mercredi 13 octobre 2021

Ce que BHL fait au nom juif


 

BHL déplore ce que Zemmour fait au nom juif.

Moi je dirais plutôt : ce que BHL fait au nom juif, pour le déplorer.

Stanislas de Clermont-Tonnerre disait déjà : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. »

Or aujourd'hui au sein de la France laïque et républicaine, BHL voudrait faire des Juifs une nation sacrée. C'est cette notion de sacralité en plus de celle de nation qu'il convient d'interroger. Car il est assez grave qu'ils puissent s'arroger le droit d'être pleinement des humains à titre exclusif, car sacré donc absolu, quand tous les autres seraient relégués au statut de citoyens de seconde zone (les goys).

Il ne faut pas essentialiser les Juifs, tous ne sont pas subtils, généreux, drôles, fiers ; il ne faut pas les idéaliser outre mesure comme hier on les a roulés dans la boue de l'infamie : ce sont deux excès contraires et tout aussi néfastes. C'est de l'angélisme presque aussi caricatural que de dire qu'ils sont tous "exploiteurs", "cupides", "profiteurs", "poltrons" (clichés barbares des années 30, heureusement révolus). Il y a de tout parmi eux comme chez tous les autres peuples, à condition qu'on laisse les peuples s'épanouir. Pour les Juifs ça a toujours été les montagnes russes dans ce domaine, subissant, faisant subir. Globalement je dirais qu'ils ont beaucoup subi dans leur histoire, depuis l'Antiquité, la haine des autres peuples, voire parfois la haine de tous les autres peuples, et qu'ils y puisent, plus que tout autre, le courage d'être en vie et d'affirmer encore plus la vie que tout autre peuple (conatus spinoziste).

Car c'est bien cela l'art et la culture, une manifestation exacerbée de la vie bien plus qu'un signe d'élection divine comme voudrait nous le faire croire BHL, davantage un théologien qu'un philosophe. L'art et la culture sont ici davantage l'expression d'une gratitude rendue au miracle de la vie et d'avoir su traverser tant d'épreuves en étant encore en vie, plus que comme chez BHL n'ayant de philosophe que le nom, la manifestation d'un ego démesuré et d'un sentiment de supériorité qui rabaisse autrui plutôt que de s'en sentir responsable.

Par contre je crois que l'on peut dire sans caricaturer que les Juifs sont du fait de leur histoire et de leur expérience hors du commun qui remonte à presque 3000 ans, la conscience du monde occidental - Israël pose d'ailleurs problème car il est une enclave occidentale au sein du monde oriental ; ce qui faisait dire à Nietzsche qu'ils seraient amenés à devenir les guides et les maîtres de l'Europe.

Quand on voit Hanouna qui est aujourd'hui comme le guide spirituel de beaucoup de Français, cela fait un peu sourire, et est en même temps désolant sur ce qu'est devenu en France une partie de la spiritualité juive. Zemmour donne quand même, selon moi, un exemple plus décent et bien supérieur de spiritualité, car érudite et rattachée à une tradition humaniste française - au-delà de toute polémique et quoiqu'on puisse penser par ailleurs des opinions du personnage, et de son inclination politique ; n'en déplaise à BHL.

Cependant rien ne peut faire d'un peuple un peuple sacré, il n'y a pas plus de peuples que d'individus sacrés, même les victimes sacrifiées ne rendent pas un peuple sacré. Il n'y a que des étants au sein de l'immanence qui n'a aucun fondement religieux quand on se dit républicain, à moins que BHL et tous ceux dont il usurpe la volonté (car heureusement la très grande majorité des Juifs ne se revendiquent pas de BHL) ne se réclament d'un autre fondement que celui de la République, où tous les hommes sont égaux en dignité et en droit ; et où aucun au nom d'une sacralité supposée, donc d'un absolu, pourrait se réclamer d'un droit supérieur permettant de se revendiquer citoyen d'exception ou d’élite.

Et alors, c'est de BHL bien plus que de Zemmour que l'on pourrait dire qu'il n'est pas républicain. Avec BHL c'est la vieille dialectique nietzschéenne des sous-hommes et des surhommes, dont on voit où elle nous a mené et surtout où elle peut mener dans un pays comme Israël.

