dimanche 4 février 2024

Pourquoi un renouveau religieux est-il nécessaire ?



Puisque vous me faites l'honneur de me répondre sur votre blog, Florence de Mèredieu, je prends ça non pas pour une façon polie et très aimable de clore le chapitre, mais comme une invitation à en rajouter une couche.

Je ne serais pas aussi catégorique que Claude-Paul Rouquet quand il dit : « La maladie mentale est un fait de nature chez un individu. Elle ne se contracte pas comme le tétanos. L'environnement social, certains médicaments, les aléas de la vie, peuvent être des révélateurs, jamais ils ne créent la maladie. » Je pense que c'est très rassurant de se dire ça, quand on est soi-même pas trop rassuré sur sa propre santé mentale et que l'on a besoin de cliver entre ceux dignes d'appartenir à la communauté des gens sains, et les autres. On se rassure effectivement sur sa propre santé mentale en affirmant que les tares sont de nature, et non pas créées par le milieu sur fond d'intoxication familiale.

Or je suis convaincu que ma maladie n'était pas de nature, mais fut entièrement créée par le couple toxique que formaient mes parents et la relation qu'ils avaient établi avec moi, sans qu'il n'y ait eu aucune trace de fragilité mentale « de naissance » chez moi, où justement la notion de bouc-émissaire, évoquée par René Girard, a joué un très grand rôle. Puisque je fus pour eux le bouc-émissaire de leur relation de couple mortifère. De cette violence qui caractérisait leur relation, ils en ont en quelque sorte rejeté la faute sur moi, et j'ai incorporé tout petit enfant ce sentiment de culpabilité que je ne « méritais » absolument pas, qui empêche toute forme d'extériorisation corporelle et langagière. C'est à ce moment-là, très jeune, beaucoup trop jeune, que j'ai commencé à accumuler des retards de développement préjudiciable à l'adulte en devenir que j'étais. Pourtant mes parents n'étaient pas défavorisés socio-culturellement et professionnellement, loin de là, même un peu au-dessus de la moyenne je dirais. J'avais un père ingénieur qui avait certes commencé comme technicien et avait rapidement gravi les échelons, et une mère psychologue qui de son côté avait commencé comme psychomotricienne, j'ai eu assez tôt le sentiment de leur fierté d'appartenir aux catégories CSP+ (comme on dit maintenant) de la société. 

Ma mère ne m'a jamais tendu la main, d'une certaine façon elle ne m'a jamais « pardonné », c'était moi le fautif et c'est resté gravé dans son esprit profondément clivant, entre ceux qui sont dignes de faire parti de son cercle intime, et les autres qui n'en sont pas dignes (comme moi), tout entier fait de dénis et de projections qu'elle opère constamment sur ma personne - et bien que je ne sois pas très adepte de ces catégorisations freudiennes qui selon moi ne saisissent pas le problème dans sa globalité, comme le fait l'œuvre de René Girard -, même après le divorce d'avec mon père. Il ne lui ait jamais venu à l'esprit que dans l'ordre des choses, ce n'était pas à moi de payer le prix de leur couple défaillant, mais que c'était à elle de réparer ce qu'elle avait contribué à briser chez moi, puisque je n'étais qu'un enfant, puis un adolescent, donc vulnérable par définition, et elle une adulte censée être évoluée et plutôt informée de la situation, puisqu'elle était psychologue. Quelle sinistre imposture de la psychanalyse ! Ou alors quelle imposture de ma mère au sein de cette corporation. J'avoue que j'ai toujours été bien naïf en faisant confiance à la profession de ma mère pour guérir qui que ce soit de quoi que ce soit. Son appartenance au genre féminin lui faisait croire que c'était elle la principale victime dans cette histoire, et non pas moi alors que je n'étais qu'un enfant, en cela bien aidée par la vague féministe qui balayait déjà la société française en cette époque de fin des années 70 et début des années 80. 

Or mon père, pour sa part, m'a tendu la main. Lorsqu'il a refait sa vie avec une autre femme, une femme généreuse, il m'a pardonné. Alors même d'ailleurs que dans l'ordre des choses il n'aurait pas dû avoir à le faire, puisque je ne méritais en aucune façon, que soit rejetée sur moi une quelconque faute. La bouc-émissarisation, qui existe toujours à différents degrés dans presque tous les couples à l'égard de leurs enfants, dans mon cas bien trop excessive, fruit de leur relation de couple délétère, était surtout le signe de leur manque d'évolution, comme on dit de quelqu'un d'un peu niais : « qu'il n'est pas très évolué ! ». Je ne pouvais pas deviner que sous leurs costumes d'adultes, mes deux parents cachaient deux enfants pas très évolués et un peu niais, « puérils » comme l'aurait dit Simone Weil. Quoiqu'il en soit il avait décidé de me pardonner, car il considérait que c'était moi le fautif (tout le mal que l'on porte en soi on l'attribue à une cause, le bouc-émissaire qui est considéré comme très mauvais et tabou, sur qui l'on projette ses propres fautes), et j'ai ressenti son pardon dans mon corps, ça m'a fait beaucoup de bien. Je me suis bien développé psychiquement et physiquement, sur environ 5 années plutôt heureuses de mes 11 à 16 ans, environ. Durant cette période, par rivalité mimétique avec la compagne généreuse de mon père, ma mère s'est mise momentanément à être davantage humaine à mon égard, donc tout allait pour le mieux. Malheureusement quelques temps plus tard, mon père a quitté cette femme généreuse et bonne pour une autre qui, ne m'aimait pas et voulait m'exclure, avait deviné mes faiblesses et mes lacunes remontant à la relation entre mes deux parents, et dont le seul but était de fonder une famille avec des enfants avec mon père. C'est exactement ce qu'il s'est passé, et j'ai bien entendu été exclu du cercle familial paternel vers environ 16 ans. Ensuite c'est seulement vers 17 ans que j'ai commencé à fumer du haschisch, conséquence finalement plutôt que cause, de tous mes problèmes. Mais l'ensemble de la famille - que ce soit du côté de ma mère (avec ses amants juifs et le clivage qu'elle faisait entre eux : les bons objets, et moi : le mauvais objet jamais assez parfait à ses yeux ), ou bien de mon père qui avait fondé une nouvelle famille, et mes grands-parents de plus loin ainsi que mes oncles, tantes et cousins - trouvait finalement très pratique d'aller crier sur les toits que c'était la drogue la cause, alors qu'elle n'était que l'effet, et donc moi le coupable, celui qui avait fait un mauvais usage de son libre-arbitre, retombant-là dans ce que m'avaient fait subir mes parents quand j'étais petit lorsqu'ils avaient rejeté la faute sur moi. Ce qui prouve bien que les effets de la drogue n'ont eu finalement qu'un effet mineur dans tout ce qui m'est littéralement tombé dessus, mais qu'elle a servi d'alibi pour qu'à nouveau je me sente coupable, sans que je ne puisse en rejeter la faute sur mes parents, ce qui de toute façon n'aurait servi à rien, eux parfaitement sans tâches chacun de leur côté, s'en l'avant les mains comme aurait dit Ponce Pilate.

Résultat mon père a eu trois autres enfants, dont la dernière fille est autiste, et je suis persuadé que la maladie de ma demi-sœur que je n'ai pratiquement jamais vue, a été causée par la relation familiale qui s'est instaurée entre mon père, sa femme à l'initiative de mon rejet, et leur trois enfants. En l'absence de religion pour les structurer, il leur fallait un bouc-émissaire qu'ils ont trouvé en la personne de leur dernière fille, j'en suis absolument convaincu, ça ne fait pas l'ombre d'un doute. D'autant plus que mon père n'est pas trop évolué culturellement, ni intellectuellement, et qu'il a, malheureusement, des tendances perverses très lourdes, largement encouragées plutôt qu'inhibées par son actuelle femme, Nathalie D..

C'est à la lumière de ma propre expérience que je suis convaincu que René Girard serait plus efficace pour soigner la maladie mentale, que Freud, car ce dernier a loupé l'essentiel : la violence générée dans les rapports humains par la rivalité mimétiques et les phénomènes de bouc-émissarisation d'un tiers qui en découlent. Et là-dedans, le rôle capital, et pas du tout illusoire contrairement à ce que pensait Freud, véritablement thérapeutique et donc indispensable, du phénomène religieux pour neutraliser cette violence tellement indescriptible que personne ne peut y croire (notamment celle d'un Hitler le grand diviseur, dont la personnalité était tellement clivante qu'il avait séparé l'humanité entre ceux dignes de vivre et les autres), comme pour moi sur qui la faute avait été rejetée alors que cela avait été de tout temps le rôle que jouait le Christ, pour les fidèles dans la religion chrétienne, qui s'était sacrifié pour laver tous les péchés des hommes. Faisant apparaître de façon évidente pour les croyants, la nécessité d'un rituel de sacrifice ensuite répété dans celui de l'Eucharistie au sein de l'Église.

D'où le besoin urgent d'une renaissance de cette religion, au sein de laquelle effectivement le judaïsme ne doit pas être rejeté, mais considéré comme la racine d'un tel renouveau, au cœur d'une double alliance telle que celle reconnue par Vatican II en substitution précisément de la théologie de la substitution, qui espérons-le pourra bientôt voir le jour à moins de consentir à notre propre disparition civilisationnelle, culturelle, artistique, morale, spirituelle, etc.

Et je dirais de la psychanalyse , malgré toute la sympathie que je peux avoir pour certains psychanalystes, qu'il s'agit maintenant d'en faire « l'avenir d'une illusion », celle de Freud et de sa confiance aveugle dans des moyens de guérison qui se sont avérés globalement inopérants.

