dimanche 5 juin 2011

Les tentations barbares

Pourquoi j’ai des tentations barbares ?
Toujours le même problème d’asservissement à la technique. D’après moi la volonté politique est un leurre, elle est largement soumise à la technique qui a sa volonté propre. On peut peut-être comprendre ainsi le ralliement de Heidegger au nazisme : peut-être pensait-il que la volonté politique est tellement impuissante qu’il fallait un coup de fouet. Il s’est trompé, en a-t-il eu conscience ?

Que peut la politique alors si elle ne nous permet pas de sortir de l’asservissement par la technique, que peut la politique si elle ne nous permet pas de sortir de la domination de la technique et de nous orienter vers une culture sacrée et païenne, religieuse et populaire ? Que peut la politique, si elle ne permet de remettre en question les règles du jeu, où quelques salauds, égoïstes et profiteurs utilisent sans scrupules ces règles pour exploiter tout le reste de l’humanité? Je ne crois pas beaucoup en l’intelligence mais beaucoup plus en la bonté. Je ne crois pas beaucoup en la philosophie, mais beaucoup plus en la religion. Oui je suis un peu bête. Mais je crois que l’homme a besoin de quelque chose de supérieur à lui et qui l’empêche d’être un barbare. Je crois que l’homme a besoin de son père toute sa vie à ses côtés. Je crois qu’il a besoin de Dieu.

Je crois que je n’ai jamais été un bon élève parce que je suis fondamentalement païen, donc plutôt polythéiste que monothéiste. Je sors de ma campagne, je suis un profane, un non-initié. Le prof lui vient d’un milieu plus urbain, il est monothéiste, il est initié. Il obéit à la loi du père. C’est un curé amélioré qui a une culture sacrée, c’est-à-dire uniquement verbale. Pour un prof : au commencement était le verbe. Personnellement ma culture est plus rattachée à la nature. Je n’aime pas les règles trop strictes, car je suis aussi un enfant de 68.

Le christianisme est quelque chose de dur qui a combattu le paganisme dans les campagnes. Mais ce que l’église n’a pas réussi à faire : supprimer le paganisme, le polythéisme; je crois que l’école et les principes de la république ont réussi à le faire. La campagne est devenue un désert, plus de culture païenne. Elle existait encore un peu quand j’étais petit et que j’allais en vacances chez mes grands-parents bretons. Ils parlaient breton et se sont installés sur la péninsule armoricaine depuis 1500 ans. Sinon avant le breton ils le parlaient en Bretagne actuelle Grande-Bretagne dont ils ont été chassé par les Anglo-Saxons, peut-être qu'ils le parlaient depuis 3000, 5000ans, va savoir! Ma mère le comprenait encore, je suis le premier depuis 5000 ans qui est issu de cette culture bretonne et qui ne parle pas breton. J’ai été déculturé et qu’ai-je gagné en échange? Le droit d’être un petit prof, un petit curé. Honnêtement je fais mon métier sans conviction, j’ai beaucoup plus d’estime pour mes ancêtres, que pour la culture qu’on m’a inculqué de force.

Enfin, je suis vivant ! Je suis un peu comme un paysan qui aurait été embrigadé dans une armée de la révolution. Je suis prêt à déserter à la première occasion, vous êtes prévenus !

La technique est-elle neutre?

Le technique est-elle un moyen d'oppression ou de libération? Cela dépend pour qui.
D'après moi nous vivons sous la domination de la technique et cette domination me paraît bien plus puissante que n'importe quelle volonté politique.
En même temps la technique c’est neutre, elle n’est apparemment ni bonne ni mauvaise en soi, tout dépend de ce que l’on en fait : argument fallacieux de l’étudiant en première année de philosophie, et je vais démontrer pourquoi.

En réalité la technique fait des dégâts, comme si elle avait sa volonté propre, la technique n’est plus au service de l’homme mais l’homme est esclave de la technique.
En fait si tout marche normalement dans la tête d’un homme, si sa maman lui a bien essuyé les fesses quand il était petit, s’il a bien travaillé à l’école quand il était petit, s’il a bien eu des petites amies quand il était jeune, si adulte il a un bon job bref si tout fonctionne l’homme peut utiliser la technique, l’homme peut avoir l’impression de dominer la technique.

