jeudi 23 juin 2022

La libéralisation des mœurs est en réalité au service de l'idéologie la plus réactionnaire qui soit


 

"Cette UER naissante et nouvelle (associant théories et pratiques artistiques) s’est d’abord tenue à Censier (actuelle Paris 3). L’atmosphère y était encore celle de 1968. Avec le fameux «souk», à l’atmosphère débridée. C’est là que - jeune universitaire, je faisais mes cours dans un AMPHI bondé. En 1972, l’UER a eu des locaux dans un espace industriel désaffecté, rue Saint-Charles dans le 15e arrondissement de Paris. Ce fut une époque passionnante : Il n’y avait pas vraiment de «salles de cours» et une dimension permanente de Happenings." dit une prof de philo (Florence de Mèredieu) dont j'avais suivi les cours à la Sorbonne. Ah c’était le bon temps ! Sauf que tout cela, tout ce mouvement d’émancipation des mœurs, sans vouloir jouer les rabat-joies, a été permis parce qu'au sortir de Mai 68 le niveau scolaire était excellent, et ce mouvement a été l’idiot utile de la contre-révolution réactionnaire que nous vivons actuellement, qui se fout des valeurs et mise tout sur le fric. Réactionnaire, parce que seuls les enfants des quartiers riches peuvent encore avoir un bon niveau scolaire.

La libéralisation des mœurs a été une immense fête pour les jeunes des années 60, baby-boomers, mais une catastrophe pour les enfants de soixante-huitards, qui globalement n'ont jamais réussi à rattraper leur retard scolaire. L'École primaire notamment a commencé à lâcher prise sur les enfants des années 70, éduqués comme des petits sauvageons - ne parlons même pas de ce qu'est devenu l'École aujourd'hui, il n'y a plus une École, mais des écoles qui varient selon les quartiers et le niveau socio-économique de leurs habitants.

Mai 68 a permis la contre-révolution néolibérale et réactionnaire des années 80 sur les enfants de baby-boomers, plus facilement malléables et manipulables que leurs aînés, parce que plus faibles et plus fragiles car rendus moins joyeux par leur manque de structure. C'est en réalité le respect des valeurs et non le fric qui permet de se structurer, pour éventuellement ensuite pouvoir accéder à la joie de l'accomplissement ou de l'émancipation. On peut dire que Mai 68 a mis la vérité sur la tête ! En voulant s'émanciper de toute tutelle traditionnelle encombrante, les baby-boomers majoritairement soixante-huitards ont sacrifié leurs enfants. Et ce qui fut détruit (les valeurs) ne sera jamais retrouvé.

D'autres disent : "L’idéologie soixante-huitarde à certes prôné la libération des mœurs, mais plutôt le retour à la nature et à la sobriété", c'est vrai aussi. Il y a aussi des prédateurs qui ont utilisé cette libération des mœurs comme des renards dans le poulailler, ce sont les pervers (mon père) ou des gens cruels (ma mère). Or la perversion est aujourd'hui au cœur du système capitalisme 2.0, c'est visible dans pratiquement toutes les publicités dont nous sommes inondés, impossible d'être comme une autruche dans le déni de ces dernières. Elles diffusent un message qui est pulsionnel et viscéral : "faites tout ce que bon vous semble pourvu que vous ayez du fric pour assouvir toutes vos pulsions, car il n'y a plus de morale et encore moins de traditions ou de régulations". Le néolibéralisme est plutôt une réactivation en XXL des thèses classiques du libéralisme économique telles qu'énoncées dès 1714 par Bernard Mandeville dans La fable des abeilles, et plus tard par Adam Smith dans La richesse des nations. Sous l'influence de Hayek, de Friedman, et de l'École de Chicago, il a vu le jour en réaction au keynésianisme redistributeur, égalitaire, presque socialiste, qui avait été mis en place par Roosevelt sous la forme du New Deal, pour ne pas que se reproduise une crise comme celle de 1929 ; ayant été pleinement opérationnel dans tout l'Occident de 1945 à 1979 ; permettant la constitution d'une classe moyenne puissante, ni pauvre ni riche, ni bourgeoise ni prolétaire, créative et créatrice ; et la prospérité matérielle des Trente Glorieuses. Le néolibéralisme sera mis en œuvre en Occident par Thatcher (1979), puis Reagan (1980) et Mitterrand (1983). On peut dire hélas que le mouvement d'émancipation sociétale de 1968, aura été l'idiot utile de cette mise en œuvre.

Aujourd'hui ce néolibéralisme a pour effet de réactiver un antagonisme de classe qui avait été atténué par le keynésianisme, et nous assistons à la destruction de la classe moyenne.

Friedrich Hayek et Milton friedman, deux grands économistes à l'origine de la réactivation du libéralisme économique sous la forme du néolibéralisme. Leurs idées se diffusèrent progressivement et furent prises en compte par les milieux politiques dans les années 1980, influençant profondément les mouvements conservateurs et libertariens américains. Leurs idées sur le monétarisme, la fiscalité, les privatisations et la dérèglementation ont directement ou indirectement inspiré les politiques économiques de nombreux gouvernements à travers le monde, notamment ceux de Ronald Reagan aux États-Unis, de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, d'Augusto Pinochet au Chili, de Mart Laar en Estonie, de Davíð Oddsson en Islande et de Brian Mulroney au Canada. On pourrait rajouter la France de Mitterrand dès 1983, et plus encore la France de Macron dans la droite lignée de ce mouvement néolibéral qui a plus de 40 ans, la start-up nation en voie d'ubérisation.

La gauche de gouvernement (le PS, puis Macron) misant tout sur le sociétal (qui ne mange pas de pain !) au détriment du social, a trahi ses idéaux, et le peuple le ressent de plus en plus, chaque jour davantage, de 1983 à aujourd'hui - en France. Sous cet aspect-là on peut voir effectivement Mai 68 comme les prémices d'une contre-révolution réactionnaire, au profit des seuls riches et des puissants se cachant derrière l'alibi du sociétal et de la libération des mœurs - visible dans la façon dont ce système se vend à travers la publicité. Ce qui est aujourd'hui tellement patent que cela attise toutes les rancœurs et frustrations populaires, ainsi que la montée de la colère et de phénomènes comme l'apparition du complotisme (on nous aurait menti ?), et la percée de l'extrême droite (les jeunes et les ouvriers) et dans une moindre mesure de l'extrême gauche (le vieux peuple de gauche qui s'est senti floué). On peut le déplorer ou s'en réjouir, mais de tels phénomènes ne surviennent pas par hasard !

mercredi 8 juin 2022

La société des droits de l'Homme et la pitié

 


Quel est le type de sentiment normal d'une mère pour son enfant ? C'est la pitié, avant même l'amour. L'amour c'est avant tout une mise en scène, souvent de la pure comédie sociale mise en place par les femmes pour tempérer les ardeurs masculines. Tout autre type de sentiment que la pitié, comme la cruauté dans le cas de ma mère, notoirement psychanalyste, est le fruit d'un type de femme dégénéré, qui se répand de plus en plus dans la société sous l'influence des néoféministes ou d'intellectuelles, de Beauvoir à Angot, qui considèrent les enfants comme des "paquets" étant une entrave à leur émancipation - alors qu'il s'agit de leur jouissance. Eh bien mesdames, achevez donc votre œuvre, vous êtes en grande partie responsables de ce que Zemmour appelle à juste titre, le suicide français. On pourrait dire, le suicide occidental. Je suis persuadé que ça sent moins mauvais en Russie ou en Chine, voire dans tout le reste du monde, où les femmes ont encore des valeurs traditionnelles et ne sont pas obsédées à l'idée de castrer le mâle.