On a assigné aujourd'hui à la psychanalyse une tâche civilisationnelle, celle d'être la médecine officielle de l'esprit humain parce qu'on lui reconnaît d'être la plus conforme à l'anthropologie occidentale, moderne, rationnelle et scientifique. Or comme le montre René Girard, la psychanalyse a loupé l'essentiel à savoir cette violence originelle tellement indescriptible que l'on ne peut pas y croire (quelque chose de totalement irrationnel), qui caractérise les rapports humains, et la notion de sacrifice pour y remédier. Or ce que la psychanalyse n'a pas su saisir, toutes les religions le saisissent très bien, particulièrement la religion chrétienne qui a l'originalité parmi toutes les autres, de se placer du côté de la victime ; ce qui explique d'ailleurs sa longévité. Donc Freud a absolument tort de penser que l'on pourra soigner l'esprit humain par la « science » en laquelle il manifeste une confiance aveugle (qui l'empêche de saisir l'essentiel), alors qu'il n'y a que la religion qui l'aurait pu, étant plus conforme à la nature humaine. D'être plus conforme à la nature humaine, c'est d'ailleurs ce qui explique la longévité de la civilisation chrétienne, en voie d'effondrement en tant que civilisation bâtie sur une religion, notamment mais pas seulement loin de là, à cause du pansexualisme d'origine freudienne très récent censé résoudre tous les problèmes. Or ce que l'on voudrait essayer de nous faire gober, c'est qu'il n'existe pas de nature humaine, que tout est construction, c'est faux ; la nature humaine consiste dans une certaine harmonie entre l'homme et son environnement pour qu'il s'y sente chez lui : or on a tellement déréglé la nature de l'homme dans une perspective constructiviste et en même temps déconstructrice, et la nature tout court dans une démarche de destruction créatrice propre au capitalisme, que les créations récentes de l'homme ainsi que ses interactions avec son environnement, ne renvoient plus de lui qu'une image monstrueuse où il ne peut plus se sentir chez lui, plus y habiter - quoiqu'il en soit de ce que ressentent les autres et dont je ne peux pas préjuger, c'est mon cas. Au contraire beaucoup de névroses, voire de psychoses, auraient été résolues par une pratique religieuse collective au sein de la société. Et c'est bien ce que je préconiserais comme remède pour la société d'origine chrétienne largement déchristiannisée, mais surtout et c'est bien plus important et c'est tout le sens de l'œuvre de René Girard, à savoir un renouveau indispensable de la religion constitutive de notre identité d'une part, mais bien au-delà comme la meilleure garantie de notre santé mentale d'autre part, et pour pas que la civilisation judéo-chrétienne occidentale ne s'effondre totalement.

Quelles conceptions politiques tirer de mon expérience personnelle ?

D'abord, toujours me fondant sur mon expérience personnelle, je tiens à affirmer la nécessité d'une décroissance sur le plan économique, et aussi parce qu'une croissance illimitée dans un monde fini est un oxymore.

Nous vivons sous le règne de la Technique dont parle Heidegger, derrière se cache une décandence spirituelle et morale irréversible. Je réfléchissais récemment à ce que me disait ma mère lorsque j'étais adolescent, elle pensait que sa génération de baby-boomers s'était affranchie des contraintes de toutes les autres générations, avec toutes ces machines qui accomplissent les tâches ménagères à notre place. C'était vers la fin des années 70 et le début des années 80, même aujourd'hui à pratiquement 80 ans, elle ne s'est pas départie de cet optimisme béat et débile qu'ont partagé la plupart des membres de sa génération, visible à travers des films comme Les bronzés ou Le père noël est une ordure. De tels films ne seraient aujourd'hui plus possibles, parce que même par rapport à cette époque, nous avons perdu en innocence et surtout en optimisme. Or c'était bien par des contraintes partagées en commun que pouvaient s'établir un sentiment communautaire et des habitudes d'entraide et de solidarité, dont nous avons oublié jusqu'au souvenir, que j'avais connus lorsque j'étais enfant puis adolescent et que j'allais en vacances chez mes grands-parents dans un bourg morbihannais perdu en pleine campagne, alors que dans mes yeux d'enfant c'était bien davantage qu'un simple village isolé, mais le centre du monde. Parce qu'il y avait cette vie communautaire qui n'existait déjà plus dans les grandes villes, soumises au rythme trépidant, en réalité aliénant, du fonctionnement des machines. Lorsque je retourne aujourd'hui parfois dans ce village, il est totalement désenchanté, il n'y a plus cette vie communautaire que j'y avais connu enfant, parce que les rares personnes qui y habitent encore n'ayant pas succombé à l'exode rural, ont totalement perdu l'art de vivre ensemble par des contraintes, mais aussi des rituels, des fêtes et même du sport, partagés. En croyant se libérer par les progrès techniques, l'homme ne fait que s'enfoncer un peu plus dans un individualisme qui l'opprime et l'isole ; même si en un clic il a accès au monde entier, il est plus seul que jamais.

Ensuite j'affirme que le meilleur système politique est le socialisme conservateur, seul susceptible d'assurer pleinement le fonctionnement des valeurs démocratiques.

Je pense que c'est la volonté de puissance qui anime la classe dominante, et le ressentiment les agents dominés de la domination que constituent les classes moyennes intellectuelles à l'état d'esprit citadin, comme les enseignants, qui aimeraient bien devenir calife à la place du calife et accéder à la lumière et la reconnaissance médiatiques. Le tout formant environ 30% de la population de la France, où demeurent à la périphérie des populations à qui personne ne donne la parole, ne sont pas vraiment representées politiquement, mais qui ont conservé en elles ce sens moral inné qu'est la décence commune. Il s'agit d'un pari pascalien de croire en elles car on n'a plutôt rien à perdre, effectivement de deux choses l'une, soit le salut passera par la décence commune pour instaurer une société véritablement socialiste fondée sur la coopération, l'entraide et la solidarité, soit il s'agit d'une fausse espérance. Comme le dit Pascal et il ne s'agit pas là de supputations de gentils rêveurs : « Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout, si vous perdez, vous ne perdez rien. »  Il en va là de rien de moins que du salut du pays, voire de la civilisation toute entière, qui devrait reposer sur des idéaux comme les droits de l'homme et leur application véritable dans le quotidien des gens ordinaires, et non sur l'instrumentation de ces idéaux qui est faite par la classe dominante pour asseoir sa légitimité c'est-à-dire son pouvoir, à l'aide d'une valeur cardinale comme le « mérite » pour justifier la reproduction des élites au sein d'un milieu où se pratique l'endogamie culturelle et la cooptation comme dans l'Ancien Régime, et les inégalités de destin dès la naissance.

Oui mais ce qui me pose problème c'est que je suis également convaincu que ce socialisme doit se mettre en place parallèlement à un rétablissement de la religion chrétienne, catholique en France. Et quitte à choisir entre les deux je crois que le rétablissement du christianisme  serait encore davantage indispensable. Mais en réalité il ne devrait pas y avoir à choisir entre les deux, et l'impératif s'impose de mener de front les deux combats. Ça peut paraître contradictoire, mais je pense que c'est compatible. J'ai pour modèle le village de mes grands-parents où régnait une vie communautaire faite d'entraide et de solidarité, avec en toile de fond la religion catholique qui apportait tous ses rituels ayant pour thème le sacrifice du Christ. J'y tiens beaucoup pour avoir lu un peu de l'anthropologie de René Girard et pense que cette religion est absolument indispensable pour maintenir l'aspect civilisationnel, culturel, artistique, moral, spirituel, de nos sociétés. Autrement dit je pense que le socialisme doit faire partie du politique, c'est-à-dire du temporel, et que l'on doit certes distinguer entre temporel et spirituel, mais veiller aussi au rétablissement de l'autorité de ce dernier. Il faut bien voir que dans la démocratie participative athénienne, le seul mode de démocratie qui vaille par opposition à notre démocratie représentative où les élus les plus haut placés ne veillent qu'à la défense les intérêts d'une classe dominante à laquelle ils appartiennent, la religion n'était pas disqualifiée et jouait un rôle prépondérant dans l'aspect civilisationnel, culturel, artistique, moral et spirituel, de la formation des enfants et de la vie quotidienne des citoyens athéniens.

En opposition au sens commun qui associe naïvement libéralisme et démocratie et à la plupart des intellectuels organiques du système qui le font par intérêt, je pense que seule une société politiquement socialiste et plutôt conservatrice sur le plan des mœurs et des coutumes, pourrait assurer le bon fonctionnement des valeurs démocratiques. Mitterrand avait d'ailleurs laissé miroiter cette espérance, lui qui se prétendait socialiste, cependant il a très rapidement trahi ses électeurs les plus vieux (ceux qui avaient encore des valeurs) pour satisfaire les plus jeunes en quête de jouissance et d'enrichissement matériel (les baby-boomers c'est-à-dire ceux qui votent pour Macron aujourd'hui), en se ralliant à une politique néolibérale dès 1983, mais libertaire sur le plan des mœurs pour ne pas complètement rompre avec l'idéologie 68. Il a ainsi comblé le chaînon manquant entre le « jouir sans entraves » de Mai 68 et la dérégulation du marché à partir du début des années 80, que l'on peut relier par leur dénominateur commun : le « sans entrave ». C'est ce côté libertaire sur le plan des mœurs, que l'on peut aussi appeler progressiste sociétalement, en rupture avec le patriarcat et toute forme de religion, qui a permis au « Florentin » de tromper tout son monde et de continuer à se faire passer pour étant de gauche, malgré le tournant néolibéral qui a caractérisé son premier septennat.

La plupart des gens aujourd'hui, pris dans leurs vies trépidantes et purement matérialistes, n'ont absolument que faire du phénomène religieux, l'estiment obsolète et pas du tout adapté à la modernité. Un retour du phénomène religieux tel que préconisé par René Girard parce qu'il est absolument vital pour une vie psychique équilibrée, voire une vie spirituelle tout court (seule garantie d'une création artistique), ne pourrait s'articuler qu'avec une critique heideggérienne radicale du règne de la Technique, ainsi qu'une critique orwellienne du fonctionnement des classes dominantes et des agents dominés de la domination (selon le principe ressentiment/volonté de puissance), vis-à-vis des classes populaires dont le sentiment qui prédomine est la décence commune. 

Le combat pour retrouver l'équilibre civilisationnel est donc à mener sur trois fronts en même temps.

mercredi 31 janvier 2024

Réponse à Lionel Lumbroso

Lionel Lumbroso me dit : « Globalement « aigri », Erwan, sans doute pas, vu l’énergie et le temps que vous mettez à poster des « bouts de synthèse » généralement justes, mais dans la conduite de votre propos, vous loupez les embranchements constructifs pour privilégier les déductions et suppositions tristes et amères. Ça se comprend ; moi-même, j’oscille entre mon tempérament constructif et empathe et un abattement croissant face à la remontée de la bêtise et des penchants humains néfastes de l’époque.


