne correspond plus comme solution pour le genre de souffrance que nous avons.

Lui :
Le monde a eu un commencement et il aura une FIN. L'important c'est l'au-delà. La fin de ce monde-ci est proche, peut-être encore une génération grand maximum. On nous fait croire qu'on décide c'est faux, on décide sur des petites choses bien sûr, sur la vie privée.

Moi :
Le christianisme était une belle religion mais elle correspond a des instincts puissants qu'il faut affaiblir, or nous sommes décadents, faibles, souffrants. La religion qui conviendrait à nos affects d'hommes décadents est le bouddhisme.
Il n'y a pas d'au-delà.

Lui :
S'il n'y a pas d'au-delà on peut comprendre l'état du monde actuel. Ça réjouit les psys...Je vais te donner une clef. Tu cherches Albert Pike sur Google et tu t'informes sur ce qu'il était (c'est facile, il était au sommet des FM) et tu cherches sa lettre à Mazzini. Ça c'est un document. La 3ème guerre mondiale y est présentée exactement comme elle arrive ainsi que l'effondrement économique voulu ! Ecrit à la fin du 19ème siècle. Il n'y a pas si longtemps que je suis en possession de cette lettre.

Moi :
Le christianisme était une religion pour des barbares qu'il fallait civiliser. L'état du monde actuel ne s'explique pas par l'absence d'au delà il s'explique par l'asservissement de la technique qui fait de nous ses esclaves, ses machines. La question est : comment se détacher de tout ça, comment adopter une doctrine du détachement
Voulu par qui? Ton truc ça s'appelle la théorie du complot.

Lui :
Il doit bien exister des ermites. Je ne plaisante pas ...
Voulu par les lucifériens. Appelle-les comme tu veux. Le 11 septembre c'était une démolition contrôlée. Tous les experts le savent et personne ne le dit. Ça s'appelle la pensée unique.
Le but était d'envahir l'Irak. Il fallait un prétexte.

Moi : 
Une doctrine du détachement vis a vis de la machine et du mal qu'elle nous fait subir. Ton truc s'appelle aussi la théorie du complot, et le génocide de juifs, pipo aussi ?

Lui :
Tu abordes des sujets très intéressants. Tu recherches le bonheur et essaies de sauver cette civilisation qui n'en est plus une.

Moi :
A cause de quoi cette civilisation n'en est plus une, à cause d'hommes qui en profitent? Une minorité de salauds qui utiliserait la technique pour nous asservir, ou alors la technique n'a-t-elle pas sa volonté propre, qui fait des hommes des machines?

Lui :
Des massacres de populations il y en a en permanence menée par l'Occident contre les musulmans (puisque c'est la prochaine cible) : Irak, Afghanistan, Libye, demain l'Iran, etc... Pourquoi l'Iran n'aurait pas le droit à la bombe atomique ? A cause de la 2ème guerre mondiale ? Quel rapport ??

Moi :
L'islam représente les vaincus de l'Histoire. Psychologiquement un vaincu est malade d'être vaincu, c'est pour ça que l'islam est malade. L'Occident s'en sert comme d'un bouc émissaire, je suis d'accord avec toi.

Lui :
L'islam est aussi instrumentalisé pour servir la cause des juifs.

Moi :
Ceci dit l'islam est virulent comme peut l'être un malade. Car dans le fait d'être malade d'être vaincu il y a les racines du mal. Regarde les Allemands qui ont perdu la 1ere guerre mondiale. Malades d'être vaincus ils ont mis Hitler au pouvoir. Les juifs ne sont pas la minorité de salauds qui gouvernent le monde, les juifs sont souvent aussi les victimes. Certains juifs mais pas tous ont développés une paranoïa qui leur fait convoiter les postes de pouvoir. Et après sont-ils heureux pour autant?

Lui :
La situation n'est pas la même, Hitler est mort, et si tu veux le ressusciter regarde plutôt du côté du Pentagone, c'est là que ça se passe... ou du côté de Goldman Sachs qui dirige la finance et le monde. Obama n'est qu'un pantin.

Moi :
Les juifs ont toujours eu à subir la cruauté des autres peuples nous manipulent ils pour autant? Ce sont les circonstances de l'Histoire qui les ont mis la où ils sont. Aujourd'hui vainqueurs avec Israël, peut-être demain persécutés à nouveau. Quel est l'intérêt de Goldman Sachs?