Zemmour au contraire est républicain : il réclame les mêmes droits pour tous les Français, ni plus ni moins (quoique l'on puisse penser de ses options économiques libérales, que je déplore). Il voit bien les dangers qu'il y a à se réclamer d'une identité, d'une religion, d'une nation autre que la France comme le font les islamistes en France, dans le sillage finalement d'un BHL qui revendique trop ostensiblement un statut d'exception pour la culture d'origine juive parce que finalement elle serait sacrée. Dans la même logique on pourrait citer les néoféministes réclamant un statut d'exception pour les femmes, et il y a malheureusement un tas d'autres exemples issus du wokisme, et où c'est l'homme blanc old school de plus de 50 ans qui est stigmatisé.

On voit avec ces exemples toutes les limites de la notion de laïcité en France pour faire un monde commun, car chacun cherche à tirer la couverture à soi : Juifs, musulmans, descendants d'esclaves, victimes de la colonisation, femmes,  homosexuels... et bien souvent ces luttes sont intersectionnelles. Le reproche que je fais à Zemmour c'est qu'il est encore trop un homme des Lumières, trop cartésien faisant table rase du passé catholique de la France, trop laïcard. C'est bien l'individualisme induit par les Lumières qui est à l'origine de cette destruction de la décence commune que dénonce JC Michéa, qui a commencé par le démantèlement des corporations d'artisans, du compagnonnage, qui était à l'origine de la construction de nos plus belles œuvres architecturales (étant aussi habitées par le sens du sacré), dont Zemmour dénonce à juste titre l'incapacité contemporaine à leur arriver à la cheville. Sans parler de l’art contemporain qui est un art contempo-rien.

Il y a des points communs entre le catholicisme breton que j'ai connu dans mon enfance, et un genre de collectivisme communiste faisant passer la communauté avant l'individu, puisqu'il est un animal social et politique avant d'être le produit d'une idéologie des Lumières (libérale) qui l'individualise. Même si je suis matérialiste, je pense que c'est le sens du sacré qui forge toute communauté humaine (BHL l'a aussi bien compris mais seulement pour sa communauté) et je déplore le déclin apparemment irréversible de la religion catholique en France. Le mouvement naturel de l'homme est le partage, le don et la communauté. L'individualisme généré par l'idéologie de la République et qui est en même temps le moteur du capitalisme des origines de la classe bourgeoise, afin de générer au départ une plus-value dont le but fut de constituer un capital initial qui allait aboutir à l'émergence d'un capitalisme triomphant et aujourd'hui un néolibéralisme effréné et néodarwinien (dans les rapports sociaux) et une mondialisation dangereuse, est le produit d'une construction qui s'oppose à sa nature profonde qui recèle certes une part d'égoïsme, mais non exclusive ; c'est un non-sens anthropologique et écologique. D'où la très grave crise actuelle et le colossal mal être contemporain (suicides, antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques...), sans parler des dégâts collatéraux qui n'affectent pas seulement son "âme" : destruction de la nature, enlaidissement du monde, explosion démographique, disparition de l'art classique au profit d'une sous-culture made in US... Non désolé, non seulement je ne peux pas souscrire à la postmodernité, mais je ne puis non plus, y adhérer. Les hommes qui s'y épanouissent et s'y enrichissent, parfois totalement outre mesure, sont des hommes pollués de l'intérieur par de fausses valeurs.

Patrick Buisson a raison de dire : « j'ai plus de respect pour une femme voilée que pour une gamine en string. J'ai plus de respect pour un musulman qui fait sa prière que pour un bobo écolo en trottinette électrique. Je ne pense pas que les musulmans sont des êtres inférieurs au contraire j'ai plus tendance à penser qu'ils sont des êtres supérieurs. » Le problème de Patrick Buisson est qu’il est certes un réactionnaire, et c’est très bien ainsi, mais qui ne fait pas du tout le lien entre libéralisme économique et disparition du sacré qu’il déplore (tout comme Zemmour qui fait la même erreur). Or je le répète, pour retourner à une forme de communauté au sein de la société, il faudrait abolir le capitalisme et même l’individualisme induit par les valeurs de la République, donc critiquer l’idéologie des Lumières. Car ce n’est pas la société qui doit être au service des individus (droits de l’homme) mais l’individu au service de la société (don de soi, désintéressement).