Merci Bob G., je te prendrais bien comme avocat dans le procès que j'aimerais faire à mes deux parents. On ne met pas un enfant au monde pour l'accabler de sa haine, son irresponsabilité, son incompétence, sa propre incurie. Bon après comme je ne crois pas du tout au libre arbitre je ne peux pas non plus à mon tour complètement les accabler, puisque selon moi personne n'est libre et tout le monde dépend entièrement des circonstances. C'est pour cela d'ailleurs que Marx disait à juste titre que si les circonstances sont déterminantes, il convient de les rendre plus humaines, et que cela devrait être le seul rôle de la société. Mais je trouve anormal que je doive payer pour leurs fautes dont ils se sont déchargés sur moi, comme dans un acte sacrificiel ou l'enfant doit entièrement porter le poids des excès de ses parents. C'est uniquement pour cette raison que je regrette la religion et les notions de sacrifice et de culpabilité qui l'accompagnent, ils auraient peut-être pu y trouver un exutoire à leur cruauté intrinsèque. Peut-être auraient-ils pu détourner cette cruauté vers un autre objet que la créature innocente qui n'avait pas demandé à venir au monde qu'ils avaient enfantée, c'est-à-dire envers eux-mêmes, ou au moins en prendre conscience afin de l'atténuer. Peut-être ? Mais ils ont surtout voulu se décharger de tout sentiment de culpabilité, et surtout pas consentir au moindre sacrifice de leur personne. Alors que leurs parents l'avaient fait pour eux, enfants gâtés qui deviendront parricides, matricides, puis infanticides.

Encore une fois, et là je sais que je vais provoquer ton extrême lassitude, cela me paraît symptomatique de la génération des boomers, mais chez mes deux parents de façon complètement exagérée, paroxystique, voire pathologique. Notons qu'un tel comportement a déjà entraîné le suicide de mon cousin germain à 23 ans en 1990, et je le pense l'autisme de ma demi-sœur que mon père a eu avec une autre femme. Beaucoup de sacrifiés dans ma famille, et ce sont toujours les enfants des boomers. Certains boomers de ma famille qui ont pris au pied de la lettre le slogan de 68, "jouir sans entraves". La religion est juste un garde-fou pour ceux qui ne savent pas penser raisonnablement par eux-mêmes, sans exagération ni cruauté, ou de façon péremptoire et agressive, comme cette Chantal M. et à dire vrai la majorité des gens de nos jours, en paradigme néolibéral et consumériste de guerre de tous contre tous.

Rousseau disait déjà que ce qu'il y a de meilleur en l'Homme est sa capacité d'éprouver de la pitié pour son semblable, à condition d'être mis en situation par la société de pouvoir éprouver cette pitié qui lui est naturelle - c'est pour cette raison qu'il dit que c'est la société qui le rend mauvais alors qu'il est naturellement bon.

Si le mot de pitié peut sembler de nos jours péjoratif, mièvre, on peut très bien le remplacer par des mots qui passent mieux aujourd'hui, comme empathie ou compassion. Mais cela veut dire la même chose dans mon esprit. Nous vivons une époque de cruauté et de cynisme, où dire de quelqu'un qu'il est capable d'éprouver de la pitié et donc qu'il est gentil, veut dire qu'il est idiot. D'ailleurs le terme de pitié est devenu tellement péjoratif qu'il fait honte à celui qui la reçoit, y voyant une forme de mépris inégalitaire et aristocratique, irrespectueux de sa dignité et des droits de l'Homme. Ce qui constitue un comble quand on sait le rôle déterminant qu'a joué Rousseau dans l'élaboration de la société des droits de l'Homme, et le rôle central que joue la pitié dans son œuvre.

Nos contemporains refusent obstinément d'éprouver ce genre de sentiment, et lui préfèrent le terme de résilience (Boris Cyrulnik) servi à toutes les sauces, qui questionne l'individu mais non l'ensemble de la communauté, alors comment la mettre en œuvre dans une société ayant perdu son humanité comme c'est le cas aujourd'hui ? Se centrer uniquement sur l'individu en faisant totalement abstraction du contexte social, c'est le grand reproche que je fais aux psys en général. Les psys tombent finalement dans le même délire individualiste que les néolibéraux pur jus, ou alors ne sont-ils rien d'autre que les idiots utiles du néolibéralisme ?

Non pas donner moins que ce que l'on a reçu, mais pire pour un pervers, n'est pas insoutenable. Un pervers n'a pas de morale. Je ne pense pas que le fait de se regarder dans un miroir lui pose problème. Et puis il n'y a pas que la responsabilité des individus, il y a la responsabilité collective qui est déterminante, dont les psys sont majoritairement dans le déni parce qu'ils estiment, peut-être à juste titre, que ce n'est pas leur rôle. Et si la société devient à son tour entièrement pervertie par les circonstances, peuplée majoritairement d'individus pervers et immatures, alors il n'y a vraiment plus aucune responsabilité individuelle possible, ni aucune forme de bonté, et le rôle des psys devient dorénavant totalement caduc.

Être pervers c'est prendre par derrière, quand on peut prendre par devant par un système d'échange de don et de contre-don. Être pervers c'est enculer autrui, au sens propre et au figuré, c'est baiser son prochain. Une société devient perverse lorsque la norme y devient de baiser son prochain, comme en paradigme néolibéral. Mais à lire Rousseau, peut-être qu'il en a toujours été ainsi depuis la nuit des temps. Le pacte républicain influencé par Rousseau n'a strictement rien arrangé, c'est peut-être cela qui est le plus désolant. Ce pacte a contribué à abolir d'abord avec la loi Le Chapelier dès 1791 toutes les solidarités d'ouvriers, d'artisans, de corporations, puis désormais familiales avec la chasse aux sorcières à l'homme blanc de plus de 50 ans, aux "violents" avec leurs femmes. Loi Le Chapelier qui constitue selon Marx un véritable "coup d'État des bourgeois", ce qui n'a pas empêché le pauvre homme d'être guillotiné en 1794. Aujourd’hui l’objectif des néolibéraux pur jus est de dissoudre la famille, ou ce qu’il en reste, avec l’aide de leurs idiots utiles d’extrême gauche, néoféministes, anti-patriarcaux, le dernier socle à abolir afin de rendre la société en voie d’ubérisation, entièrement fluide et nomade.

Je crois que j'ai moi-même un côté pervers assez prononcé, en plus petit que mes parents et sans l'accord de la société dans le contexte actuel, mais beaucoup plus nocif pour moi-même - puisque ma femme m'a rejeté. Car mes parents sont malheureusement deux très grands pervers, mais qui arrivent à se décharger de leurs pulsions négatives vers l'extérieur. Et on ne devient pas pervers, on le reste, c’est une carence de l’évolution normale vers l'âge adulte. Mon père est authentique pervers de naissance, c'est une expression (car en réalité ses propres circonstances familiales ont joué un rôle déterminant), et ma mère a été pervertie par son milieu d'adoption (la bourgeoisie parisienne "sympa" post soixante-huitarde), elle s’est amoindrie par rapport à son milieu d’origine alors qu’elle a cru en sortir plus grande, à cause de l’énorme complexe lié à sa petite taille. Enfin mon père a des circonstances atténuantes, c'est un authentique "pervers de naissance" couvé et même encouragé par son milieu, mais ma mère s'est laissé pervertir par son milieu d'adoption, c'est bien plus grave car elle provenait d'un environnement sain. Cependant elle était la petite poupée précieuse préférée de son papa. Toute la perversion de mon milieu familial s'est entièrement retournée contre moi.