Lui :
Les juifs dirigent la finance. Aujourd’hui c'est la finance qui asservit le monde. Regarde ce qui se passe en Grèce, en Amérique, au Portugal, en Angleterre, et dans un an en France. Des taux d'endettement JAMAIS vu depuis l'empire romain. Ceux qui savent achètent de l'or, car ils se dépêchent avant le feu d'artifice final.

Moi :
Obama, Un pantin aux mains de qui?

Lui :
De Ben Bernanke, par exemple, dirigeant de la FED, eh bien d'autres. Mais celui là est un très gros. Un ancien de goldman Sachs.

Moi :
Qui sont les lucifériens, une secte? Tout cela ressemble au Da Vinci Code, crois moi des fables pour les enfants. Le fric ne rend pas immortel. Les plus puissants trébuchent aussi.

Lui :
Création de la FM en 1717. Après il faut apprendre l'histoire, pas celle de l'école, mais qui nous apprend les illuminés de Bavière ? Ils ne se réunissaient pas pour boire de la bière... quoi que...

Moi :
Que veut dire FM?
Tu es détenteur d'un grand secret et tu ne veux pas m'en dire plus?

Lui :
A plus. Pour le reste le bouddhisme peut t'apporter du bien, du confort. Mais tu ne résoudras pas tes questions métaphysiques avec le bouddhisme.

Pourquoi avons-nous besoin du bouddhisme?

Pourquoi je veux à tout prix être un sauveur, pourquoi je veux être un héros ?
Je ne suis pas Jésus, suis-je prêt à me sacrifier pour que d’autres vivent sur ma dépouille ?
C’est mon souhait le plus vif : bizarre non ? Quel orgueil ! Comme Pasolini, l’artiste que je vénère le plus : sa mort dans des circonstances mystérieuses ressemble effectivement à un sacrifice qu’il a consenti pour ressembler à son idole : le Christ.

N’empêche Jésus, quel coup de poker il a réussi. On n’a jamais fait aussi sublime que son sacrifice.  Comment un seul homme a-t-il pu frapper autant de consciences, pendant 2000 ans ! C’est trop fort. Je comprends que le christianisme ait été pendant autant de temps une religion si puissante. C’est une religion sublime.

Je ne veux pas dénigrer les autres religions. Il est évident que le judaïsme est la religion matricielle, celle dont sont sortis les deux monothéismes que sont le christianisme et l’islam. J’aime aussi beaucoup le bouddhisme. J’ai fait un voyage en Thaïlande il y a 13 ans, et je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma vie d’adulte que là-bas. Normalement j’y retourne en février 2012, je suis bien content. Je ne peux pas expliquer pourquoi je me suis si bien senti là-bas, je n’ai pas fait de tourisme sexuel, je vous l’assure. Et pourtant même sans sexe, il y a une atmosphère là-bas indescriptible, vraiment apaisante. Un peuple encore très religieux, très respectueux des rituels, une philosophie du détachement dans tous les actes de la vie quotidienne. Un Thaïlandais, on dirait que rien ne le touche vraiment, les événements passent, la mort même, on dirait qu’ils s’en foutent. Tout passe, et ils sont toujours là. J’aime beaucoup les Thaïlandais. Ne parlons pas de leurs temples et des paysages, c’est indescriptible de beauté.
Si un jour je devais déserter ce serait pour me barrer dans un pays bouddhiste, il y a moins de souffrances là-bas, les souffrances on les laisse passer, on les dénigre, les gens sont doux, ça calme. Il n’y a pas de tension comme on peut la sentir chez nous partout. Un petit massage et hop c’est reparti !

Et Nietzsche, il nous dit sans arrêt qu’il faut nous débarrasser du christianisme, Ok je suis un peu d’accord avec lui. Nous sommes tellement souffrants désormais, tellement épuisés de notre civilisation, tellement décadents, qu’il nous faudrait une religion du type du bouddhisme, une religion qui combat les affects de souffrance en chacun de nous, et non plus une religion comme le christianisme, qui s’adressait à des brutes barbares d’après la destruction de l’empire romain, qui débordaient d’un trop plein de vitalité, et pour qui la question qui se posait était : comment faire pour que vous brutes barbares vous modériez votre trop plein de vitalité et fassiez moins de mal aux autres. La question qui se pose maintenant pour le citoyen lambda, qui n’est plus une brute barbare bien que souvent la technique lui donne une force qu’il est incapable de maîtriser, ce n’est plus de cesser de faire mal aux autres (quoiqu’encore un peu), mais c’est comment souffrir moins, sachant que le citoyen lambda est épuisé, déréglé et souffrant et aliéné obéissant à une volonté qui n’est pas la sienne mais celle de la technique, qui a sa volonté propre, qui ne peut même plus être un moyen dont nous maîtriserions les fins.