Mais moi, c’est de 2010 à 2020 que j’ai participé, sur Facebook, aux grands débats sur tous les sujets récurrents, et où j’y passais 3-4h chaque jour. Aujourd’hui, j’ai 71 ans, j’ai vu passer la Faucheuse d’un peu loin dernièrement — mais c’est toujours trop près —, et j’attends le moment, relativement proche, d’être en condition de produire des résultats originaux et utiles (chansons et bouquins).
C’est-à-dire que je ne vais plus sur FB plusieurs fois par jour, mais plutôt une fois par semaine ou par mois. Et ces dernières semaines et mois, c’était vos posts, surtout, qui me donnaient à penser sur divers thématiques, mais surtout celle — présente dans l’esprit de chacun — de la judéité, des Juifs, etc.

Moi, je me sens extrêmement bien placé, de l’intérieur, pour discourir sur le sujet et tous ses aspects.

Vous, vous avez à la fois le point de vue de l’extérieur et, pour une part, celui de l’intérieur, mais cette appétence à saisir l’essence de la judéité (inspiré par ce que vous avez pu capter de positif de l’attraction de votre mère ?) est intriqué avec votre rapport à votre mère… qui, abusant de son pouvoir comme tant de XX dernièrement, vous rejette, et vous dénie toute part de judéité.
Tout cela vous clive de façon appuyée, étant entendu que la majorité des gens clivent sur cette question.

Mes parents ont *naturellement* quitté leur haute bourgeoisie tunisoise d’origine — elle, du meilleur milieu tounsi, lui, d’ascendance livournaise — pour « monter » en France et à Paris en 1946 faire leurs études, mon père en médecine et ma mère à l’École du Louvre.

Le mouvement qui les saisissaient avait bien plus que l’universitaire ou l’économique à sa base. Je l’ai marqué ci-dessus en ajoutant qu’ils ont fait leur “alyah“, une vraie montée vers le pays moteur en matière de progrès de civillisation, en ayant repris la charge des Romains. Alain Badiou, dans sa riche, brillante et quasi-conclusive synthèse là-dessus, argumente de façon convaincante que la France est le site de civilisation « en cours » qui équivaut, dans la modernité, au site originel d’étincelle civilisationnelle — disons Jérusalem.

Ma mère m’a plusieurs fois raconté, tant ça lui était resté sur l’estomac, combien elle avait été furieuse de voir, en 1945, les Sionistes frapper à toutes les portes des familles juives de Tunis, pour les conditionner d’avance à peupler Israël quand il existerait, ce qui ne faisait plus grand doute, depuis les années ‘20 qu’on en discutait et avec le demi-génocide qui venait de se produire (celui des mal-inspirés qui avaient choisi de remonter au nord et allaient nécessairement se cogner les cruels slaves et les obsessionnels germains).

(J’en ai tiré plus tard une typologie : il existe deux types de Juifs, les diasporiques, fidèles, et les israélocentrés, rattrapés par l’hubris)
Je m’efforcerai de revenir répondre de façon plus détaillée à vos principaux points, qui ont tous de la pertinence mais dont vous êtes trop obnubilé par la face sombre.

Nous sommes un peu tous dans ce cas, c’est entendu : le triomphe de l’économique et du marchand sur le politique semble très avancé, après déconstruction tous azimuths des fondements politiques (qui procèdent de « l’ordre du Père », et il n’est pas certain qu’il y en ait un autre possible chez les humains), avec l’aide précieuse et appréciée par les capitalistes américains de tous les lobbies sociétaux.

Pour l’heure, je finirai sur une parole majeure à propos de la judéité et d’Israël, qui a été décriée par bassesse de vues, c’est celle de de Gaulle, après la Guerre-Eclair Israël-Egypte (avec Israël dans le rôle de la Russie d’aujourd’hui, reprenant le Sinaï de 1967 comme Poutine une partie de l’Ukraine)

J’avais 14 ans, et le mot « dominateur » m’a fait sursauter, tant il ne décrivait pas ce que je savais, d’une part de ma double généalogie au Maghreb et d’autre part de l’esprit juif hérité et gravé en moi.
Nous n’avions pas été dominateurs, nous avions été dominés, nous avions pendant des siècles le statut de dhimmis, « protégés », avec un peu moins de droits… mais ça se passait bien, tout le monde avait sa place, jouait un rôle.

Le « dominateur » de de Gaulle a décanté en moi pour, après des années de réflexion, me faire comprendre très clairement que la judéité avait été dénaturée par la création d’Israël (ou, autre formulation que votre témoignage étaye : que la création d’une nation juive [en contradiction avec la mission multiséculaire de diaspora], ne pouvait que favoriser les défauts juifs, gommer notamment une certaine modestie propre, sage et autoprotectrice).
Nous, nous nous sentions à notre juste place en ‘diaspora’, “parmi les nations”, apportant quelque chose de propre aux sociétés qui nous accueillaient.

Mieux : cette conception ne promouvait donc pas une vision figée des places et figures, comme les vieux mythes et religions cycliques, mais continuait à donner au processus civilisationnel sa flèche, son mouvement.

C’est dans cette logique, c’est dans les pas de mes ancêtres, jusqu’à mes parents, que des Juifs, du bon côté de la Méditerrannée, ont figuré qu’avec leur transport à eux sur plusieurs siècles, le site-proue du mouvement civilisationnel était passé de Jérusalem à la France...

…une France aujourd’hui atteinte, et pas aussi influente qu’elle le devrait, en train de s’américaniser (de régresser en culture) carrément avec envie, même dans les provinces.

La situation est grave, mais l’homme de bien doit s’interdire de désespérer.

(Plus d’une heure passée et je ne vous ai répondu que peu, mais il me semblait utile de poser ces points historiques et généraux)
—> J’ai bien fait d’insister, mais attendez-vous à un rythme lent dans mes réponses et réinterventions.

Et compliments explicites sur votre travail d’analyse et de synthèse des multiples chaînes causales amenant à la situation préoccupante d’aujourd’hui.

Avoir la juste intelligence de ce qui nous arrive et en produire un aperçu convaincant est la meilleure chance que nous ayons encore.

À bientôt. »

D'abord je tiens à vous remercier cher Lionel Lumbroso, de vous intéresser à mon « cas », qui est certainement un cas pathologique en réalité, parce que je suis le seul dans la famille à essayer de mettre des mots aux maux, et je suis rejeté pour ça comme « celui qui casse l'ambiance » ; y compris rejeté récemment par ma désormais ex-femme que j'aimais encore, ma fille aînée qui est juive, par la société (j'ai fait quand même 6 mois de prison ferme pour avoir agressé et insulté un gendarme lorsqu'il venait me notifier que ma femme avait porté plainte pour « harcèlement moral » et « violences conjugales »), perdu ma maison, mes biens et mes animaux, mon équilibre psychique, mon métier de professeur des écoles au sein de l'EN mais que je ne supportais plus car j'étais constamment en burnout ; me retrouvant actuellement à vivoter dans un logement insalubre et me nourrissant grâce aux restos du cœur. Il n'y a que les deux plus petites filles (quand même âgées de 18 et 16 ans) issues de ma récente union, désormais démolie à l'« insu de mon plein gré », qui ne me rejettent pas. J'avais peut-être besoin de tout ça pour alimenter ma colère légitime vis-à-vis de ma condition, au sein d'une société néolibérale dont j'exècre absolument toutes les valeurs dans lesquelles je ne peux catégoriquement pas me reconnaître tant elles sont avilissantes.

Ensuite concernant ma mère je pense que vous avez posé le bon diagnostic, clivante est le mot pour définir sa personnalité. Elle a fait de moi le bouc-émissaire qu'il faut expulser de sa famille pour que cette dernière puisse se réconcilier sur son dos, et retrouver le cours normal des choses. Je ne sais pas si Freud avait prévu - puisque ma mère était psychologue et pratiquait la psychanalyse sur des patients, a toujours des ami(e)s eux-même majoritairement médecins psychiatres pratiquant la psychanalyse -, que les développements de sa théorie dans le milieu huppé de la bonne société bourgeoise parisienne, aboutirait à de telles aberrations !

Quand je dis de la Shoah - « Bien sûr qu'il s'agit d'une idole, comme l'est tout mausolée à la mémoire d'un défunt, et surtout s'il prend des dimensions tellement gigantesques qu'il en occulte toutes les autres souffrances de la terre, qui sont pourtant aussi légitimes que celle un peu trop exclusive des Juifs - on comprend pourquoi toutes les mémoires opprimées de la terre entre alors en rivalité mimétique avec celle les Juifs, qui vise à être considérée comme absolument unique et singulière en son genre (d'une certaine façon le Génocide plus "grandiose", incorrigibles Juifs mégalomanes, on ne se refait pas !), dans une sorte de concurrence victimaire sans réelle issue -, et ont le droit elles aussi à l'existence, au dévoir de mémoire. Y-a-t-il par exemple un devoir de mémoire pour les Amérindiens exterminés ? Un jour officiel de commémoration avec force documentaires et films diffusés pour sensibiliser à un tel crime pourtant fondateur de la nation américaine, peuplée au départ de colons anglo-saxons venus du continent européen, avides des terres qui ne leur appartenaient pas légitimement ? Non, il n'en ait pas jailli une quelconque forme de culpabilité collectivement reconnue à la mémoires du peuple amérindien. Idem pour l'esclavage, la colonisation, les génocides des Arméniens, des Tutsis. Sans citer tous les autres crimes de la terre qui sont pléthoriques, ou alors les Juifs vont-ils venir nous dire que cela n'a rien à voir avec la Shoah ? qui seule peut bénéficier de l'excusivité pour faire part de la souffrance de tout un peuple. En ira-t-on jusqu'à minimiser la souffrance des autres, jusqu'à la nier, pour mieux exalter celle des Juifs ? Gare au crépuscule des idoles ! Surtout lorsque leurs créateurs seront démystifiés (éventuellement lorsqu'ils auront à leur tour commis un génocide, et qu'il sera dévoilé à l'opinion publique) ! » - toutes ces choses citées dans cette incise, il faut bien entendre que c'est ainsi, par un mausolée à la mémoire d'un défunt, que se sont constituées toutes les religions.