Red Rocket

 


 

Maverick avec Tom Cruise c'est du pipeau, de la propagande à destination des militants néolibéraux qui veulent croire en leurs mensonges ou des gogos décérébrés encore bien plus nombreux. C'est à l'autre visage de l'Amérique, beaucoup plus sincère, juste et extrêmement rare celui-là au cinéma, dans un pays où environ 1 million de personnes tous les ans, voire plus, se laissent mourir à l'aide souvent de médicaments ou de drogue et d'alcool, victimes de désespoir, de solitude, de détresse sociale, que ce film tente avec succès de rendre justice. Le regard de Tom Cruise même dans ses meilleurs films reste un regard autocentré, alors que Red Rocket échappe selon moi à ce piège. L'auteur y est sensible à l'altérité, au tout autre au sein même de la banalité du quotidien défavorisé des zones périurbaines, industrielles et commerciales déshumanisées. Ces sans-voix, ces "gitans" qui n'ont pas de chez-soi, que l'on ne voit pas parce qu'ils font partie du décor et que l'on s'est habitué. C'est mon point de vue.

Un pays pourtant merveilleux de par ses paysages et en même temps à chier de par son système où tout passe par le fric, une vitrine néolibérale pour le monde absolument à chier, mais où des gens qui représentent les intérêts d'une infime minorité sont payés très chers pour faire de la propagande pour un mode de vie dépourvu d'empathie envers autrui qui écrase les plus fragiles. Environ 99,9% de la production cinématographique des États-Unis repose sur le mensonge, le déni de la réalité, ou alors sur la seule vérité des nantis, c'est-à-dire des plus cruels dépourvus de la moindre pitié. En France nous ne faisons guère mieux et nous sombrons souvent dans la gaudriole ou l'ironie bouffonne typiquement bobo, à peine moins cruelles et dépourvues de toute forme de sincérité. Un tel regard c'est quand même rare, c'est l'exception. Mais ça arrive de temps en temps. Le cinéma mainstream américain présente quand même exclusivement la vérité des nantis qui est le mensonge des pauvres, d’où notamment un phénomène comme le complotisme qui émerge de plus en plus : "on nous aurait menti !" Quant au cinéma mainstream français, il est tout aussi dégoulinant de bons sentiments qui ne mangent pas de pain.

Ce film a le mérite de nous mettre en situation d'empathie sans tomber dans la mièvrerie. Ce n'est pas non plus du Ken Loach, moins militant, mais c'est un autre regard empli de compassion pour son semblable, où personne n'est foncièrement mauvais mais est le jouet de circonstances souvent tragiques, enrobé dans un type d'humour qui est bien la politesse du désespoir. Car si ce film ne jouait pas cette carte, celle d'en rire, il sombrerait très vite dans le glauque insoutenable. On peut dire que nous sommes dans la tragi-comédie.

Enfin un très bon et très élégant film américain qui fait preuve d'un autre regard sans tomber dans le pathos misérabiliste, trop rare pour ne pas être souligné !

mardi 24 mai 2022

Sur l'absence d'humanité des sociétés modernes

 


 "La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste."

Karl Marx, Manifeste du PC.

Ah "les eaux glacées du calcul égoïste" ! C'est avec ça que le socialisme d'Orwell ou de Michéa se proposent d'en finir avec la réhabilitation d'une notion qui vient du peuple et qu'ils nomment décence commune, et qui peut très bien avoir des racines religieuses ou autres. L'aristocratie me paraissait bien plus proche du peuple sur le plan des valeurs que cette sinistre engeance qui a pour nom bourgeoisie.

Mais quand en finira-t-on avec cette maudite classe sociale ? Combien de temps encore à subir cette oppression larvée qui ne veut pas dire son nom et se cache derrière le prétexte des droits de l'Homme ?

À ceux qui se prétendent marxiens sur la toile...

Tout ne se réduit pas à la littérature. Le suicide est la première cause de mortalité dans le monde. Comme il est hors de question pour la société de rendre les circonstances plus humaines car cela remettrait en cause les privilèges d'une infime minorité de possédants (j'appelle possédants ceux qui possèdent l'appareil de production, les médias, qui contrôlent l'opinion), c'est-à-dire de se réformer en profondeur, au moins qu'elle laisse aux gens qu'elle a rendu malades et inaptes, une porte de sortie digne qui soit reconnue comme un droit de l'Homme. Ni plus, ni moins.

Toi jeune homme qui te prétend marxien, n'oublie que la littérature c'est la superstructure et que l'infrastructure ce sont les rapports de classe. Bref que la littérature, c'est l'idéologie, et l'idéologie bourgeoise qui plus est, tout comme l'économie. La littérature le plus souvent, tout comme l'économie, ne sert qu'à opprimer les classes les plus laborieuses. La littérature n'est pas un jeu innocent et gratuit. Rien n'est gratuit, rien n'est innocent, et même personne n'est innocent. La lecture est un luxe que ne peuvent s'offrir que les classes non oppimées, ces dernières sont occupées à travailler dur pour leur subsistance. Tout comme Nietzsche, je préfère encore l'aristocratie qui était cash et mettait carte sur table, à cette classe hypocrite et sournoise que l'on appelle bourgeoisie ; qui vole le travail intellectuel aux classes laborieuses pour lui laisser le travail manuel ; qui vole les beaux métiers bien payés, pour lui laisser les métiers dégradants, mal payés, et le statut de quasi-esclaves. Et tout cela de façon hypocrite et perverse, à la différence de l'aristocratie. L'honnêteté intellectuelle de Nietzsche, sa probité, se situe là.

Sur le suicide... et afin de le rendre plus humain.

Le suicide médicalement assisté devrait être légalisé en France, sans discrimination de sexe, d'âge, de couleur de peau ; car les gens sont dorénavant suffisamment intelligents, grâce à l'École, pour savoir à quel point ils se sont fait baiser par les circonstances afin de déterminer si ça vaut la peine de continuer ou non.

Comme le dit Heidegger dans une vie où tout est désormais calcul, où la pensée est devenue exclusivement calculante, où les gens sont devenus calculateurs et pervers par adaptation aux nouvelles normes sociales en rupture totale avec toute forme de tradition et d'honneur, on devrait avoir ce droit de l'Homme de se supprimer librement, le plus humainement possible et dans la dignité, si le calcul montre que les circonstances vous ont fait être déficitaire, c'est-à-dire souffrant, malade, donc une charge pour la cohésion sociale.

Puisque la société n'est pas décidée à rendre les circonstances qui sont déterminantes, plus humaines, grâce à l'École notamment dont cela aurait dû être le rôle alors que par effet pervers elle les aggrave, au moins qu'elle laisse humainement une porte de sortie à ceux que Nietzsche appelait les "faibles et les ratés".