Oui Nietzsche donc qui veut en finir avec le christianisme et qui pourtant adopte une attitude christique lorsqu’il s’identifie à son Zarathoustra, et qu’il nous dit qu’il a des disciples et que ses disciples devront le renier, pour mieux revenir à lui. Mais n’est-ce pas ce que le Christ a fait comprendre à ses disciples. Pierre son plus fidèle soutien ne l’a-t-il pas renié devant la foule en colère pour sauver sa peau ?

Nietzsche donc, ce malade, cet autiste peut-être même, cet idiot au sens dostoïevskien du terme mais c’est un autre problème, n’a-t-il pas toute sa vie résisté à la volonté de ressembler au Christ, au désir de ressembler au Christ et peut-être n’y est-il pas arrivé : sa fin comme celle du Christ ressemble à un long supplice, une longue agonie avec quelques détails gracieux comme des oiseaux qui venaient se poser sur son corps immobile de fou catatonique, je parle du Nietzsche foudroyé d’après sa crise.

De toute façon dans le christianisme, le Christ n’est que l’artiste. Le théoricien, celui qui a mis en œuvre la machine de guerre à convertir qu’est le christianisme, c’est Paul. De la même façon, Nietzsche n’est que l’artiste. Utilisé ensuite par un tas de théoriciens  pour monter des machines de guerre destinées elles-aussi à convertir, notamment contre le christianisme, et dont Deleuze est peut-être l’archétype.

Oui mais pour faire quoi ? Un monde idéal où tout le monde serait artiste, libre,  c’était le projet fou de certains soixante-huitards Je pense que cela ne peut pas marcher, on ne peut pas demander à l’homme normal d’être un artiste, ce dernier a juste besoin d’une religion ou philosophie de vie comme le bouddhisme qui lui permettrait de moins souffrir. D’autant plus que ces faux artistes ces imposteurs post 68, font écran aux vrais qui eux sont des malades, et qui essaient de sublimer leur maladie dans l’art. Pour un vrai artiste et ce n’est pas un titre de gloire - l’artiste est bien souvent un idiot un quasi autiste d’après la terminologie propre à notre modernité (terminologie dégradante, et qui montre la chape de plomb que font peser les normaux sur les déviants), il ne faut pas l’envier - pour un vrai artiste donc l’art n’est pas avant tout un jeu (quoiqu’un peu), mais avant tout quelque chose de très sérieux qui s’apparente à un moyen de survie.

La théorie du complot

Y-a-t-il vraiment une minorité de salauds qui nous manipule, ou tout au moins qui en profite : ça c’est croire d’une certaine façon à la théorie du complot. Admettons que j’ai tort. Admettons que personne n’en profite, admettons que tout le monde soit mesuré. Alors à quoi sert tout ça ? A quoi sert la technique ? C’est un vieux fond d’animisme en moi qui me ferait croire qu’il y a des forces maléfiques qui gouvernent le monde. Le mal ne serait-il que du côté des faibles, des réactifs : Ben Laden, femmes voilées, Kadhafi, Iran, Corée du Nord ? Ce serait ça le mal ? Et de l’autre côté il y aurait les démocrates, les bons, les puissants. Ces derniers qui sont du bon côté de l’Histoire n’en profiteraient-ils pas, ils seraient mesurés, bons. Alors il n’y aurait pas de patrons qui gagnent des millions, pas d’actionnaires qui gagnent des millions, pas de travailleurs exploités. Tout cela serait une illusion !

Ou alors il faut accepter que dans l’Histoire il y ait les vainqueurs et les vaincus. Et malheur aux vaincus. Après tout ils n’avaient qu’à gagner : la vie ce serait aussi stupide que ça. Gagner ou perdre, avec certains qui partent quand même avec un sacré handicap.

Après tout des salauds on en trouve chez les pauvres comme chez les riches. Les pauvres n’ont pas le monopole de la bonté, le peuple n’est pas bon par nature.