Mais lorsque l’homme est déréglé, l’homme s’aperçoit qu’il ne vaut pas plus qu’une vieille machine usée, qu’on ne l’estime pas plus qu’un appareil défectueux. C’est à ce moment-là que l’individu prend conscience qu’en fait c’est la machine qui domine. Qu’il est lui-même un homme-machine. L’animal-machine de Descartes est devenu un homme-machine. La spécificité attribuée par Descartes aux hommes par rapport aux animaux n’est plus de mise, l’homme est au même rang que les animaux : un homme-machine. L’homme est comme un automate dont on connaît tous les rouages. On le soigne comme une machine, on le nourrit comme une machine, on l’utilise comme une machine. Les patrons, les maîtres de l’économie utilisent les hommes comme du bétail. On essaie de lui donner le minimum pour qu’il produise le maximum : ça c’est le miracle que nos chers économistes essaient de produire tous les jours.

Ainsi même lorsque tout va bien l’homme est considéré comme une machine, dans ce cas performante et il ne s’en rend pas compte. Lorsqu’on est performant on ne se rend pas compte que l’on est une machine, mais l’on en est quand même une.

On pourrait dire dans notre modernité que l’on ne peut même plus qualifier notre pensée « d’humaniste », elle est en réalité dans notre quotidien « machiniste » ; et c’est cela qui nous rend fou, si l’on n’a pas été correctement préparé à être une machine performante.
Donc non la technique n’est pas neutre, elle agit sur nos consciences. Elle nous détruit, nous éloigne des rites religieux, nous éloigne de la proximité avec l’autre, nous rend passif, impuissant.
La question qui se pose est : aurons-nous la force de critiquer radicalement cet asservissement par la technique ou disparaîtrons-nous ?

Sur l'affaire DSK

Les puissants sont-ils plus pourris que les autres ?

Ils ont seulement sur les épaules plus de pression, et aussi plus de tentations. Normal qu’ils aient plus d’occasions d’assouvir leurs passions que le citoyen lambda, ils suscitent eux-mêmes l’admiration et la passion. La pression qu’ils ont sur les épaules rend peut-être leur recherche de plaisir plus forte et plus légitime que pour le citoyen lambda.

Pourtant pourquoi s’acharner à les couvrir ? Trouvons-nous que le monde dont ils sont les garants est propre ? Personnellement en tant que petit homme plein de ressentiment, je trouve que le monde est assez sale et que les puissants montrent très mal l’exemple. Pourquoi les défendre ? Quel intérêt pouvons-nous y trouver ?

Une bonne raison de les défendre : nous sommes tellement tentés de les voir tomber, de les voir ramper dans la boue. Nous autres petits hommes plein de ressentiment, notre plaisir c’est de voir les puissants tomber.

Donc si on est courageux, on doit prendre la défense des puissants. Cela s’oppose à notre réflexe premier plein de ressentiment, c’est donc plus difficile : ça c’est être brave.

Ou alors cela montre que l’on est en bonne santé car l’on n’a pas de ressentiment contre les puissants. On est d’égal à égal avec eux : ça c’est la grande santé.

Sur l'affaire Luc Ferry

Méfions nous de l’amour et du bien. L’amour des forts entraîne souvent le crime des faibles.

Les jeunes de 68, rousseauistes, se sont crus bons, or ce qui est bon pour les adultes : sexualité débridée, absence de pudeur ; n’est pas forcément bon pour les enfants.

Que d’affaires de mœurs et de relents de pédophilie dans les rangs des soixante-huitards, et d’affaires qui sortent maintenant. Je ne suis pas d’accord avec Emmanuel Mousset : heureusement que ces affaires sortent, quelle que soit la façon dont elles sortent. Car ce qui est grave ce n’est pas la fuite, ce qui est grave c’est le crime.

Encore un mauvais principe au départ : un homme exclusivement bon et propre pour Rousseau et ses héritiers soixante-huitards. Résultats : pédophilie et partouzes à tous les étages. Non l’homme n’est pas bon par nature !

Pourquoi je n'aime pas ma ville: Sevran ?

Marx et les communistes avec lui, ont pris comme principe d’explication du monde, un principe de division et de conflit donc de haine : la lutte des classes.