Bref, dans la société des droits de l'Homme, le suicide devrait être un droit de l'Homme. Dans ce qui pourrait être des centres d'euthanasie ou grâce à des machines à euthanasie. Alors qu'aujourd'hui on doit toujours se suicider dans la clandestinité, dans des conditions souvent épouvantables pouvant vous laisser handicapé à vie, bien que cela concerne une dizaine de milliers de personnes par an, soit environ 30 suicides par jour, soit un peu plus d'un par heure rien qu'en France. Un toutes les quarante secondes dans le monde. C'est une atteinte insupportable aux droits humains.

Le dernier tabou de nos sociétés occidentales vérolées doit être levé pour des questions d'humanité, mais aussi de salubrité publique.

Juan Branco contre les ripoux de la Ripoublique



La décence commune populaire contre les intérêts communs de la caste des nantis.

Sans vouloir faire de glose philosophique, j'ai connu de vrais chrétiens qui avaient le cœur sur la main : mes grands-parents, qui étaient des gens très simples et sans aucune culture livresque, que l'on pourrait appeler la culture bourgeoise. Le lien communautaire était très fort et rattaché aussi à la culture bretonne ancestrale, langue bretonne qu'ils parlaient. Je crois que les philosophes des Lumières avaient sous les yeux toutes ces communautés et qu'ils voulaient les perfectionner, les unifier, pour faire un seul peuple, une République une et indivisible, alors qu'avant la Révolution il y avait des peuples en France. Ils n'auraient jamais pu imaginer que tout lien communautaire pourrait disparaître sous l'action du progrès (Heidegger et Arendt) et d'une idéologie néolibérale pure et dure - que Marx appelait les robinsonnades du libéralisme.

Ce qui résiste ce ne sont pas des individus isolés mais des groupements d'individus ayant des intérêts communs. Je pense qu'aujourd'hui on trouve ces groupements d'individus au sein des élites et que les peuples ont été dissous sous l'action de l'individualisme et du matérialisme de la bourgeoisie en Occident. Tous les idéaux des Lumières sur l'intérêt général me semblent aujourd'hui lettre morte car il n'y a plus de communauté mais uniquement des individus consuméristes. Quant à ma névrose qui est entièrement liée au lien pathologique que j'ai avec mes géniteurs, sans vouloir parler de la folie de mon père, Robert B., je crois que ma mère, Colette B., a réussi le grand saut de sa communauté d'origine vers ces groupements élitistes d'individus aux intérêts communs dont je parlais au début. D'un point de vue nietzschéen elle est restée saine, elle a infiniment gagné en cruauté en passant d'un syncrétisme catholique saupoudré de paganisme breton, très simple et égalitaire, à la psychanalyse, très compliquée, hiérarchisée, tarabiscotée pour de si maigres résultats sur les patients en général, et vaste pompe à fric complexe, qui soigne éventuellement les individus mais ne répare jamais les communautés, encore moins les âmes, voire les abîme encore plus en ne s'en souciant pas.

Pour réaliser sa métamorphose qu'elle a très bien réussi, elle m'a sacrifié, par indifférence ou cruauté, je ne sais pas. Elle est bien plus saine que moi, très sociable mais pratiquant l'entre-soi bobo des grandes métropoles, et me survivra sans doute. Je ne pense pas que cette victoire, ce triomphe des élites aux intérêts communs coupées des peuples corrompus par le matérialisme et l'individualisme, est voué à perdurer, et suis très pessimiste sur l'avenir.

La République est malade depuis se origines bourgeoises.

Oui la République n'est plus la République, car la République c'est le pouvoir du peuple par le peuple pour l'intérêt du peuple et pas d'une caste de nantis : Juan Branco parle assez courageusement de cette dérive quoique l'on puisse par ailleurs penser du personnage aux postures de Che Guevara. Quant à la laïcité ok, mais moi par mon histoire personnelle je n'ai connu des gens sains et altruistes que chez les Bretons bretonnants chrétiens très simples et sans aucune culture livresque et bourgeoise, dans mon enfance. Plus tard à l'Université chez des gens qui n'avaient pas tout à fait renoncé à leurs racines catholiques. La France républicaine aurait dû faire le lien entre ses racines et son projet, elle a préféré trancher dans le vif avec une violence inouïe concernant ses racines, alors qu'elle fait preuve de tant de complaisance pour l'islam. C'est à la fois paradoxal et étonnant, c'est quasiment du sadomasochisme.

Les contre-pouvoirs et les garde-fous (les fous étant ceux qui nous dirigent).

Le pouvoir a une crainte, c'est le (contre -) pouvoir de nuisance des réseaux sociaux qui ont notamment fait émerger les gilets jaunes. Mais enfin encore faudrait-il que ces réseaux s'organisent et se coordonnent. Cependant Castex a fait allusion à cette crainte dans son allocution pour l'investiture d'Élisabeth Borne, il a parlé de ces millions de Français qui ne s'expriment pas sur les réseaux sociaux en les louant. La fameuse majorité silencieuse dont le pouvoir entend bien qu'elle reste silencieuse et vote comme on lui dit de voter.

Il ne faut pas confondre gauche de gouvernement avec socialisme.

Le socialisme n'a jamais existé en France. C'est du vent ! Il n'y a pas d'École en France, il y a des écoles qui varient selon les quartiers. La gauche de gouvernement n'a jamais été socialiste. Tout le reste n'est que du saupoudrage pour maintenir la paix sociale. Je ne nie pas qu'il y ait eu le CNR, et le seul homme ayant été un tant soit peu socialiste à mes yeux, me paraît être de Gaulle. On ne doit pas se contenter des miettes qui tombent de la table du festin des nantis. Le véritable socialisme n'a rien à voir avec ça !

On aurait pu passer du christianisme au socialisme sans rupture radicale, en conservant certaines valeurs. Dire que le socialisme est dans la continuité du christianisme est de la théorie, car le socialisme n'a jamais eu lieu nulle part et certainement pas en URSS ou en Chine. Dans la réalité la République française a tranché radicalement avec ses racines chrétiennes, sans aucunement rallier l'idéal communautaire socialiste, qu'il s'agisse d'ailleurs de la droite ou de la gauche de gouvernement. N'oublions pas que c'est une gauche de gouvernement républicaine qui a écrasé la Commune de Paris.

Les prestations sociales profitent aujourd'hui surtout aux populations immigrées majoritairement d'origine musulmane, ainsi que les logements sociaux. C'est une réalité malheureusement. La classe moyenne avec ses valeurs consuméristes et mercantiles par mimétisme avec celles de la bourgeoisie, a malheureusement beaucoup contribué à la destruction du peuple dont elle est entièrement issue - avant la Révolution on aurait pu dire, les peuples de France. Il n'y a que le peuple qui puisse faire des enfants et les élever avec amour, sans vénalité et esprit de manipulation. La France n'avait pas vocation à devenir un hôtel pour migrants, mais elle l'est devenue par corruption de la population d'origine.

Marx, économiste de génie et naïf impénitent.

Marx avait prédit que le socialisme serait l'avènement du paradis sur Terre, un genre de parousie dans la droite lignée du christianisme, mais ici et maintenant. Nous en étions très loin, même en URSS entre 1917 et 1939. Ou alors Marx s'est totalement fourvoyé, économiste de génie mais complètement naïf sur la nature humaine. Je penche pour la seconde option, et la nature humaine ne s'arrange pas avec le cynisme made in USA véhiculé par tous les médias.

mercredi 11 mai 2022

ROUSSEAU ET NIETZSCHE, ou pourquoi notre société est bien plus nietzschéenne que rousseauiste ?