Ce qu'il y a de sacré dans une communauté, ce sont les sacrifiés qui permettent finalement de faire tenir cette société. C'est le principe de la société catholique avec le sacrifice du Christ et ses saints. C'est le principe pas tout à fait admis mais tacite de la République française post45 avec les victimes de la Shoah et une prise de conscience collective assez tardive dans les années 80, que je ne remets pas en question, mais à condition de ne pas faire l'amalgame entre les vivants et les morts ou d'instrumentaliser les morts pour en tirer des avantages de son vivant - c'est ce que je reproche à BHL de faire avec emphase ; plus récemment c'est peut-être pour certains le sacrifice de Samuel Paty.

Beaucoup de musulmans ont encore le sens du sacré, c'est ce qui fait la différence et c'est ce qu'avait je le pense voulu exprimer Patrick Buisson. Référence peut-être à René Girard. C'est par le sacrifice que se forge la notion de sacralité, Les kamikazes islamistes meurent pour leur religion et tuent des mécréants, et à leurs yeux leur sacrifice est sacré. Le burn out par exemple est une forme de "sacrifice" de certains salariés sur l'autel du progrès et de la compétitivité, par la rivalité mimétique, qui peut mener jusqu'au suicide. Mais sans que cela ne débouche sur une quelconque forme de sacralité. Ce sont des victimes anonymes, des "chiens écrasés" ; victimes précisément de la perte du sens du sacré dans nos sociétés postmodernes. Pour certains le camp de la mort psychique c'est le monde du travail et plus généralement les rapports humains au sein de cette société, c'est l'immanence dépourvue du sens du sacré. Ça c'est pour le religieux.

Pour ce qui est de la métaphysique, c'est encore autre chose, les gens sont si pulsionnels aujourd'hui précisément, aussi mais pas seulement, parce qu'ils croient en la théorie de Freud, qui n'est pas une science exacte mais plutôt de l'ordre de la philosophie des idées, donc de la métaphysique, qui pourrait très bien être déconstruite comme avait commencé à le faire Onfray. La théorie de Freud est extrêmement violente à la façon de la technique qui exploite le monde sans état d'âme, l'homme y est conçu comme une machine à satisfaire sa libido pour fonctionner de manière optimale : on pense à cette Japonaise qui fornique avec les chiens et qui se filme en vidéo dans le dernier roman de Houellebecq. Si on téléportait un intellectuel du XVIIIème siècle à notre époque, je crois qu'il serait profondément choqué par la violence qui s'y déploie, et il regretterait peut-être même d'être à la source de l'idéologie des Lumières dont nous nous réclamons. 

De la même façon, dans une société globalement dépourvue de sacré, le sacrifice de Samuel Paty ne débouche finalement sur aucune forme de sacralité mais sur une reconnaissance républicaine. Il y a cependant certains événements faisant tenir la République actuelle et qui ne tolèrent pas la moindre remise en question et qui imposent le respect, donc le silence, avec dans l’ordre hiérarchique : la Shoah, la colonisation, l’esclavagisme, la patriarcat blanc, l’homophobie… Sur toutes ces formes de persécutions et de crimes, les héritiers des victimes se réclament des droits sacrés. Ils sont très largement majoritaires aujourd'hui en France, et le seul coupable est finalement l'homme blanc de plus de 50 ans.

Pour les plus extrémistes c'est-à-dire ceux qui se rapprochent de nos saints catholiques, tuer des mécréants est sacré. Décapiter Samuel Paty est sacré. Venger le prophète est sacré. Le djihad est sacré. La conquête de nouvelles terres où convertir, est sacrée.

Moi je pense qu'il y un lien entre le sacrifice et le sacré - les deux mots ont la même étymologie : sacrificare (de sacrum, neutre de sacer « ce qui est sacré »).