Il me semble que Freud - considéré à tort selon moi comme un prophète dans la société actuelle, où tout est pensé selon les catégories de la psychanalyse dans les classes supérieures (et pas seulement) : l'anthropologie freudienne -, avait dit qu'elles provenaient du meurtre du Père dans la tribu primitive, dont les fils criminels avaient ensuite fait un idole sacrée par culpabilité. Je ne réfute pas une telle analyse, et même j'y adhère ; l'anthropologie freudienne aurait juste gagné à ne pas tirer du cas particulier du « maître », son amour pour sa mère notamment (qui n'est absolument pas généralisable, loin de là), des généralisations pour expliquer tous les phénomènes humains et tout particulièrement les pathologies, les cas cliniques, que l'on retrouve dans la littérature et qui selon Freud viennent conforter sa doctrine. Freud aurait dû savoir être moins messianique, plus modeste dont vous dites que cela constitue un trait typique des Juifs, faire preuve de davantage de décence (au sens de la décence commune définie par George Orwell) en reconnaissant qu'il y a des choses qu'il ne pouvait pas savoir, qui échappent à l'esprit humain et à la toute puissance de la clairvoyance des psys, et qui relèvent du mystère, au sens de mysticisme.

L'originalité du judaïsme est d'avoir postulé l'unicité de cette idole, de ce Dieu, celle du christianisme est de s'être mis à la place de la victime, pour adopter son point de vue, sur ce meurtre sacrificiel qui est propre à toutes les sociétés pour conjurer la violence des rapports humains qui fonctionnent toujours dans une logique de tiers-exclu. Avant dans les polythéismes il y avait eu des meurtres sacrificiels ritualisés, souvent d'animaux, mais qui pouvaient aller jusqu'à des sacrifices humains comme c'est relaté dans l'Iliade d'Homère, le sacrifice de sa fille Iphigénie par Agamemnon pour obtenir l'aide des dieux de l'Olympe. Il y avait donc un énorme violence, y compris dans les racines de cette civilisation florissante qu'a constitué la société des Grec anciens, que l'on a tendance à idéaliser un peu, elle n'était pas parfaite loin de là.

Bref tout ça pour dire que les notions de sacrifice, de bouc-émissarisation, sont très importants pour expliquer le fonctionnement des sociétés. Ce que le christianisme avait apporté, c'est une forme de pacification, autour du sacrifice de Jésus, que les fidèles répétaient rituellement au cours d'une cérémonie religieuse appelé la messe, tous les dimanches dans les églises. Ce que l'on constate en l'absence de tout rituel (apaisant) de ce type, c'est la récrudescence dans nos sociétés ultra-modernes reposant sur les sciences, de phénomènes de bouc-émissaristion en l'absence de médiateur d'origine religieuse (Jésus pour ne pas le nommer), notamment sur le lieu de travail, là où se joue la survie de chacun, le « stuggle for life » tant vanté par nos Thatcher, Reagan et tutti quanti (« there is no society »), se manifestant par des phénomènes massifs de burnout, dont je crois avoir été la victime dans l'exercice de mon métier, car je suis trop « gentil » pour savoir me faire respecter. D'une manière générale, les conditions de travail deviennent beaucoup trop dures, et ce n'est pas seulement une question de juste rémunération. Les conditions de travail auraient beau s'améliorer, les salaires devenir plus attrayants, la pression fiscale baisser sur les ménages les plus modestes - car je pense avant tout du point de vue des classes populaires et modestes, qui sont celles qui ont le plus de valeur à mes yeux, puisqu'elles servent de fondation à toutes les autres qui malheureusement aujourd'hui les dominent et les méprisent, voire pire, mais je ne veux pas entrer dans les détails de cette humiliation collective subie au quotidien par les classes laborieuses -, cela ne réglerait pas le problème de fond, et d'ailleurs nous n'en prenons pas du tout la voie, c'est même tout le contraire. Il est clair également que ni la laïcité, ni les valeurs de la République, ni même la lutte contre l'antisémitisme, ne régleront ce problème de fond. C'est la grande naïveté de notre époque de penser le contraire, et c'est pour ça qu'il faut toujours nager, en réalité, dans un courant contraire (ce que pensait mon ex-femme qui me le reprochait et me taxait de « fou ») pour être réellement honnête vis-àvis de soi-même et des autres, c'est extrêmement difficile et ça va contre le bon sens dont Descartes disait qu'il était la chose la mieux partagée.

Je ne prétends pas être un prophète, encore moins un messie, mais je pense que si on ne réhabilite pas la religion catholique en France, rapidement, il y va de notre survie en tant que civilisation rayonnante, qui fut longtemps un modèle pour tous les peuples opprimés de la Terre. Bref je prétends que les Lumières descendent directement du christianisme, qu'elles ne constituent pas une rupture, et tout particulièrement du catholicisme en France, qui expliquent l'apparition de figures messianiques telles Diderot, Rousseau et Voltaire, et que cela me semble beaucoup plus pertinent pour s'en sortir, désolé de vous le dire, comme condition absolument indispensable de survie anthropologique, que toute l'Éthique juive compilée de Spinoza à Freud, puis Jankélévitch et Lévinas. Même si tous ces auteurs sont extrêmement importants et ont largement contribué au prestige de notre civilisation aux yeux du monde, ils ne sont pas indispensables à la survie de l'Occident contrairement à la religion chrétienne, et toute son importance pour unir, unifier, la société autour d'un culte religieux commun. Or il me semble qu'en érigeant une nouvelle idole, un nouveau Dieu en réalité, à la mémoire des victimes de la Shoah, nous ne règlerons pas le problème de fond.

vendredi 1 décembre 2023

Pensées par l'absurde

J'ai eu une vie vraiment dégueulasse, c'est un fait et non une interprétation. Manque de chance, manque de talent, ça peut arriver à tout le monde et à n'importe qui. Il faut s'extraire de sa singularité pour accéder à l'universel. Car d'après mes estimations tout va s'arranger par la baisse de la population mondiale. Elle continue toujours à augmenter un peu en Afrique noire mais ça ne va pas durer. Avec la baisse naturelle de la population mondiale, il y aura moins d'émissions de gaz à effet de serre, mécaniquement. Surtout si l'on y rajoute la transition énergétique elle-même source de croissance car vectrice d'innovations technologiques.

L'humanité va retrouver son équilibre, ses cycles naturels et même un système fondé sur la croissance pourra perdurer. Il y aura sans doute encore de très graves crises et il faudra accepter le métissage généralisé de la population européenne, c'est absolument imparable, un passage obligé, même si cela doit se faire par des cycles d'une violence inouïe qui feront passer le meurtre du jeune Thomas pour une récréation somme toute assez anodine. C'est inévitable et il faut l'accepter, Macron a bien compris que c'était le prix à payer de la métamorphose perpétuelle de la société en vue de son efficacité optimale. Macron l'a manifesté en ne participant pas à la marche contre l'antisémitisme. De ce point de vue la communauté juive, la société israélienne, attachées à leur identité comme une huître à son rocher, constituent une énigme en refusant de participer à ce métissage généralisé de la société mondiale, tant physique que spirituel, qui certes passera par de graves crises comme le 7 octobre, mais qui sont inévitables. Mais en principe tout rentrera dans l'ordre d'ici 200 à 300 ans. Nous reviendrons assez rapidement à une population de 4 milliards d'humains, et l'humanité poursuivra alors sa décroissance démographique tout en pouvant donc continuer sa croissance économique, technologique, scientifique, finalement sans dommages vitaux pour la planète. À l'échelle mondiale où déjà la décroissance démographique a commencé à porter ses fruits comme conséquence du progrès matériel des conditions de vie, partout sauf en Afrique noire, Bill Gates et d'autres grands penseurs concrets de la modernité, et non des philosophes théoriciens fumeux de la décroissance, réfléchissent déjà aux modalités de sa baisse future et souhaitable, tout simplement par le développement économique des conditions de vie de ces populations d'Afrique noire au même niveau que celles du reste du monde.

Même Zemmour le dit, c'est la démographie qui fait la loi. Au début du XXème siècle nous vivions, sauf en France, dans des pays européens en pleine explosion démographique qui explique en partie les deux guerres mondiales. Nous faisons désormais face à une autre inquiétude : celle de notre propre déclin après la parenthèse enchantée que constitua la génération des baby-boomers. L'explosion démographique aujourd'hui a lieu dans la zone la plus pauvre du monde : le cœur de l'Afrique noire et dans une moindre mesure les pays arabo-musulmans. Le libéralisme ne devra plus compter sur la jeunesse des pays développés qui est en pleine dégénérescence spirituelle, décadence morale, mais sur celle de ces pays en pleine explosion démographique, qui viennent aussi chercher un asile de protection dans nos contrées, contre la faim, contre les dérèglements climatiques, pour leur santé, pour nourrir leurs familles. Bref, c'est inévitable ! Il y a un seul pays du monde occidental qui continue à faire beaucoup d'enfants, c'est la population juive d'Israël, signe de vitalité et de non décadence spirituelle et morale, c'est le petit village gaulois qui continue à résister à l'envahisseur. C'est bien pour cela que Zemmour est ce Juif qui s'identifie à des ancêtres gaulois.

Ça se stabilisera selon moi finalement vers 1 milliards d'humains d'ici trois siècles au maximum, et la planète retrouvera sa respiration, un soulagement. Il n'y aura absolument rien à changer au système, et rien ne changera car comme l'avait dit Churchill il s'agit du pire système à l'exception de tous les autres. Ça continuera sur le modèle libéral, ou "conservateur" selon la terminologie des Anglo-Saxons, avec même une surenchère néolibérale libertarienne inévitable, avec certes des inégalités qui continueront de s'accroître, des hyper-profits, mais au fond pour le bien commun. Car la croissance ne pourra continuer qu'à la condition qu'il y ait une émulation maximale entre les hommes afin qu'ils soient motivés à continuer à entreprendre et à innover, pour faire reculer toujours plus loin la frontière, sur le modèle de la Californie découverte par les premiers colons. Or tout retour en arrière vers un système plus redistributeur de style social-démocrate entraverait le développement de l'ensemble. Une certaine inconscience est effectivement à entretenir ainsi que l'idée d'une folle et joyeuse conquête, pour maintenir une forme d'enthousiasme de la première fois, l'esprit pionnier : cela est visible dans toutes les campagnes de marketing. Car comme l'ont bien compris les libéraux et non les communistes définitivement discrédités par l'Histoire, c'est dans la nature de l'homme.