 


"Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu’on les aide encore à disparaître ! Qu’est-ce qui est le plus nuisible que n’importe quel vice ? La pitié active pour les ratés et les faibles : le christianisme" (L’antéchrist)

"Périssent les faibles et les ratés", c'est typiquement du Nietzsche. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une lecture tronquée, Nietzsche est cruel. Beaucoup trouvent dans cette cruauté un exutoire. Plus on monte dans l'échelle sociale plus les gens sont cruels, ce que Nietzsche appelle l'air des cimes pour échapper aux mauvaises odeurs du populo. Nietzsche revendique une morale aristocratique ne s'encombrant pas de moraline. Je pense qu'il a un assez mauvais fond, plutôt que de vouloir changer la société il recommande d'accepter le monde tel qu'il est, et aux victimes de se suicider plutôt que de contaminer par leur négativité le reste de la communauté.

Nietzsche se veut juste mais pas justicier, aussi juste que peut l'être la vie, ni plus ni moins, et la vie est cruelle. Il veut accompagner le mouvement de la vie contre toute forme de ressentiment et propose une morale pour les forts.

Les nazis pangermanistes ont fait une mésinterprétation dans la mesure où il disait que les Juifs avaient vocation à devenir les guides et les maîtres de l'Europe. Les nazis et les fascistes ne peuvent se revendiquer de lui, car finalement c'est bien le ressentiment contre ce qui est supérieur qui les animait.

C'est dans Aurore qu'il dit que les Juifs ont vocation à devenir les guides et les maîtres de l'Europe, mais qu'ils ne devront pas faire honte à ceux qu'ils seront amenés à dominer... ou alors gare au retour du bâton !

Nietzsche vomissait Rousseau qu'il comparait à un malade, et adorait Voltaire pour son esprit. Nietzsche vomissait aussi les socialistes donc par voie de conséquence Marx, mais je ne crois pas qu'il le cite dans son oeuvre. Et enfin il vomissait les antisémites et les pangermanistes. Il n'avait d'égards que pour ce qui lui apparaissait comme supérieur.

La supériorité des Juifs n'est pas un complot comme voulait le faire croire Le protocole des sages de Sion, qui de notoriété publique est un faux, car c'est dans leur nature de dominer le reste de l'Occident auquel ils appartiennent. Autrement dit cette domination est naturelle, et n'a rien d'artificielle comme pourrait l'être un complot - alors que les nazis étaient parvenus au pouvoir en complotant.

Comme les Juifs ne partagent pas, tout comme les nobles ne partageaient pas avec le peuple, pour se consoler il faut bien se dire aussi qu'il y a eu d'autres époques, et qu'ils n'ont pas toujours eu et n'auront peut-être pas toujours vocation à dominer le reste de l'Occident. De plus leur domination ne concerne que l'Occident et pas les grandes puissances que sont la Chine, la Russie ou l'Inde. 

Cependant l'Occident est complètement mité de l'intérieur, il n'y a qu'à voir les élections en France avec trois blocs complètement hétérogènes. Je fais bien plus confiance à des empires cohérents, comme la Chine, l'Inde, ou même la Russie. Poutine a bien raison d'avancer ses pions face aux décadents déchirés que nous sommes. Je ne crois pas du tout en l'avenir de l'Occident. Plus tôt s'effondreront les États-Unis dont nous sommes les valets soumis, le mieux ce sera pour tout le monde. L'Occident ne représente que les intérêts d'une infime minorité et pas celui des peuples. La société occidentale ne laisse que très peu de choix, c'est dominer pour une infime minorité, accepter d'être dominé avec bonne humeur pour la très grosse majorité, ou alors sombrer dans le désespoir pour les dépressifs.

Ce qui est sain pour Nietzsche est de nature aristocratique, et ce qui est malade est dénaturé par le christianisme et ses avatars modernes comme le socialisme ou l'antisémitisme, pétris de ressentiment pour ce qui est supérieur - comme aujourd'hui l'islamo-gauchisme ou l'antisionisme, bref le mélenchonisme.

Ce sont les faibles qui selon Nietzsche appellent méchants ceux qui leur semblent supérieurs, par ressentiment. À la distinction gentils/méchants, Nietzsche propose de substituer la différence entre mauvais (ceux pétris de ressentiment)/bons. Les bons pour Nietzsche sont ceux qui sont le plus conformes à la nature humaine et à l'acceptation de sa cruauté intrinsèque. Pour Nietzsche les antisémites sont mauvais, les Juifs sont bons, et ces derniers apparaissent comme méchants aux yeux des faibles qui parfois s'emparent du pouvoir pour les combattre comme les nazis. Ou comme aujourd'hui tentent de s'emparer du pouvoir des franges antisémites du spectre politique de l'extrême gauche à l'extrême droite. Les méchants c'est-à-dire en réalité les bons, sont sains, ne sont pas malades. Cruauté sociale que ne supportait pas un Rousseau par exemple, en raison de son histoire personnelle ; alors que Voltaire s'en accommodait fort bien grâce à son grand esprit. L'esprit c'est une forme de cruauté qui s'exerce par la parole que maîtrisent très bien ceux qui se réclament des Juifs d'affirmation comme BHL, c'était le passe-temps favori de l'aristocratie française.

Tout groupement humain fait généralement preuve de cruauté pour ce qui sort du lot : là c'est encore un autre problème que l'aristocratie. Rousseau rêvait juste d'une société sans classes, avec un peu moins de mépris, un peu moins de haine, plus de justice, moins d'inégalités ; il se voulait l'avorteur du capitalisme naissant, dont il avait l'intuition qu'il se développerait dans la négation des valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité. Apparemment ce n'est pas conforme à la nature humaine ! Se voulant justicier, il est peut-être finalement moins juste que Nietzsche. La vérité est cruelle !

Céline appartient évidemment à la catégorie de ceux pensant combattre les méchants, comme tout anarchiste de droite (on pense aussi à Eastwood ou Gibson), alors qu'ils combattent les bons.

Dans cette perspective-là, on peut dire que ma mère est une femme méchante, et elle s'en enorgueillit comme s'il s'agissait du contraire d’un vice, d’une vertu, alors que dans le cas d'une femme et a fortiori d'une mère, c'est une complète dénaturation. Ma mère est un pauvre type, un type dégénéré.

vendredi 29 avril 2022

La France a-t-elle un avenir ?


 

Et si, malheureusement si, je persiste et signe, les baby-boomers ont détruit la France et même l'ensemble du monde occidental, regardez le résultat ! Il est édifiant et incontestable ! Aujourd'hui ils votent massivement pour Macron pour préserver leurs acquis et privilèges comme jadis ils ont voté Mitterrand pour les obtenir. Leur slogan est "après moi le déluge !", tel Attila l'herbe ne repousse pas après leur passage. Leur égoïsme, vénalité, appétit de jouissance ("jouir sans entraves"), leur absence totale de toute forme de culpabilité vis-à-vis de la génération de leurs enfants qu'ils n'ont pas hésité à sacrifier en ne leur transmettant absolument rien, fait que l'Occident est totalement ruiné spirituellement sans doute avant de l'être matériellement. Je ne dis pas qu’ils sont responsables, ni même encore moins coupables, car je ne crois pas au libre-arbitre, mais ils ont poussé le vice jusqu’à s’interdire les sentiments vus comme niais et réactionnaires qu’ils auraient pu éprouver pour leurs enfants, au profit d’une quête de jouissance militante et soi-disant révolutionnaire. Or ce "nouveau monde", fait de jouissance sexuelle enfin libérée afin d’anéantir la frustration et la culpabilité soi-disant d’origine chrétienne évidemment, accusée de tous les maux, n’est jamais advenu. Et aujourd’hui Macron voudrait le faire advenir par le règne de l’argent. Toute une cohorte de victimes éparses, multiples, nombreuses, souvent jeunes ou moins jeunes (tous ceux nés à partir de la fin des années 60), jonche le parcours macabre de cette génération qui avait cru s’émanciper d’abord par la politique (années 60/70), puis par le sexe (années 70), enfin par l’argent (années 80/90). On peut dire qu’à peu près tous les phénomènes, politiques, sociologiques, médiatiques, migratoires, géostratégiques, de mode… des années 60 jusqu’à aujourd’hui, suivent l’ontogenèse de cette génération dorée, et en même temps fatale pour l’avenir de l’humanité occidentale.