Il faut accepter l’ordre du monde, c’est cela être mesuré. Fermer sa gueule pour toujours si l’on n’a pas été capable de prendre la parole quand l’occasion s’est présentée. Oui il faut accepter les règles du jeu pour ne pas sombrer dans le terrorisme ou le mal.
C’est pour cela qu’à la première occasion je me barre, je déserte. Je ne peux pas cautionner cela. Je ne peux pas cautionner le triomphe de la technique sur le dos des hommes en chair et en os.

Ou alors modestement dans  son petit coin, cultiver son jardin, faire un petit travail de fourmi, humblement certes, mais qui porte ses fruits. Et surtout rester sur les rails, ne pas se dérégler. Accepter, accepter, accepter, en courbant l’échine !

Malades d’avoir été vaincus = les racines du mal.

Les tentations barbares

Pourquoi j’ai des tentations barbares ?
Toujours le même problème d’asservissement à la technique. D’après moi la volonté politique est un leurre, elle est largement soumise à la technique qui a sa volonté propre. On peut peut-être comprendre ainsi le ralliement de Heidegger au nazisme : peut-être pensait-il que la volonté politique est tellement impuissante qu’il fallait un coup de fouet. Il s’est trompé, en a-t-il eu conscience ?

Que peut la politique alors si elle ne nous permet pas de sortir de l’asservissement par la technique, que peut la politique si elle ne nous permet pas de sortir de la domination de la technique et de nous orienter vers une culture sacrée et païenne, religieuse et populaire ? Que peut la politique, si elle ne permet de remettre en question les règles du jeu, où quelques salauds, égoïstes et profiteurs utilisent sans scrupules ces règles pour exploiter tout le reste de l’humanité? Je ne crois pas beaucoup en l’intelligence mais beaucoup plus en la bonté. Je ne crois pas beaucoup en la philosophie, mais beaucoup plus en la religion. Oui je suis un peu bête. Mais je crois que l’homme a besoin de quelque chose de supérieur à lui et qui l’empêche d’être un barbare. Je crois que l’homme a besoin de son père toute sa vie à ses côtés. Je crois qu’il a besoin de Dieu.

Je crois que je n’ai jamais été un bon élève parce que je suis fondamentalement païen, donc plutôt polythéiste que monothéiste. Je sors de ma campagne, je suis un profane, un non-initié. Le prof lui vient d’un milieu plus urbain, il est monothéiste, il est initié. Il obéit à la loi du père. C’est un curé amélioré qui a une culture sacrée, c’est-à-dire uniquement verbale. Pour un prof : au commencement était le verbe. Personnellement ma culture est plus rattachée à la nature. Je n’aime pas les règles trop strictes, car je suis aussi un enfant de 68.

Le christianisme est quelque chose de dur qui a combattu le paganisme dans les campagnes. Mais ce que l’église n’a pas réussi à faire : supprimer le paganisme, le polythéisme; je crois que l’école et les principes de la république ont réussi à le faire. La campagne est devenue un désert, plus de culture païenne. Elle existait encore un peu quand j’étais petit et que j’allais en vacances chez mes grands-parents bretons. Ils parlaient breton et se sont installés sur la péninsule armoricaine depuis 1500 ans. Sinon avant le breton ils le parlaient en Bretagne actuelle Grande-Bretagne dont ils ont été chassé par les Anglo-Saxons, peut-être qu'ils le parlaient depuis 3000, 5000ans, va savoir! Ma mère le comprenait encore, je suis le premier depuis 5000 ans qui est issu de cette culture bretonne et qui ne parle pas breton. J’ai été déculturé et qu’ai-je gagné en échange? Le droit d’être un petit prof, un petit curé. Honnêtement je fais mon métier sans conviction, j’ai beaucoup plus d’estime pour mes ancêtres, que pour la culture qu’on m’a inculqué de force.

Enfin, je suis vivant ! Je suis un peu comme un paysan qui aurait été embrigadé dans une armée de la révolution. Je suis prêt à déserter à la première occasion, vous êtes prévenus !

La technique est-elle neutre?

Le technique est-elle un moyen d'oppression ou de libération? Cela dépend pour qui.
D'après moi nous vivons sous la domination de la technique et cette domination me paraît bien plus puissante que n'importe quelle volonté politique.
En même temps la technique c’est neutre, elle n’est apparemment ni bonne ni mauvaise en soi, tout dépend de ce que l’on en fait : argument fallacieux de l’étudiant en première année de philosophie, et je vais démontrer pourquoi.