Celui qui est sacré dans une communauté c'est celui qui se sacrifie pour cette communauté, parfois il prend le statut de héros ou de saint.

Dans le paganisme, les victimes de sacrifices étaient sacrées.

Les gladiateurs romains dont on savait qu'ils allaient sacrifier leur vie étaient sacrés pour certaines femmes de basse vertu, qui leur proposaient de faire l'amour sans payer.

La "part maudite" de l'islam est la conquête, ce par quoi cette civilisation accède au sacré par le sacrifice des fous d'Allah ; qui pour nous est du terrorisme mais pas pour eux.

Pour la République laïque, il y a c'est évident une forme de sacralité de la Shoah ; les descendants des victimes de la colonisation, de l'esclavagisme, du patriarcat blanc, réclament eux aussi leur part de sacralité.

Ce qui est sacré est intouchable : « ce qui ne peut être touché sans être souillé, ou sans souiller ». Par exemple on ne peut pratiquement plus rien dire sur la Shoah, on peut juste se recueillir et observer un silence respectueux. Lorsque Roberto Benigni a voulu en faire un film léger, "La vie est belle", pour détendre un peu l'atmosphère, cela a provoqué un scandale ! Il est évident qu'un certain communautarisme juif cherche à en tirer des bénéfices (à l'instar de BHL qui est en réalité un théologien et non un philosophe ; « pensant » que sa personne est sacrée parce que juive), tout comme les descendants d'esclaves ou de la colonisation ; ou encore les femmes victimes du patriarcat blanc.

Un homme blanc de plus de 50 ans aura de plus en plus de mal à toucher une femme. Les femmes blanches particulièrement mais pas seulement, réclament elles aussi leur part de sacralité, leur "part maudite", parce qu'elles estiment qu'elles ont été sacrifiées sur l'autel du patriarcat blanc.

Même nos sociétés progressistes qui paraissent dépourvues du sens du sacré, ont en réalité conservé ce sens - dans une société victimaire comme la nôtre, toutes les victimes qui parviennent à accéder à la reconnaissance sont sacrées ; mais à un degré bien moindre que dans les sociétés où la religion est encore vivante comme l'islam, où ce ne sont pas les victimes mais les conquérants qui sont sacrés, comme autrefois nos saints qui mourraient en martyrs pour avoir essayé de convertir les païens. La société victimaire est juste utilisée comme une taqîya par les islamistes, pour s'y introduire et revendiquer des droits.

Samuel Paty est un saint moderne, mort d'avoir voulu convertir à la laïcité et à la liberté d'expression de jeunes musulmans.

mardi 12 octobre 2021

L'impact des Trente Glorieuses

 


On me dit : « Pour prolonger votre réflexion sur la force du collectif et les conséquences délétères de l’individualisme contemporain, je vous suggère d’examiner avec vos angles de vision cette branche du capitalisme qui se développe, les entreprises à mission ainsi que l’économie sociale et solidaire. Vous y trouverez une troisième voie (rien à voir avec le concept politique…), qui pourrait même conduire à faire concilier votre conservatisme culturel, vos aspirations à un mode de production et de partage sur des bases collectives et enfin, les valeurs démocratiques occidentales. Une forme de quadrature du cercle. »

Je ne vois rien de tel se profiler à l'horizon, hélas ! Et j'attribue l'intervention que vous avez eu la grâce de m'accorder, à une forme d'idéalisme voire d'angélisme de votre part sur la nature du capitalisme, qui en outre ne correspond en rien à la réalité actuelle et sa nécessité propre. Avec une forme de conflit de civilisations en Europe (islam/judéo-christianisme), et de conflit des économies de grands ensembles (États-Unis/Europe/Chine...) à l'échelle du globe, qui les poussent à une compétitivité acharnée et à rechercher la baisse du coût du travail. L'expansion du capitalisme et donc du développement économique dans le monde entraînant comme effet l'explosion démographique, demain déjà nous serons 10 milliards sauf catastrophe d'ici-là. Je crains que nous n'allions pas vers un apaisement des relations humaines qui serait dû à un apaisement des rapports de classes, des rapports entre riches et pauvres, puisque la richesse sera de plus en plus mal partagée ; la théorie du ruissellement c'est du vent.