On voit le résultat dans le communisme en actes : une longue série de massacres et de génocides  A une échelle plus proche de nous : les villes gérées par les communistes en France sont les plus laides de France, il y a un principe haineux dans la tête d’un communiste, dès qu’il voit du bonheur, il y voit de l’injustice. Comme dans la tête d’un communiste tout est laid au départ, tout doit être laid à l’arrivée, heureusement en France que l’ardeur des communistes est tempérée par leur faiblesse politique. Quand bien même les pauvres deviendraient-ils heureux, le communiste se mettrait à les haïr. D’un principe purement négatif d’explication du monde ne peut sortir du positif, mais que du négatif, n’en déplaise à Hegel et après lui à Marx.

Marx aurait dû tempérer son originalité négative, par un peu de positivité, d’amour. Le fils d’ouvrier a parfois été plus aimé par sa maman que le fils de patron et ça aussi c’est injuste.
Mauvais principes = conséquences catastrophiques. Méfions-nous de la politique.

Les jeux sont faits

A partir d’un certain âge les jeux sont faits. Et il y a des règles du jeu. On ne se contente plus que de respecter les règles du jeu au mieux de sa personnalité. Mais n’oublions que ceux qui ont contribué à faire ce que nous sommes étaient des êtres de chair et de sang qui se sont sacrifiés pour faire ce que nous sommes. Nous n’avons plus devant nous le spectacle de ce sacrifice, mais un philosophe comme Nietzsche a fait revivre pour nous le spectacle de ces sacrifices, de ces criminels ou déviants punis au fer rouge, pour que le troupeau suive le bon chemin : notamment à travers La généalogie de la morale, et à travers une typologie de certains grands hommes comme Jésus.

Ce qui apparaît c’est que lorsque nous sommes en bonne santé nous ne faisons que revivre certaine situations de notre passé ou même du passé de nos ancêtres, ainsi que lorsque nous sommes malades. Avec en arrière plan les deux grands principes que sont l’amour et la haine, les deux principes qui régissent tout selon Empédocle.

Dans notre modernité nous nous sommes trop éloignés de la compréhension  et du ressenti de ces deux principes, nous sommes très éloignés de l’origine, c’est l’« oubli de l’être ».
Nous voyons les règles du jeu : en politique, en philosophie, en économie, et nous croyons qu’elles étaient là de toute éternité. Ceux qui ne font qu’utiliser ces règles du jeu sont des profiteurs, des égoïstes, des salauds. La politique et ses combines, les jeux de pouvoir, sont la surface visible, la superstructure. Mais à force de s’être trop éloigné de l’origine, des hommes tombent, car l’infrastructure ; c’est-à-dire nos pulsions de vie ou de mort se rappellent à nous.

Notre monde souffre de s’être trop éloigné de l’origine, la politique ne sauvera personne, on le sait bien maintenant depuis la désillusion de l’ère Mitterrand. Certains se satisfont du spectacle de la lutte à mort de ces hommes entre eux, moi pas ! Je les trouve pathétiques ces hommes qui gesticulent parlent fort et n’ont aucun pouvoir sur notre quotidien. Quotidien qui est en réalité soumis à la domination de la technique. C’est ce quotidien qu’il faut remettre en question. A travers un ressenti de notre être-là nous sentons que nous sommes très souffrants et nous pensons que nous n’y pouvons rien. Cette souffrance, cette impuissance devraient aboutir idéalement à une critique radicale des règles du jeu qui régissent notre vie en commun.

La seule question qui se pose désormais pour l’humanité est : auront nous la force de nous rapprocher de l’origine, pour critiquer radicalement le monde où nous vivons et survivrons-nous ? Où allons nous continuer à ne pas voir plus loin que le bout de notre nez, à vivre comme des moutons impuissants et disparaîtrons-nous ?

Impuissants

Un puissant, on pourrait penser qu’il a tout pour être heureux, belle femme, argent, pouvoir, beaucoup de pouvoir. Cela suffit-il ? Et bien non ! C’est dans des petites déviances sales, à la portée du premier venu que le puissant trouve sa jouissance, et sans cette petite déviance sale sa vie n’aurait plus aucun intérêt. Alors qu’il pourrait très bien se passer de tout le reste, il ne peut pas se passer de ça. Argent, pouvoir, belle femme sont au service de « ça », qu’il ne faut pas dire. Tout ça pour ça !
Tout ça pour ça, finalement quand je dis « un puissant », j’entends « impuissant » : c’est la définition de la nature humaine.