En réalité la technique fait des dégâts, comme si elle avait sa volonté propre, la technique n’est plus au service de l’homme mais l’homme est esclave de la technique.
En fait si tout marche normalement dans la tête d’un homme, si sa maman lui a bien essuyé les fesses quand il était petit, s’il a bien travaillé à l’école quand il était petit, s’il a bien eu des petites amies quand il était jeune, si adulte il a un bon job bref si tout fonctionne l’homme peut utiliser la technique, l’homme peut avoir l’impression de dominer la technique.

Mais lorsque l’homme est déréglé, l’homme s’aperçoit qu’il ne vaut pas plus qu’une vieille machine usée, qu’on ne l’estime pas plus qu’un appareil défectueux. C’est à ce moment-là que l’individu prend conscience qu’en fait c’est la machine qui domine. Qu’il est lui-même un homme-machine. L’animal-machine de Descartes est devenu un homme-machine. La spécificité attribuée par Descartes aux hommes par rapport aux animaux n’est plus de mise, l’homme est au même rang que les animaux : un homme-machine. L’homme est comme un automate dont on connaît tous les rouages. On le soigne comme une machine, on le nourrit comme une machine, on l’utilise comme une machine. Les patrons, les maîtres de l’économie utilisent les hommes comme du bétail. On essaie de lui donner le minimum pour qu’il produise le maximum : ça c’est le miracle que nos chers économistes essaient de produire tous les jours.

Ainsi même lorsque tout va bien l’homme est considéré comme une machine, dans ce cas performante et il ne s’en rend pas compte. Lorsqu’on est performant on ne se rend pas compte que l’on est une machine, mais l’on en est quand même une.

On pourrait dire dans notre modernité que l’on ne peut même plus qualifier notre pensée « d’humaniste », elle est en réalité dans notre quotidien « machiniste » ; et c’est cela qui nous rend fou, si l’on n’a pas été correctement préparé à être une machine performante.
Donc non la technique n’est pas neutre, elle agit sur nos consciences. Elle nous détruit, nous éloigne des rites religieux, nous éloigne de la proximité avec l’autre, nous rend passif, impuissant.
La question qui se pose est : aurons-nous la force de critiquer radicalement cet asservissement par la technique ou disparaîtrons-nous ?

Sur l'affaire DSK

Les puissants sont-ils plus pourris que les autres ?

Ils ont seulement sur les épaules plus de pression, et aussi plus de tentations. Normal qu’ils aient plus d’occasions d’assouvir leurs passions que le citoyen lambda, ils suscitent eux-mêmes l’admiration et la passion. La pression qu’ils ont sur les épaules rend peut-être leur recherche de plaisir plus forte et plus légitime que pour le citoyen lambda.

Pourtant pourquoi s’acharner à les couvrir ? Trouvons-nous que le monde dont ils sont les garants est propre ? Personnellement en tant que petit homme plein de ressentiment, je trouve que le monde est assez sale et que les puissants montrent très mal l’exemple. Pourquoi les défendre ? Quel intérêt pouvons-nous y trouver ?

Une bonne raison de les défendre : nous sommes tellement tentés de les voir tomber, de les voir ramper dans la boue. Nous autres petits hommes plein de ressentiment, notre plaisir c’est de voir les puissants tomber.

Donc si on est courageux, on doit prendre la défense des puissants. Cela s’oppose à notre réflexe premier plein de ressentiment, c’est donc plus difficile : ça c’est être brave.

Ou alors cela montre que l’on est en bonne santé car l’on n’a pas de ressentiment contre les puissants. On est d’égal à égal avec eux : ça c’est la grande santé.

Sur l'affaire Luc Ferry

Méfions nous de l’amour et du bien. L’amour des forts entraîne souvent le crime des faibles.

Les jeunes de 68, rousseauistes, se sont crus bons, or ce qui est bon pour les adultes : sexualité débridée, absence de pudeur ; n’est pas forcément bon pour les enfants.

Que d’affaires de mœurs et de relents de pédophilie dans les rangs des soixante-huitards, et d’affaires qui sortent maintenant. Je ne suis pas d’accord avec Emmanuel Mousset : heureusement que ces affaires sortent, quelle que soit la façon dont elles sortent. Car ce qui est grave ce n’est pas la fuite, ce qui est grave c’est le crime.