Non le progrès n'aura pas forcément la peau de l'humanité, elle a des ressources insoupçonnables. Une certaine part de hasard et de chance, qui fait pour le dire crûment de vous un prédateur ou une victime, est aussi la part du risque sans lequel on ne peut concevoir une saine émulation. Il a aussi ceux qui sont incapables d'assumer ce risque, étant aussi celui de pouvoir tout perdre, tout rater. Ceux qui s'enrichissent et enrichissent la société de leurs talents font partie de la catégorie de ceux qui assument la part de risque et seront toujours une minorité, mais que l'on pourrait qualifier de force vive, de minorité agissante. Bien sûr qu'il y aura toujours besoin aussi d'une majorité d'individus sans ambition particulière pour faire tourner tous les rouages du système. Il y a les moutons et il y a les Autres, ceux qui constituent l'altérité aux yeux des moutons. Ces derniers sont des individus utiles, mais qui ne créent pas de richesses. Il ne faut pas rêver, rien ne s'est jamais fait dans l'harmonie mais uniquement dans le conflit. Ces individus utiles il n'est pas nécessaire ni même souhaitable pour eux, qu'ils s'enrichissent trop, le principe étant d'en tirer le maximum en leur donnant le minimum. C'est d'ailleurs la frustration et l'aigreur qui dominent dans cette catégorie de la population, il n'y a pas de raisons souhaitables pour que cela change dans l'immédiat ; par contre sur le long terme on peut s'attendre à une amélioration considérable des conditions de vie au sein du système, qui deviendra de plus en plus harmonieux et de moins en moins conflictuel, lorsqu'enfin les fruits du progrès pourront profiter à tous.

Par contre le métissage sera absolument généralisé, sauf en Asie qui le refuse catégoriquement pour l'instant - et en Israël, mais ce n'est peut-être espèrons-le que temporaire. Il faut voir le bien de l'ensemble, le bien commun, pour prendre conscience des nécessaires sacrifices qui s'imposeront aux individus, voire le sacrifice nécessaire de certains individus qui coûtent trop cher à la collectivité car ils ne sont pas productifs, Jacques Attali n'est pas très loin d'avoir raison lorsqu'il préconise une forme d'euthanasie des personnes âgées improductives maintenues artificiellement en vie au détriment de l'intérêt général, qui coûtent un pognon de dingue. Il faudra traiter ce problème avec le maximum d'humanité tout en veillant à ce qu'il n'entrave pas la marche du progrès et de la croissance, qui je le répète repose sur la concurrence et la compétition entre les hommes faisant forcément des victimes : les perdants de la mondialisation - encore un autre problème que celui des personnes âgées. Ces victimes sont réelles et absolument inévitables dans un régime compétitif de guerre de tous contre tous. 

Je pense que l'on pourra régler ce problème par un système de revenu universel, permettant aux inadaptés, improductifs et autres parasites, de vivoter, sans que leur existence ne nuise à la marche en avant de l'humanité méritante, sur le modèle méritocratique. Au fur et à mesure de la décroissance démographique, ces ratés du système apparaîtront de moins en moins nombreux et scandaleux, peut-être même qu'une forme d'harmonie encouragée par la décroissance démographique pourra rendre acceptable de plus en plus, le principe fondateur que constitue le conflit comme base du système. 

Je prévois donc qu'absolument rien ne changera, et qu'on assistera même à une forme de radicalisation libertarienne du système libéral, sans que cela ne nuise aux équilibres écologiques de la planète - par la décroissance démographique répétons-le. Ne pas maintenir ce progrès innovant dans son essence, qui est tout le contraire de la justice sociale mais nous devons l'accepter, pourrait conduire à une forme de stagnation et de démotivation de la minorité agissante devant continuer de s'enrichir exponentiellement comme garantie de sa motivation, elle-même source de toute innovation seule apte à maintenir le système capitaliste hors du danger que pourrait constituer pour lui la baisse tendancielle du taux du profit, source de toutes les crises et récessions.

La vie a toujours été cruelle pour les faibles et les moutons, c'est-à-dire l'écrasante majorité du genre humain, mais sous des modalités différentes.

samedi 3 juin 2023

Conservateur oui, mais anarchiste conservateur

Conservateur oui, mais anarchiste conservateur

Moi j'ai connu de vrais chrétiens en Bretagne dans un coin assez reculé du Morbihan, ils étaient croyants et pratiquants et parlaient breton d'ailleurs, ils votaient à droite par tradition. Ils n'étaient pas encore corrompus par l'école et l'idéologie kantienne sur la démocratie laïque et le devoir républicain. C'étaient mes grands-parents. Tout le contraire de mes enc... de parents qui votaient à gauche, petits jouisseurs baby-boomers soixante-huitards ayant refusé que je me fasse baptiser. Mes grands-parents de droite donc, gaullistes mais pas pétainistes, étaient sociaux, au sens où ils ont toujours tout fait pour aider leurs deux filles, et les enfants de ces deux filles, dont moi donc. Mes deux parents d'abord libertaires puis libéraux-libertaires à partir des années 80, libéraux-wokistes dans leurs vieux jours, ne m'ont jamais rien donné, il fallait que ce soient mes grands-parents qui me donnent de l'affection, m'habillent, me fournissent mes fournitures scolaires, m'accueillent systématiquement pour les vacances. Ensuite mon père s'est barré en Martinique, puis au Costa-Rica, et enfin au Portugal pour profiter de sa retraite. À vrai dire je n'ai plus eu de ses nouvelles à partir de mes 19 ans, j'ai seulement eu vent de loin de ses pérégrinations. Il m'a littéralement abandonné sans que cela ne choque véritablement personne au sein de ma famille, ni n'émeuve d'un iota la société et les pouvoirs publics. Il a profité à fond du système pour travailler très peu tout en gagnant très bien sa vie et obtenir une très bonne retraite anticipée avec sans doute un certain degré d'invalidité.

Pendant ce temps-là ma mère de gauche qui était censée s'occuper de moi s'en foutait en réalité royalement, me négligeait, et demandait à ses parents qui travaillaient dur dans leur petit commerce de tailleurs, du fric pour soi-disant m'élever. Ne me parlez pas de cette gauche libertaire, qui a viré libérale-libertaire, et qui n'a jamais eu le sens de la collectivité, ayant même fini par détruire l'État Providence et tous les acquis du CNR comme "cadeau" en héritage laissé à ses enfants, toutes ces générations sacrifiées pour l'égoïsme d'une seule : celle des baby-boomers. Mes parents donc ont des moyens mais ils ne partagent pas, même pas et j'ajouterais surtout pas avec leur progéniture qu'ils méprisent. Est-ce généralisable ou ne s'agit-il que d'une très sévère pathologie intrafamiliale ? Je ne sais pas. Tout est fait aujourd'hui pour que la famille se dissolve, ça n'émeut plus personne sa destruction, c'est devenu la norme et c'est le contraire qui constitue désormais l'exception : les couples qui durent et arrivent à sécuriser leurs enfants dans le temps long. Il n'y a plus que l'islam qui protège la famille et qui propose des valeurs collectives dépassant l'individu.

L'Occident s'est complètement déchristianisé en 60 ans, et la nature a horreur du vide. Désormais ce sont de jeunes blancs d'origine européenne qui se convertissent à l'islam, ça commence dans les quartiers les plus défavorisés, mais nul doute que ça va se répandre peu à peu dans des couches plus favorisées de la population. Ce processus inéluctable est très bien décrit par Houellebecq dans Soumission que j'ai lu deux fois.

Pour que la démocratie et la neutralité de la laïcité fonctionnent, il faut un très fort soutien familial pour pouvoir rivaliser dans la sélection assez impitoyable qu'impose le système scolaire, la notion de mérite républicain et toute vie en société en général. Finkielkraut est comme le kantisme, il a les mains pures mais il n'a pas de mains. Or nos institutions démocratiques aujourd'hui très fortement influencées par l'idéologie néolibérale ne défendent pas la famille ni la collectivité, elles défendent l'individu. Et sans une chaîne de solidarité et sans la collectivité l'individu n'est rien. C'est le libéralisme qui a placé l'individu au centre de institutions de la démocratie, du système juridique, de la fabrication des lois, sans se soucier du fait que si l'on détruit la collectivité l'individu n'est rien. En démocratie le droit est libéral, c'est-à-dire qu'il ne défend que l'individu. Tout cela découle d'une idéologie bourgeoise, d'un préjugé bourgeois. Or un individu coupé de la collectivité est un malade mental qui souffre de troubles schizoaffectifs.

En démocratie le droit est libéral et bourgeois, c'est-à-dire qu'il ne défend que l'individu. Tout cela par d'un postulat faux : l'individu souverain et les droits de l'homme qui en découlent. Or l'individu ne peut être souverain que s'il est intégré dans une collectivité, que s'il a des liens avec une communauté dont il est partie intégrante. L'individu n'est qu'un élément constituant essentiel d'un tout qui le dépasse et qui le fonde : la collectivité. Le nier c'est être aliéné et ne jamais parvenir à trouver sa liberté. La loi en démocratie a tendance à défaire tout ce qui résulte des liens que la collectivité a tissé, pour soi-disant protéger l'individu. La loi détruit la collectivité au nom des droits de l'individu.

Oui mes grands-parents avaient le sens de la collectivité, le sens de la solidarité, le sens du partage, mais aussi du devoir, qui se sont complètement perdus dans ma famille avec la génération des baby-boomers, au point qu'un de mes cousins germains a dû se suicider parce qu'on ne lui a pas laissé le choix et qu'une de mes demi-sœurs est autiste sans doute par négligence de mon père. Oui la loi morale s'est diluée dans le libertarisme de gauche post68ard, puis complètement perdue avec le libéralisme. Alors je préférerais vraiment le monde chrétien de mes grands-parents ayant un grand sens du devoir et de la loi morale, de la solidarité, de la collectivité, et je vomis la déchristianisation libérale-libertaire, faussement cool, bobo, post68arde, qui aujourd'hui aboutit au moralisme wokiste. Les soixante-huitards baby-boomers ont laissé un monde déchristianisé en ruine à leurs enfants, qui se caractérise désormais par un repli identitaire caractérisé notamment par le discours de Zemmour et la montée inexorable de l'extrême droite, une loi morale tournant exclusivement autour de la culpabilité vis-à-vis de la Shoah dont découle la Loi et le blasphème sous la forme du négationnisme. C'est un blasphème car qu'on le veuille ou non, elle a un caractère sacré dans une société paradoxalement pratiquement complètement déchristianisée et laïque, mais au sein de gens chez qui le sens du sacré n'a pas complètement disparu car il ne peut en réalité disparaître. L'accusation très grave de négationnisme, quelquefois pour un oui pour un non, est donc une nouvelle forme de superstition comme jadis on se protégeait du mauvais œil par des rituels ancestraux de purification de l'âme. Le négationnisme est le produit des âmes impures que l'on refoule dans les marges obscures de la société, comme jadis on faisait la chasse aux sorcières.  