Les médias sont la voix de cette génération dont jadis ils avaient exalté la "révolution", alors qu’aujourd’hui ils fustigent la révolte des gilets jaunes, des complotistes, des gueux ! S'il y a un complot c'est bien celui des baby-boomers, mais il est inconscient, ou alors, il est même peut-être une construction de la psychanalyse que l'on a bien trop largement surévaluée par rapport à ses très maigres, voire paradoxaux résultats - en aggravant le mal initial.

La guerre est aux portes de l'Europe, tandis qu'à l'intérieur une forme de guerre civile larvée fait rage. Je suis désolé de vous dire que Pasolini l'avait prédit dès Mai 68, dont il avait anticipé les abus : "Doucement, le temps d’Hitler revient", ou encore "Je vous hais chers étudiants", ou encore "Lorsque hier, […] vous vous êtes battus avec les policiers, moi je sympathisais avec les policiers. Car les policiers sont fils de pauvres. Ils viennent de sous-utopies, paysannes ou urbaines.", quoiqu'aujourd'hui la majorité des policiers ne soient plus fils de pauvres, que personnellement je ne sympathiserais pas avec cette sinistre engeance dont la motivation est souvent d’exercer la violence légitime (donc en toute impunité et même récompensée), et que ces sous-utopies n’existent plus.

À peu près toutes les prophéties de mauvais augure de Pasolini et même de Heidegger, aujourd’hui se réalisent.

Je ne parle pas des sans-voix, des humbles et des miséreux, je parle de ceux qui avaient une voix pour la faire entendre, qui se sont fait entendre au-delà de toute commune mesure et de toute décence commune, étant effectivement issus de la bourgeoisie à laquelle s'est agrégée toute une classe moyenne alors en voie de construction, aujourd'hui en voie de destruction. La notion de classe moyenne (on pense à tous les films de la troupe du Splendid emblématiques de ce phénomène) est une singularité typiquement baby-boomer, qui ne lui survivra peut-être pas.

Cette génération, en participant à la réalisation culturelle de cette classe atypique, ni vraiment populaire ni non plus entièrement bourgeoise et encore moins aristocratique, qu'est la classe moyenne prospère étant aussi matériellement le fruit des Trente Glorieuses, avait presque réussi l'émancipation, donc le dépassement de la lutte des classes par un excès structurel de générosité lié à la reconstruction de l’après-guerre. Sauf que cette construction culturelle, ce mieux-disant matériel, les baby-boomers l'emporteront dans la tombe par égoïsme, vénalité, appétit de jouissance ("jouir sans entraves"), absence totale de toute forme de culpabilité vis-à-vis de la génération de leurs enfants qu'ils n'ont pas hésité à sacrifier en ne lui transmettant absolument rien.

Cela aurait pu se faire sans violence, je veux dire le changement, l’émancipation et le dépassement de la lutte des classes. Désormais la violence et un genre de guerre civile larvée semblent inévitables, d'autant plus que les Russes se mêlent à la bataille idéologique. Quant à la classe dominante, elle a même perdu le verni aristocratique qui pouvait la rendre désirable, elle est devenue vulgaire et people de manière abjecte.

Les baby-boumeuses n'avaient surtout qu'un seul souhait : avorter en masse pour ne pas s'encombrer de ces entraves à la jouissance, ces peines à jouir, ces "paquets" (de merde) comme le dit Angot, que sont les enfants. Il y a beaucoup d'"avortés vivants" parmi ceux qui appartiennent aux générations qui viennent après. Beaucoup de sacrifiés, ce que ne fut pas structurellement la génération des baby-boomers, car alors il s'agissait de reconstruire et non de jouir (sans entraves). Donc "stérilisation des baby-boomers" ? Au sein d'un monde devenu à peu près stérile, finalement c'est presque ça ! Spirituellement ils ont globalement été totalement stériles alors qu'ils avaient toutes les cartes en main, dommage ! Quelle occasion manquée d'émanciper, non pas seulement une génération bénie par les circonstances, mais l'humanité entière, tous âges, races, et sexes, confondus. Résultat, même un pays comme la France ne s'est pas émancipé, mais juste une génération au sein de ce pays, une génération qui vote massivement pour Macron ! Nous vivons un véritable retour en arrière social avec des avancées sociétales phénoménales, ça ne mange pas de pain ! Maintenant ce qui est marrant (c'est une expression car personnellement je ris jaune !), alors que désormais tout est sur le point de s'achever pour cette génération qui ne veut cependant pas en démordre, c'est sa susceptibilité à fleur de peau. Vraiment, eux qui réclamaient le droit de ne plus jamais culpabiliser pour rien auraient-ils l'ombre d'un remords ?

Il n’y a plus un excès structurel de générosité, mais un déficit. Et ce déficit implique la recherche de boucs émissaires, de futurs sacrifiés. De même comparée à l’effervescence culturelle, intellectuelle, artistique des années 60/70/début des années 80, la scène contemporaine ressemble à un vaste champ de ruine stérile qui augure très mal de l’avenir. Onfray, Finkielkraut, Houellebecq, Michéa, Dufour… sont les arbres qui cachent la forêt du grand vide, du néant. L’excès s’est transformé en déficit, car n’y a eu aucune continuité, transmission. L’École a failli, la responsabilité des élites de gauche ou de droite, encore plus que celle des baby-boomers que l’on ne peut pas globaliser en une seule entité, est énorme. C'est désormais un jeu d'échecs entre le peuple et les élites, où ces dernières qui ne veulent rien céder sur leurs privilèges et sentant bien que la situation peut basculer à tout moment, ont consenti à la destruction des grands partis traditionnels ayant successivement trahi leurs électeurs pour imposer Macron, cet OVNI idéologique fait de bric et de broc.

dimanche 24 avril 2022

L'héritage de Freud

Freud disait de la philosophie qu'elle constituait une paranoïa réussie, en ceci qu'elle s'érige en système tentant de comporter le moins de failles possibles, voire se voulant exempt de toute faille. Le point ultime de cette "paranoïa" réussie, a je pense été atteint par Kant : c'est le système "parfait" tout comme un surfeur peut parler de la vague parfaite. En même temps Freud entre exactement dans le même travers, sa "science" ou pseudo science, voulait absolument tout expliquer et englober tout ce qui l'avait précédée. Il se voulait scientifique, alors qu'il n'était qu'un scientiste avec une vision philosophique du monde, axée sur son expérience personnelle, son être-là, qu'il s'est finalement contenté d'universaliser. D'ailleurs s'il avait été un pur scientifique, comme le dit Heidegger il n'aurait tout simplement pas pensé. Cependant je considère que toute la pensée de Freud se trouve discréditée par cette revendication de la caution scientifique, il s'est fourvoyé et d'une certaine façon il nous trompe sur sa marchandise. Oui comme Onfray je n'aime pas beaucoup Freud, et encore moins ce que nos contemporains ont fait de l'héritage de Freud.