Encore un mauvais principe au départ : un homme exclusivement bon et propre pour Rousseau et ses héritiers soixante-huitards. Résultats : pédophilie et partouzes à tous les étages. Non l’homme n’est pas bon par nature !

Pourquoi je n'aime pas ma ville: Sevran ?

Marx et les communistes avec lui, ont pris comme principe d’explication du monde, un principe de division et de conflit donc de haine : la lutte des classes.

On voit le résultat dans le communisme en actes : une longue série de massacres et de génocides  A une échelle plus proche de nous : les villes gérées par les communistes en France sont les plus laides de France, il y a un principe haineux dans la tête d’un communiste, dès qu’il voit du bonheur, il y voit de l’injustice. Comme dans la tête d’un communiste tout est laid au départ, tout doit être laid à l’arrivée, heureusement en France que l’ardeur des communistes est tempérée par leur faiblesse politique. Quand bien même les pauvres deviendraient-ils heureux, le communiste se mettrait à les haïr. D’un principe purement négatif d’explication du monde ne peut sortir du positif, mais que du négatif, n’en déplaise à Hegel et après lui à Marx.

Marx aurait dû tempérer son originalité négative, par un peu de positivité, d’amour. Le fils d’ouvrier a parfois été plus aimé par sa maman que le fils de patron et ça aussi c’est injuste.
Mauvais principes = conséquences catastrophiques. Méfions-nous de la politique.

Les jeux sont faits

A partir d’un certain âge les jeux sont faits. Et il y a des règles du jeu. On ne se contente plus que de respecter les règles du jeu au mieux de sa personnalité. Mais n’oublions que ceux qui ont contribué à faire ce que nous sommes étaient des êtres de chair et de sang qui se sont sacrifiés pour faire ce que nous sommes. Nous n’avons plus devant nous le spectacle de ce sacrifice, mais un philosophe comme Nietzsche a fait revivre pour nous le spectacle de ces sacrifices, de ces criminels ou déviants punis au fer rouge, pour que le troupeau suive le bon chemin : notamment à travers La généalogie de la morale, et à travers une typologie de certains grands hommes comme Jésus.

Ce qui apparaît c’est que lorsque nous sommes en bonne santé nous ne faisons que revivre certaine situations de notre passé ou même du passé de nos ancêtres, ainsi que lorsque nous sommes malades. Avec en arrière plan les deux grands principes que sont l’amour et la haine, les deux principes qui régissent tout selon Empédocle.

Dans notre modernité nous nous sommes trop éloignés de la compréhension  et du ressenti de ces deux principes, nous sommes très éloignés de l’origine, c’est l’« oubli de l’être ».
Nous voyons les règles du jeu : en politique, en philosophie, en économie, et nous croyons qu’elles étaient là de toute éternité. Ceux qui ne font qu’utiliser ces règles du jeu sont des profiteurs, des égoïstes, des salauds. La politique et ses combines, les jeux de pouvoir, sont la surface visible, la superstructure. Mais à force de s’être trop éloigné de l’origine, des hommes tombent, car l’infrastructure ; c’est-à-dire nos pulsions de vie ou de mort se rappellent à nous.

Notre monde souffre de s’être trop éloigné de l’origine, la politique ne sauvera personne, on le sait bien maintenant depuis la désillusion de l’ère Mitterrand. Certains se satisfont du spectacle de la lutte à mort de ces hommes entre eux, moi pas ! Je les trouve pathétiques ces hommes qui gesticulent parlent fort et n’ont aucun pouvoir sur notre quotidien. Quotidien qui est en réalité soumis à la domination de la technique. C’est ce quotidien qu’il faut remettre en question. A travers un ressenti de notre être-là nous sentons que nous sommes très souffrants et nous pensons que nous n’y pouvons rien. Cette souffrance, cette impuissance devraient aboutir idéalement à une critique radicale des règles du jeu qui régissent notre vie en commun.

La seule question qui se pose désormais pour l’humanité est : auront nous la force de nous rapprocher de l’origine, pour critiquer radicalement le monde où nous vivons et survivrons-nous ? Où allons nous continuer à ne pas voir plus loin que le bout de notre nez, à vivre comme des moutons impuissants et disparaîtrons-nous ?