J'hésite encore un peu entre blasphème et crime de lèse-majesté, dans les deux cas c'est un rapport au sacré où l'on surjoue l'indignation - je ne parle pas des réelles victimes.

Les Juifs ou la communauté juive n'y sont pour rien dans ma pathologie mentale, ce sont effectivement mes parents qui ont entièrement détruit ma vie, et sans aucune culpabilité puisque c'est effectivement une notion chrétienne donc qu'il fallait absolument détruire. Ils ont l'entière responsabilité du mal qu'ils m'ont fait. Où était la loi pour freiner ces malfaisants dans leur quête de jouissance ? Si on ne met pas de lois pour abandon caractérisé d'enfant(s), alors on peut dire que la société ne tourne pas rond. Dans mon vécu existentiel, la société chrétienne avec toutes ses chaînes de solidarités me paraît préférable à la neutralité glacée et sans âme de la laïcité. L'attitude de mes parents qui n'est sans doute pas généralisable, me fait penser à une chose : les eaux glacées du calcul égoïste dont parle Marx. Les chaînes de solidarité du parti communiste en France n'étaient pas si mal, elles ont donné lieu aux acquis du CNR que désormais Macron détricote en toute impunité et sans aucun complexe, lui le pervers manipulateur dissimulateur.

Alors s'il vous plaît ne me parlez pas de tartuferie, concernant la morale chrétienne que les 68ards auraient eu raison de détruire pour imposer leurs valeurs libertaires puis complètement libérales décomplexées. Les baby-boomers ont détruit la France, les terroirs, la joie de vivre, la simplicité, l'amour du pays et de la patrie. Mes parents sont des malfaisants, des pourris égoïstes abandonnants, j'aurais encore préféré qu'ils me placent dans une famille d'accueil ou encore beaucoup mieux qu'ils laissent complètement mes grands-parents s'occuper de moi chez eux. Pour mes parents je n'étais qu'un alibi pour obtenir du fric de mes grands-parents en faisant semblant de m'élever, c'étaient des Thénardier, mon cas est-il généralisable ? J'en conclus que la gauche en France n'est pas du tout socialiste, mais libérale-libertaire et complètement pourrie, cf. Les mystères de la gauche, Michéa. Tout cela pour dire que je me sens absolument anarchiste conservateur face aux institutions corrompues de notre république bananière et répressive. Je suis fondamentalement socialiste, un socialiste chrétien non baptisé mais pas de gauche…

Parce que le monde est de plus en plus divisé en psychotiques et en psychopathes, et qu'il vaut mieux être un psychopathe qu'un psychotique, comme le disait ma mère qui ne pouvait s'empêcher au fond d'elle-même d'admirer mon père pervers malgré tout le mal qu'il pouvait faire à son entourage - essentiellement elle-même et moi-même.

J'ai été officiellement déclaré psychotique par le médecin psychiatre en charge de mon dossier dans le cadre de l'Éducation Nationale, donc déclaré inapte définitivement à toute fonction en son sein. À 55 ans seulement je suis donc mis en retraite anticipée, j'attends mon degré d'invalidité dont va dépendre ma pension pour le reste de ma vie. Plus le degré d'invalidité sera élevé plus j'aurai des chances de m'en sortir !

J'ai quand même l'impression d'être un déchet, je me sens humilié. J'ai absolument tout raté dans ma vie : travail, famille... patrie (hi hi hi !).
La plus grosse bêtise c'est de faire table rase du passé, on pourrait assimiler cela à une démarche philosophique de type cartésien, alors que le plus souvent c'est le fruit d'un traumatisme qui vous fait perdre la mémoire de tout ce que vous avez acquis, ou de la répétition d'un traumatisme que vous avez connu enfant et qui conduit au même résultat. La vie s'est chargée pour moi de me faire indéfiniment revivre le même traumatisme originel et d'abolir ma mémoire des choses acquises. Donc je n'ai rien acquis, je suis plus misérable à 55 ans que je ne l'étais à 30, quand j'avais encore un semblant d'espoir.

"Deviens ce que tu es !" affirmait Nietzsche, je suis effectivement devenu ce que je suis depuis le début sous l'action mortifère de mes parents, dont je peux situer au moins une ou plusieurs origines traumatiques et qui sont un obstacle à toute action de résilience... Je suis enfin devenu officiellement un psychotique incurable.

C'est ambivalent. Évidemment qu'ils n'étaient pas tout noirs, j'ai partagé avec eux des choses positives que je ne peux pas non plus oublier. Ma fille aînée est désormais plus proche de ma mère que de moi, c'est un sac de nœuds inextricable. J'aurais personnellement préféré conserver des liens chaleureux avec mes parents, mais de leur point de vue ce n'était pas possible car j'étais pour chacun des deux le fils de l'autre. Apparemment mon père a été un bon père pour ses trois autres enfants que j'ai à peine connus.
Il aurait sans doute mieux valu que je sois réellement orphelin et placé dans une famille d'accueil.

Comment ne pas y penser quand je sais que ma mère paie les études de ma fille aînée (fruit d'un premier lit), et invite régulièrement les deux autres ainsi que mon ex-épouse à Noël chez elle, et aux Antilles durant l'été dans sa villa au bord de la plage. Évidemment qu'elles lui manifestent de la gratitude, alors qu'auparavant elle avait tout fait pour faire exploser mes deux couples - consciemment ou inconsciemment, je n'en sais rien. Elle est en train de m'exproprier de la propre famille que j'avais construite. Bientôt il est probable que mes filles penseront toujours à leur grand-mère et auront totalement oublié leur père. Expulser et ostraciser pour mieux capter, il s'agit d'une forme élaborée de spoliation.

Je suis allé plusieurs fois à l’Espace du Possible avec mon père, ce camping hédoniste et libertaire appartenant à Yves Donnars dont parle Houellebecq dans Les Particules élémentaires. Les adultes y laissaient leur progéniture livrée à elle-même et s’adonnaient à des jeux érotiques, généralement ils se promenaient nus et n’hésitaient pas quelquefois à copuler en public. À ma quasi-sœur Catherine M. qui avait des talents de masseuse on demandait de caresser des adultes, voire ce qui était dans son regard d'enfant de "vieux" messieurs nus (mais c'était des boomers), l’un d’eux voulait qu’elle lui masse son pénis. Elle vit aujourd'hui du RSA, seule, isolée, loin de la société « éclairée » alors qu'elle en provenait ; qui est victime de mort sociale dans cette affaire ? Les victimes ou les bourreaux comme O. Duhamel, R. Berry, Cohn Bendit, Jack Lang, Frédéric Mitterrand, Matzneff, Polanski etc. ? À mon quasi-frère Stéphane M. sa belle-mère avait pris son sexe d’enfant de 7 ans dans les mains et jouant avec avait réussi à obtenir une érection pour qu’il la pénètre. Et leur père et leur belle-mère exigeaient d'eux deux qu’ils viennent dans leur lit nus quand ils faisaient l’amour. Quant à mon père, Robert B. il avait un jour obtenu que je me mette nu sans mon consentement pour me masser toutes les parties du corps dont les plus intimes. Je ne dis pas que mon géniteur était un authentique pédophile incestueux mais qu'il en a éprouvé des pulsions qui ont pu passer à l'acte grâce au contexte de cette époque. « Un homme ça s'empêche » comme le disait le père d'Albert Camus, mon père ne s'est pas empêché d'exhiber son sexe nu partout dans la maison durant toute mon enfance et mon adolescence, ni de faire jouir ostensiblement ses maîtresses sans pudeur vis-à-vis de moi, en ne fermant pas la porte ou en le faisant dans la pièce à côté. Plusieurs fois je suis allé tout nu dans le lit parental composé de ma belle-mère Martine D., mon père, ainsi que mon quasi-frère Stéphane et ma quasi-soeur Catherine, on se faisait des papouilles d'adulte à enfant, d'enfant à adulte, d'enfant à enfant ; vraiment innocemment ? N’était-ce pas là le signe d’une conduite pédophile et incestueuse ? D’autant plus que ma mémoire a peut-être refoulé certains de ces souvenirs traumatisants, je ne me souviens donc certainement pas de tout. Tout ce que je peux dire c’est que ces pratiques étaient assez largement répandues dans les milieux libertaires et éclairés vers la fin des années 70 et au début des années 80. Ma mère Colette B. était parfaitement au courant de tout ce qui se tramait mais elle a toujours eu du dégoût pour tout ce qui représente des signes de faiblesse (elle ne respecte que le pouvoir, et surtout celui de l'argent !), comme l'enfance abusée sexuellement, elle a donc sciemment fermé les yeux, elle était complice.

Vous pensez vraiment qu'une analyse ou une thérapie pourrait me guérir du traumatisme de la pédophilie et de l’inceste ? J'ai fait environ 20 ans sur le divan des thérapeutes, que voulez-vous qu'ils fassent face à l’indicible ? Ils sont impuissants.

Je suis allé à l'Espace du Possible 4 ou 5 fois, la première fois en 76 je crois, puis en 79, 80 et 82. Ce que j'ai vu de mes yeux, je l'ai vu ; ce que m'a fait subir mon père je l'ai enduré. Les témoignages de mon quasi-frère et de ma quasi-sœur je ne peux pas les mettre en doute, à l'époque les parents boomers ne se cachaient pas car ils croyaient en une révolution libertaire à venir. Mon père était ami avec Yves Donnars, le propriétaire de ce camping à Meschers en Charente-Maritime, et Houellebecq en parle comme je l'ai déjà évoqué dans son roman Les Particules élémentaires.