Je n'ai pas dit que Freud était un charlatan, mais selon sa définition il est lui-même un paranoïaque avec une conception sans failles du monde, voire un rien totalisante. Il voulait tout contrôler. De toute façon on ne peut rien dire car il y a des intérêts financiers énormes en jeu, et pas seulement des intérêts qui font vivre des dizaines de milliers de gens qui ne crachent pas dans la soupe, mais aussi une certaine conception de l'ordre social qui doit régner dans le monde grâce au rôle régulateur des psys. Mais bon, globalement, la discipline psy étant une vaste pompe à fric permettant de vivre très grassement, qui fonctionne plutôt bien, en remplacement de la religion, mieux vaut s'écraser piteusement. Quant à savoir si cela peut faire plus de bien que l'ordre ancien reposant sur la coutume et la croyance, pour ma part je préfère laisser mon jugement en suspens ; même si je ne me fais aucune illusion sur la science et le progrès, n'idéalisons pas le passé comme on dit - ça fait le lit de l'extrême-droite.

Même s'il était un charlatan, il y a désormais trop d'intérêts en jeu pour qu'on puisse s'en prendre à cette discipline. On l'a vu avec la polémique Onfray. L'héritage de Freud est exorbitant et irrévocable.

"Une femme tombée entre les mains des psychanalystes devient définitivement impropre à tout usage, je l’ai maintes fois constaté. Ce phénomène ne doit pas être considéré comme un effet secondaire de la psychanalyse, mais bel et bien comme son but principal. Sous couvert de reconstruction du moi, les psychanalystes procèdent en réalité à une scandaleuse destruction de l’être humain. Innocence, générosité, pureté… tout cela est rapidement broyé entre leurs mains grossières. Les psychanalystes, grassement rémunérés, prétentieux et stupides, anéantissent définitivement chez leurs soi-disant patientes toute aptitude à l’amour, aussi bien mental que physique ; ils se comportent en fait en véritables ennemis de l’humanité. Impitoyable école d’égoïsme, la psychanalyse s’attaque avec le plus grand cynisme à de braves filles un peu paumées pour les transformer en d’ignobles pétasses, d’un égocentrisme délirant, qui ne peuvent plus susciter qu’un légitime dégoût. Il ne faut accorder aucune confiance, en aucun cas, à une femme passée entre les mains des psychanalystes. Mesquinerie, égoïsme, sottise arrogante, absence complète de sens moral, incapacité chronique d’aimer : voilà le portrait exhaustif d’une femme analysée." Houellebecq, Extension du domaine de la lutte.


Nous sommes tous en danger !

 


Mais n'oublions pas ces deux grands philosophes du soupçon que sont Schopenhauer et Nietzsche, penseurs de l'absurde, le premier en en tirant une philosophie pessimiste, figée dans son absence d'issue, comme le personnage misanthrope qu'il était, préférant à la compagnie des Hommes celle des chiens plus nobles. Le second en faisant la source d'une philosophie du foisonnement interprétatif aux mille lignes de fuite deleuziennes, en tout cas reprises par ce dernier. Ces deux-là, les deux premiers évoqués, ont grandement influencé Freud qui en a tiré un business lucratif, indémodable, comme le montre la série actuellement en vogue sur Arte. Et n'oublions pas non plus le plus grand penseur de la technique qu'est Heidegger, qui nous éclaire tant sur le temps présent qu'il a défini en concepts, mais qui est là, ce monde de la technique, devant nous comme le nez au milieu de la figure, d'une effroyable évidence dans toute sa laideur esthétique et sa violence intrinsèque, inévitable comme un destin ! Comme le disait Arendt, le progrès se fait derrière le dos des Hommes en chair et en os.

Quant à la matière et l'esprit, nulle prééminence de l'un(e) sur l'autre. L’Occident avance par destruction créatrice, là où les sagesses orientales sont soucieuses de respecter l'équilibre entre les contraires : jeunes/vieux, femmes/hommes, riches/pauvres, modernité/traditions, beau/laid, famille/individu, matière/esprit... La culture de l'Occident en est une du conflit permanent, du remplacement sans fin de l'ancien par la nouveauté. Celle de l'Orient qui va heureusement nous supplanter, en est une du compromis, de l'accumulation des couches successives sans en détruire une seule. Car seulement le conflit résolu permet d'accéder à la sérénité... Tout le contraire du néolibéralisme et de la modernité occidentale... et de toute sa philosophie depuis ses origines grecques en général !

Il n'y a jamais eu de sagesse en Occident, le terme de "philosophie" est lui-même une forme d'escroquerie intellectuelle, il y a juste de l'intellectualisme, c'est-à-dire de la spéculation intellectuelle. À cet égard la pensée de Comte-Sponville, qui tente de faire le lien entre sa pensée avec une forme de sagesse zen, voire l'expérience mystique, présente un certain intérêt, pour y trouver une forme de consolation par temps de crise perpétuelle, à la manière d'un Schopenhauer qui lui la trouvait exclusivement dans l'art. On pourrait juste rajouter que la crise actuelle, perpétuelle et exacerbée, est causée par le capitalisme, générateur depuis ses origines de soubresauts en cascades. Le capitalisme est l'anti-sagesse par excellence, une machine à produire du malheur, de la misère, des guerres en séries, du conflit entre les contraires. Quand on pense que des libéraux (souvent d'origine anglo-saxonne et obsédés par l'argent) qui s'autoproclamaient au sens propre, "philosophes", donc amoureux de la sagesse, sont à l'origine de ce merdier sans fond ! Ce qu'il y a eu de plus mauvais dans toute l'histoire de la philosophie (surtout Mandeville et Smith !), semble malheureusement l'avoir emporté haut la main pour régenter notre présent...

Ça me fait penser à Salamé demandant à Macron, "croyez-vous en les forces de l'esprit ?", et ce dernier après avoir affirmé qu'il préférait Hugo à Céline (évidemment enfin !) dans un bel esprit de consensus... de répondre "oui". Cela m'a laissé rêveur ! Il coche vraiment toutes les cases du politiquement correct le plus caricatural. Tout dans sa manière d'être suinte la bobo attitude la plus triviale. Le choix par Salamé de ces deux écrivains emblématiques ne devait évidemment rien au hasard, elle lui servait sur un plateau l'occasion d'exprimer son progressisme. Mais s'était-il seulement imprégné d'Hugo et de Céline suffisamment pour les sentir, en avait-il eu le temps et les moyens, voire l'intérêt, et fallait-il les opposer comme deux conceptions diamétralement antagonistes, l'une noble et l'autre crapuleuse ? Personnellement je ne le pense pas. C'est peut-être la même vision, le même esprit, mais à deux moments diamétralement opposés de notre Histoire, l'un empli d'espoir dans le progrès, l'autre désenchanté par son résultat... La guerre, bref toute l'horreur décuplée par l'action de la technique (donc du progrès) dont peut être capable l'humanité, étant passée par là... Macron indécrottable progressiste ? Non vraiment il n'a rien compris au film !