Je ne vais pas rentrer dans ce mauvais procès qui est fait à Finkielkraut, c'est un philosophe appréciable et qui manquera cruellement quand il disparaîtra. Cependant j'ai un témoignage assez fort sur mon expérience de la pédophilie et de l'inceste et je trouve que sur cet aspect-là des choses l'attitude d'Élisabeth Lévy et de Finkielkraut est tout à fait symptomatique de leur génération : absence de compassion voire dégoût pour les victimes, bonne conscience et déni. Moi je vous parle d'un camping où tout le monde dans les années 70/80 s'adonnait aux joies de la libre sexualité, baisait devant des enfants. Où les parents avaient des pratiques pédophiles et incestueuses comme si c'était tout à fait normal. Et personne n'a rien vu ? E. Lévy et Finkielkraut, les ravis de la crèche, n'étaient au courant de rien sur les pratiques qui avaient cours durant cette période ? J'ai du mal à le croire ! Je pense qu'ils pratiquent sur eux-mêmes une forme d'autocensure et de déni et cherchent coûte que coûte à protéger leurs amis (puissants) qui ont eu le malheur de se compromettre avec leur époque libertaire, où le libre accès à la pédophilie était quand même une revendication officielle : la pétition pour la légalisation de la pédophilie (Libération, janvier 1977) dont les signataires étaient majoritairement issus de Mai.

Je suis un représentant emblématique des victimes du siècle après-guerre, oui. Il y a un déni total de notre époque par rapport à cette période. J'aurais même préféré que notre époque assume sa pédophilie constitutive de 68 à 83, comme celles des Grecs anciens ou de la Renaissance par exemple. Les adultes ont rejeté leurs propres enfants victimes dans les oubliettes de l'Histoire au lieu d'assumer leurs actes en en faisant des victimes monstrueuses plutôt que des initiés, des exceptions alors que c'était la règle. Je me souviens de la joie mauvaise qu’a éprouvé mon père lorsque le battage médiatique s’est orchestré autour de la Shoah, avec le film éponyme de Claude Lanzmann : « Ouf je suis sauvé, le crime (qui aurait pu peut-être ne pas en être un s'il avait été assumé comme un processus d'initiation et de transmission) de mon époque va passer sous silence ! » En raison de son faible degré d'évolution et son manque de spiritualité mon père a ressenti de la honte pour son attitude et du dégoût pour sa victime qu'il a rejeté - c'est ça le pire : ce sentiment de rejet une fois avoir été consommé, digéré et évacué comme un déchet ; au lieu de chercher à l'élever comme le faisaient les Grecs anciens à travers un processus d'initiation passant par l'érotisme. Notre président Macron lui-même ne s'est-il pas élevé grâce à l'attitude pédophile de celle qui est devenue sa femme ?

Le vrai choc pour moi fut d'être abandonné par mon père à 19 ans parce que j'étais devenu par ses soins une victime digne de mépris, un déchet réifié parce que consommé. Cette réification donc cette aliénation fut aussi le motif de ma répudiation aussi bien du côté de mes géniteurs que de ma femme aujourd'hui ; je n'avais plus droit à l'existence pour mes géniteurs parce que j'étais devenu aliéné, le père parce qu'il en avait été l'acteur m'ayant réduit à l'état de chose, la mère parce qu'elle avait fermé les yeux et avait été la complice... du crime parfait ! Ils se lavaient les mains de m'avoir « tué » et en plus c'était moi le fautif en raison de mon comportement aliéné de leur désinvestissement affectif absolu à mon égard. Ma femme ne pouvait pas deviner quel monstre j'étais en réalité, elle m'a donc rejeté après 17 ans de vie commune et deux enfants ; mais elle, n'a aucune responsabilité.

Moi-même en tant que représentant emblématique des générations qui viennent après celle des boomers, je suis imprégné d'idéologie prédatrice ou justifiant la prédation par mes parents boomers qui ont retourné leur veste hippie pour adopter un costume néolibéral au début des années 80. Je préférais largement les hippies de paix et d'amour aux néolibéraux pervers et obsédés par l'argent. Pour mes parents ce ne fut qu'un changement de mode, pour moi ce fut un cataclysme. Ce sont généralement les enfants qui paient pour les "errements" de leurs parents surtout si ces errements ne sont pas assumés, quant aux parents boomers ils estiment qu'ils n'ont de comptes à rendre à personne puisqu'ils avaient "tués" leurs propres parents !

Le mouvement de Mai 68 a voulu apporter l'amour libre, le pouvoir néolibéral a perverti ce mouvement et lui a substitué la pornographie presque imposée à tous (par misère sexuelle) pour faire du profit. Le néolibéralisme prédateur et pervers a sali une idée assez innocente au départ, et en même temps ce régime est plutôt conservateur, pudibond et hypocrite sur le plan des mœurs.

Qu’est-ce que l’idéologie prédatrice ? Il y avait sans doute des prédateurs comme mon père qui utilisaient l’esprit de Mai 68 comme un moyen pour assouvir leurs pulsions, un peu comme des renards dans le poulailler ; mais l’idéologie prédatrice ce n’est pas du tout ça. C’est le néolibéralisme qui a mis la perversion au centre des rapports humains. Et cela mon père qui a tout d'un pervers narcissique en plus de tout le reste, mais pas d'un pervers sexuel (ou alors vraiment à la marge), l'a bien compris... Dans les années 70 on pouvait abuser de ses enfants sans être un pervers sexuel. Je ne dis pas que la liberté sexuelle était quelque chose de mauvais en soi mais que mon père a perverti cette liberté pour en faire un instrument d'emprise sur moi, bref pour me détruire ou ma mère à travers moi, afin pour lui de ne pas sombrer dans la psychose. De l'autre côté ma mère a perverti son savoir psy et celui de ses amants juifs pour avoir une emprise sur moi, voire pour me détruire ou mon père à travers moi, afin de ne pas sombrer dans la psychose.

La fascination pour la force et le pouvoir, le mépris pour les humbles est une caractéristique de l’intelligentsia bobo des grandes métropoles. Le peuple est forcément antisémite et complotiste (comme l'a montré la propagande journalistique anti-gilets jaunes), les riches, les puissants et les représentants de la « haute-culture » sont forcément des alliés. On comprend décidément l’amitié qui lie BHL à Claude Lanzmann avec qui il partage ce trait de caractère. Comme Lanzman, il veut nettoyer la responsabilité des élites dans l’antisémitisme génocidaire et faire porter cette responsabilité sur les peuples.

Il y a un culte du néolibéralisme depuis environ 1983 en France, une propagande et un conditionnement des citoyens. Réactivation par l'école de Chicago et Hayek des thèses les plus sulfureuses de Mandeville à l'attention d'un cercle d'élus, d'affranchis (de la décence commune). Une sorte de "secte" en somme qui a cherché à promouvoir une "utopie", selon le mot de Hayek, et qui a si bien réussi qu'elle a inventé la religion qui s'est mondialement imposée, celle du divin Marché, "ordre spontané" si parfait qu'il doit absolument être tenu à l'abri de toute tentative humaine de régulation ; il faut donc briser les peuples et leur tentation de souveraineté.

Ces affranchis ont souterrainement diffusé l'idée néolibérale avant que celle-ci ne s'empare officiellement du monde pour le reconfigurer entièrement à partir des années 1980. C'est ainsi que deux think tanks, parmi les nombreux issus de cette Société, ont joué un rôle décisif dans les arrivées au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne (1979) et de Ronald Reagan aux États-Unis (1980) : respectivement l'Institute of Economic Affairs (créé en 1955) et l'Heritage Foundation (créé en 1973). Macron s’inscrit évidemment dans cette lignée néolibérale, ainsi que tous les pays occidentaux sous influence américaine même lorsqu'ils se disent européens pour faire concurrence à l'hégémonie des États-Unis. On assiste en réalité aujourd'hui à la mondialisation de l'idée néolibérale jusqu'en Asie qui fait preuve d'une rare discipline, c’est d’ailleurs une nouvelle forme de guerre par l’économie de marché.

Nous sommes en plein dans cette "utopie" ; vouloir réguler par exemple les flux migratoires ou les échanges commerciaux entre les pays ce serait vouloir être souverain, et ce devrait alors être un contrat moral engageant l'État ainsi que chaque citoyen et garantissant la liberté de ce dernier (comme du temps de la création de la Vème République sous de Gaulle). Or non il n'en est rien, nous sommes en pleine manipulation caractérisée ; la façon de gérer la Covid en entretenant la psychose est un énième avatar de la privation de sens critique en régime néolibéral. Macron et sa clique visent l'abrutissement et l'aliénation des masses (éventuellement par la peur), pour priver chacun de son sens critique donc de sa capacité à remettre en question le régime et sa tentation liberticide. Or les régimes néolibéraux jouent une course contre la montre à l'égard de leurs propres peuples ; le tout est de tenir assez longtemps pour les isoler et les diviser afin de les anéantir de toutes les façons possibles (télévision, propagande journalistique, publicité, flux migratoires incontrôlés, lois liberticides, Covid, guerre des sexes, guerre des "races", terrorisme, hyper-violence de la jeunesse, rivalité mimétique meurtrière, perversion narcissique généralisée dans les hautes sphères décisionnaires, logique victimaire à outrance, néoféminisme exacerbé, cancel culture, culture woke, intersectionnalité etc...) pour pouvoir établir à l'échelle mondiale cette "utopie".

Je ne sais pas le degré de responsabilité de cette "utopie" néolibérale dans l'origine de la Covid ; reste que la Covid arrive à point nommé pour restreindre les libertés et la contestation sociale (des gilets jaunes par exemple), et expérimenter de nouvelles formes de confinement des populations ; c'est la discipline, le degré de soumission des populations et l'efficacité de la propagande journalistique et de la police qui sont testés.

En attendant le but du pouvoir néolibéral représenté par Macron est de diviser pour mieux régner, comme entre les hommes et les femmes et même entre les « races » par exemple (parmi de nombreux autres).

Pour finir sur cet aspect, n’oublions pas que c’est moi que la Justice de mon pays a condamné à 6 mois de prison ferme, ni mon père, ni ma mère ; autrement dit comment notre société gère sa logique sacrificielle ? En mettant les victimes en prison et en laissant les bourreaux en liberté. Il n'y a pas de « justice immanente », le monde est injuste c'est comme ça et les chrétiens ont inventé le paradis pour les justes et l'enfer pour les autres après la vie ; avant l'invention des chrétiens il n'y avait jamais eu de dieu juste. Les dieux païens ou le Dieu des juifs étaient odieux et partiaux. Je n'affirme pas que l'hypothèse chrétienne est fausse, il n'y a aucun moyen de le savoir puisque personne n'est revenu d'entre les morts pour nous le dire. Personnellement je suspends mon jugement même si je ne peux m'empêcher d'adhérer en la matière à l'intuition de mes grands-parents bretons (ils étaient peut-être plus païens que catholiques ; mais surtout ils étaient bons).

Sur la question de parents baby-boomers comme les miens qui ont voulu apparaître comme des dieux aux yeux de leurs enfants et petits-enfants ; je pense très fort à la mère abandonnante et égoïste de Houellebecq aussi, genre de précurseuse des mamans baby-boomeuses qui viendront en masse après elle. Sans Dieu, dieux, l'homme n'aurait jamais été aussi grand qu'il ne l'a été, bâtisseur de civilisations. Sans Dieu, dieux, l'homme est aujourd'hui tout petit, insignifiant, s'agitant dans le vide. Avec ou sans Dieu, dieux, personne n'a entendu parler de l'homme, hormis l'homme, mais qui est l'homme ? C'est à dire rien du tout, ça oui, une créature bouffie d'orgueil qui ne cesse de vouloir péter plus haut que son cul ; il disparaîtrait que tout le monde s'en trouverait soulagé dans le règne animal sans parler du règne végétal, et ne laisserait aucun souvenir car les animaux n'ont pas de mémoire écrite, tout serait effacé jusqu'au souvenir de son existence sur Terre. Au moins la conception qu'il avait de Dieu le remettait à sa juste place, et il en avait bien besoin quand on voit le résultat actuel des Lumières : hubris, volonté de puissance, narcissisme, perversion... généralisés. À partir du moment où « Dieu est mort », ce sont des hommes qui veulent apparaître comme des dieux pour d'autres hommes, l'exemple paroxystique de ce comportement prédateur qu'il rapporte de son expérience dans les camps de concentration nazis étant décrit par Robert Antelme dans l'Espèce humaine. Aujourd'hui vous n'en avez pas de ces exemples comme le nez au milieu de la figure dans votre expérience quotidienne ? Avec les baby-boomers indûment enrichis par des circonstances économiques favorables qui souvent veulent passer pour des dieux aux yeux de leurs enfants appauvris, sans parler des petits chefs dans la vie de tous les jours qui se prennent pour de petits dieux, et cela va jusqu'aux énormes milliardaires de la Silicon Valley ou d'ailleurs, qui se prennent pour des dieux omnipotents. Nous ne sommes plus soumis aux caprices d'un créateur tout puissant, mais à ceux de créatures sournoises, violentes et globalement malveillantes.

 

 

vendredi 4 novembre 2022

Insultes racistes à l'assemblée nationale, vraiment ?



Là où le député RN a tort c'est que la France n'est pas un safe space, un espace protégé des dérèglements du monde et de ses migrations provoqués par la mondialisation néolibérale, un capitalisme dérégulé voire déréglé, ses conséquences comme le réchauffement climatique, les guerres pour le contrôle de l'énergie et des matières premières. La France ne peut pas recevoir toute la misère du monde mais elle doit y contribuer et elle y contribuera certainement, par la force des choses, de plus en plus. Ça c'est la réalité. Le manque de disponibilité de l'Homo sapiens pour l'Homo sapiens ça c'est la réalité du modernisme et de la rentabilité. C'est aussi la réalité, hélas selon moi néfaste du progrès et du progressisme dans toute leur acception chrétienne, qui envisagent toute l'histoire humaine comme une ligne droite vers toujours plus d'humanité, d'opulence, de bien-être, de justice, de savoir, de santé... bref une ligne droite orientée vers le salut ici-bas... on nous aurait menti ? 

Pour moi le progrès (sic) est avant tout un produit du christianisme avant de s'être fait contre le christianisme qui n'envisageait le salut que dans l'au-delà et en récompense d'une vie bonne. Tout est contenu dans les principes du christianisme bien avant le développement exponentiel des sciences et techniques n'ayant jamais existé sous le règne des Grecs puis des Romains, qui n'avaient peut-être même pas l'intuition d'une telle linéarité temporelle orientée vers un but.

Viennent s'y ajouter les principes abstraits de la République. Les droits de l'Homme étant universels il est normal que n'importe quel "étranger" puissent se sentir investi dans sa singularité par ce type de discours généreux qui l'élève, lui rend hommage, et vient vers lui pour le reconnaître. Ce genre de discours universel n'était pas chauvin, nationaliste, ni même patriotique, aux yeux des philosophes, et n'avait pas vocation à s'adresser aux seuls Français, ou alors cela aurait été une vision très réductrice au particulier et au local, du général et de l’universel – tout comme le discours marxiste internationaliste avait vocation à s’adresser à tous les travailleurs exploités de la planète (mais il a fait flop). D'une certaine façon les Français contemporains décadents et déclinants, en chair et en os, se sentent aujourd'hui pris en otage par leurs propres principes qui désormais les dépassent, car ils avaient été énoncés du temps de leur grandeur... passée ! Mais il est désormais bien trop tard pour reculer et demander aux Africains demandeurs d'asile, en situation irrégulière, de retourner "chez eux", en bateau ou en avion ; et ce malgré quelques attentats et faits divers glauques qui demain seront anecdotiques comme les affaires Paty ou Lola.

Il est bien évident que le député RN ne s'adressait pas au député LFI en raison de sa couleur de peau quand il a dit "qu'il retourne en Afrique !", mais faisait référence au retour d'un bateau de migrants au large des côtes européennes en Afrique d'où il venait, une sorte de retour à l'envoyeur. Il aurait été beaucoup plus grave que le député RN stigmatise un de ses confrères en raison de sa couleur de peau. Mais Véran fait comme s'il s'agissait d'exactement la même faute morale : le racisme ; en renvoyant le RN à son immoralité foncière, à son péché originel. Il y a là pas mal de mauvaise foi et la ruse habituelle de Macron et de ses sbires, car on sait bien que la stratégie de Renaissance est de marginaliser les électeurs et les élus d’un parti, de les stigmatiser, tout en voulant faire de ce parti son partenaire (adversaire) privilégié pour la reconquête du pouvoir (la troisième fois) aux élections de 2027, pour être sûr d'être réélu. Tout en sachant bien que Renaissance est un parti d'opportunistes fait de bric et de broc, de technocrates 2.0, d'ambitieux aux dents longues, de traders ayant raté leur vocation, sans autres couleurs et convictions politiques que celles de l'UE et surtout des États-Unis.

Personnellement je renvoie dos à dos les réflexes nationalistes et chauvins de repli sur soi (je ne dirais pas racistes contrairement à Véran) et de protection des Français - impossible dans un contexte de mondialisation néolibérale (sauf à combattre non pas les étrangers mais le néolibéralisme) ; et la thématique néolibérale qui instrumentalise de grands principes universalistes énoncés par de grands philosophes il y a 250 ans, dans le but d'asservir la planète à une mondialisation non consentie et non profitable à l'intérêt général pour le seul profit de quelques richissimes soi-disant géniaux qui envoient des fusées dans l'espace, et à un capitalisme dérégulé voire déréglé destructeur de tous les écosystèmes et des individus, travailleurs ou non, exploités qui en font les frais. La République n'est plus la République et elle a trahi la République, c'est-à-dire ses principes dès ses origines bourgeoises, ce que Marx qui se voulait le fossoyeur du capitalisme fut le premier à mettre en exergue après que Rousseau l'ait pressenti.

Quand la France était une grande puissance, voire la première puissance mondiale, elle pouvait se permettre d'énoncer des grands principes généreux sur les droits de l'Homme et surtout de s'y tenir. Mais qu'est-ce qui en a fait une grande puissance ? C'est l'absolutisme, l'aristocratie, et la charité chrétienne. Qu'est-ce qui en a fait une puissance déclinante ? C'est la bourgeoisie, une classe vile et cupide préoccupée que d'appât du gain et de son confort, et la laïcité soi-disant neutre qui récompense le résultat au mérite soit le produit de la sélection opéré par cette même bourgeoisie via l'école - Bourdieu (il y a bien sûr des exceptions héroïques). Napoléon a porté haut et fort, aristocratiquement pourrait-on dire, les principes de la Révolution dans toute l'Europe. Mais in fine il n'a fait qu'attiser les nationalismes et autres particularismes locaux, surtout en Allemagne. Il n'a fait qu'enflammer une idée romantique du vitalisme des peuples ayant trouvé son apogée sinistre avec Hitler et son pangermanisme. Au final par Hitler via Napoléon, cela constitue un contresens absolu de l'idéal des Lumières et de son universalisme, une apologie du localisme et de la race élue. Est-ce vraiment ce genre d'idéologie que Véran a derrière la tête quand il dénonce le racisme du RN ? Il me semble plutôt qu'il s'agit d'un protectionnisme que l'on peut trouver certes moisi, mais surtout caractéristique d'un peuple sur le déclin et plus du tout sûr de lui comme le disait déjà péjorativement de Gaulle des Français. Les politiciens comme Véran sont des bonimenteurs et des arracheurs de dents.

Quant à la République, comme je l'ai déjà dit et je tiens à le répéter, elle n'est plus la République, elle a trahi la République, c'est-à-dire ses principes dès ses origines bourgeoises, ce que Marx qui se voulait le fossoyeur du capitalisme fut le premier à mettre en exergue après que Rousseau l'ait pressenti et nous ait mis en garde bien avant 1789. Aujourd'hui comme hier il y a juste une caste politique qui emprunte des éléments de langage à la Révolution bourgeoise mais surtout aux philosophes des Lumières (ce qui constitue une trahison) pour asseoir sa domination forcément particulière (sinon il n'y aurait pas de domination) donc non-universelle, et des richissimes qui n'ont rien d'aristocratique et empruntent juste aux people.

Conclusion : Nietzsche disait que le pays en Europe aristocratique par excellence était la France, je crains fort que ce ne soit plus du tout le cas. Je préférais l'absolutisme et l'aristocratie, le grand style par lequel s'exprimaient aussi les philosophes des Lumières pour propager leurs idées universelles qui n'avaient rien à voir avec le minable wokisme - cet antiracisme et ce féminisme de pacotille que propage notre culture débile ; à cette caricature de démocratie qui ne génère partout à travers le monde via la mondialisation et le capitalisme dérégulé, que de la laideur et de la misère morale, une opulence feinte, un bien-être frelaté, une absence totale d'humanité.