Seulement voilà, le progressisme de Macron est de nature violente et intrusive, autoritaire, et le personnage est bien plus inquiétant que Le Pen, comme l'a montré d'ailleurs le débat. C'est certain que ça a de quoi déboussoler sérieusement... Surtout la génération des baby-boomers, sympa au demeurant, pour qui tout fut bien plus facile et qui vote très massivement Macron !

La plupart des petits villages ne sont surtout plus que l'ombre d'eux-mêmes, ils ont perdu leur âme, ce qui faisait qu'ils étaient vivants. Les gens y formaient une communauté qui a disparu. Chacun désormais chez soi dans son petit confort. Plus du tout ou alors très peu de valeurs pour réunir. Je crois vraiment que c'est ce que Heidegger appelle oubli de l'être. Pour moi cela se ressent de manière intuitive, c'est comme le nez au milieu de la figure, il n'y a même pas besoin de culture livresque pour l'éprouver dans sa chair, pour avoir vécu ses derniers soubresauts de vie à travers mes grands-parents ruraux qui parlaient breton, dans un village que d'aucuns traiteraient de trou du cul du monde et qui m'apparaissait comme le centre du monde. Comme le disait Pasolini dans sa dernière interview de mémoire : "Nous sommes en grand danger !"

Et encore ! Le pauvre Pasolini n'avait pas connu la fibre et le smartphone ! qui font que même devant sa télé on est désormais pollué par Facebook et autres réseaux sociaux, car le smartphone, une extension de notre psyché puisque la fonction crée l'organe, est une drogue encore bien plus addictive que l'écran TV, se superposant à lui...

"Ne vous faites pas d’illusions. Et vous, avec vos écoles, avec votre télévision, avec vos journaux bien tranquilles, vous êtes les grands conservateurs d’un ordre horrible fondé sur la possession et sur la destruction. Soyez heureux, vous qui n’êtes contents que lorsque vous pouvez coller une étiquette sur un crime. À mes yeux, ce n’est là qu’une des nombreuses opérations de la culture de masse : ne pouvant empêcher certains événements, on trouve la paix en fabricant des tiroirs sur mesure que l’on referme aussitôt." P. P. Pasolini. Autrement dit difficile d'adhérer à l'indignation lorsqu'elle est collective, hallucinatoire et quasi sur commande ? On notera que l'École elle-même selon Pasolini, loin d'être un outil d'émancipation (la geste hugolienne) est devenue un moyen qui participe de la grande aliénation collective. La guerre est universellement laide au-delà de tout esprit partial des bons et des méchants (image renvoyée par la télévision mainstream et la philosophie de comptoir dispensée par des professionnels patentés), et par-delà toutes les raisons et les processus complexes qui l'ont déclenchée pouvant l'expliquer sans nullement jamais pouvoir la justifier - tout comme toute forme de violence gratuite ou de terrorisme aveugle.

Mais que dire des "Petits prêtres, bourgeois imbéciles" manichéens qui nous enjoignent à condamner inconditionnellement sans comprendre ? Car expliquer ce serait un début de commencement de justification, donc d'excuse, ce serait mettre sur le même plan le bourreau et la victime en faisant du bourreau une victime. In fine rendant impossible la distinction du bien et du mal, ce dont ont tant besoin les "Petits prêtres, bourgeois imbéciles" pour avoir une emprise sur leurs ouailles.


mardi 29 mars 2022

La « raison » a-t-elle raison ?

 


La "raison" c'est une création humaine, trop humaine... Oui pour vous certainement l'action de l'Homme est infiniment moins dangereuse pour la planète, que la nature elle-même, ce qui vous rend certainement climato-sceptique.

Je pense exactement le contraire, je pense que la seule forme de nocivité, de toxicité, de négativité, la seule forme d'action qui ne se régule pas d'elle-même sur la planète, est exclusivement l'action de l'Homme qui laisse des traces irréversibles ; alors que tout le reste dans la nature se régule de soi-même, dans la plus parfaite harmonie.

Comme il était dit dans le film Matrix (comme quoi même l'industrie d'Hollywood nous livre quelques pépites), l'Homme est un virus dans un organisme sain, et cet organisme sain est la nature. Donc non, jamais les médicaments, jamais la camisole chimique, je ne veux pas ajouter de l'artificiel à l'artificiel, l'artificiel que constitue notre société mue par la subjectivité prédatrice d'origine cartésienne ou "raison", dixit Heidegger ; ou matrice dixit Matrix.

Tant qu'à faire, soyons totalement libertariens, laissons les enfants être libres. L'École est certainement la forme la plus vicieuse d'arbitraire et d'autoritarisme, la culture aussi c'est de l'arbitraire, laissez-nous bouffer du Mac Do, boire du Coca et regarder du Disney, consommer à outrance des produits dont l'obsolescence est programmée, c'est ça notre liberté chèrement acquise ; la lecture est aussi une forme tout à fait arbitraire de contrainte, préférons la facilité, la niaiserie, le manichéisme à toute forme de contrainte, l'écran à l'écrit, la sous-culture à la culture classique, laissez-nous "être comme nous sommes".

Laissons-les être libres, les enfants, comme dans Sa majesté des mouches. Nous préférons être brutaux, sans culture, frustes, sans la moindre forme de pitié les uns envers les autres, et même manipulés au sein d'un monde néolibéral, plutôt que de faire le moindre effort pour nous extraire de notre fange au sein d'un monde civilisé.

Je n'ai jamais digéré le génocide des Amérindiens par les colons d'origine européenne. Quand je regardais les films de cow-boys et d'Indiens lorsque j'étais petit, j'en avais les larmes aux yeux de voir ces masses d'Indiens se faire massacrer par une poignée de cow-boys endurcis et brutaux. Un génocide que l'industrie d'Hollywood a rendu sympathique et légitime, au nom du camp du bien, qui a justifié ensuite tout un tas d'autres formes de massacres de masse - Rambo II est à cet égard un film effarant de niaiserie criminelle. Et aujourd'hui l'histoire continue... et je crains que ce soit toujours la même, qui prend quand même ses racines dans un génocide !

Ce n'est pas une question de psychanalyse. La seule différence entre Hitler et les États-Unis, c'est que l'un a perdu, que les autres ont gagné. La nature du génocide reste exactement la même. Un génocide est un génocide, c'est une extinction de masse d'un peuple pour tout un tas de "bonnes causes" théoriques et idéologiques - à la différence des Juifs, les Amérindiens n'ont pas survécu... aux États-Unis, ou alors de façon tellement dérisoire à l’état de légumes parqués qu'il vaut mieux ne même pas en parler. Pire avec les Américains nous sommes embrigadés dans un manichéisme du camp du bien d'essence religieuse, qui dans la tête des plus abrutis des Américains est d'origine quasi-surnaturelle : Dieu leur donne la victoire car ils sont bons, car ils sont dans le camp du bien ; et leurs dirigeants tous plus abrutis les uns que les autres les entretiennent dans cette illusion perverse. Je crains que l'industrie d'Hollywood, la publicité, l'information... tout un tas d'autres choses, des petites choses de tous les jours, soient en réalité des conditionnements qui formatent les esprits.

J'aurais préféré un monde plus adulte et cultivé surtout, de l'Atlantique à Vladivostok, pour faire concurrence au manichéisme enfantin, niais et criminel, de l'oncle Sam.