L’innovation destructrice de Schumpeter pourrait ne plus seulement se jouer dans le domaine des produits manufacturés mais aussi dans les rapports entre salariés (burn-out), et entre générations. Toujours privilégier pour la conquête de nouveaux marchés les jeunes générations, car elles innovent, au rebut les vieux : « un bon retraité est un retraité mort. »

Ce qui signifie à assez courte échéance la disparition de la culture classique, sauf pour quelques très rares happy few, car elle n’est pas rentable, elle n’entre effectivement pas dans le cycle « vertueux » de l’obsolescence des biens manufacturés. L’homme lui est rentable dans le cadre de la destruction créatrice et la conquête de nouveaux marchés (maisons de retraite au coût prohibitif), car son obsolescence est programmée par la nature.

En outre avec l'arraisonnement du monde (gestell) l'argent ne permet plus comme à la Renaissance jusqu'au milieu du XXème siècle, le mécénat pour une culture d’inspiration classique et humaniste, mais pour un art contemporain qui imite les mouvements de la destruction créatrice, c’est-à-dire du mode de dévoilement de la nature qui correspond à la gestell, qui n’est plus fait du tout de contemplation ou de célébration.

Tout notre paradigme sociétal je le crains (gauchisme culturel), découle des effets bénéfiques des Trente Glorieuses, de son impact civilisationnel, qui ont permis un apaisement des luttes de classes, un enrichissement considérable des classes populaires, la constitution d'une classe moyenne prospère, donc globalement un apaisement des rapports humains ; le tout tendant vers une égalité assez réelle entre individus.

Je crois que depuis 40 ans nous suivons le mouvement exactement inverse, mais que nous ne voulons toujours pas voir les conséquences de ce néolibéralisme acharné, qui je le sais nous est imposé par la mondialisation - il est donc plus subi que réellement voulu, surtout en France à la différence des pays anglo-saxons qui l'ont initié (Reagano-Thatchérisme). Au niveau du vote cela se traduit par une abstention massive et la montée des extrêmes, qui ne sont que la traduction de ce que les gens ressentent dans leur vie de tous les jours et dans le monde du travail. On ne croit plus aux solutions "miracles" de la social-démocratie. Et c'est parfaitement compréhensible, ce n'est pas l'attitude ostensiblement volontariste de certains coqs de basses cours qui se prétendent démocrates et qui hurlent au loup, qui y changera quelque chose.

« vous regrettez la nature du capitalisme, nous allons plus loin : nous regrettons la nature de l'homme qui mue ses instincts en pulsions, et fait passer ses désirs avant tout, quitte à ce que ces appétits détruisent la Terre. » : je crois que c’est directement lié à ce que Heidegger appelle la gestell, qui est un mode de dévoilement de la nature spécifique qui n’a plus rien d’une célébration, d’une contemplation ou d’une dévotion (arts, religions) ; mais qui est de l’ordre de l’exploitation voire du viol, jusqu’à épuisement complet (des ressources naturelles notamment). Je pense que c’est plus un problème qui concerne la métaphysique (métaphysique cartésienne au détriment d'un mode de dévoilement plus poétique et humaniste, comme celui de Montaigne) que la nature de l’homme. Plus un problème philosophique donc, qu’anthropologique ou psychanalytique (Freud). L'homme pourrait être tout autre chose, mais il a fait de mauvais choix dans son histoire dans le domaine de la métaphysique, et le drame est que l'on ne peut pas revenir en arrière.

vendredi 8 octobre 2021

Je suis farouchement matérialiste et en même temps conservateur

 


Je suis absolument matérialiste, au sens d'Épicure, Lucrèce, Marx... et je suis fondamentalement pessimiste comme Schopenhauer, il y a une volonté dans la nature mais c'est cette volonté qui nous possède et lorsque nous croyons faire des choix parce que c'est notre volonté, c'est en réalité celle-ci qui se joue de nous. Je ne crois absolument pas au libre arbitre, à la liberté de choix, mais comme fondement de tout à la pulsion, qui si elle a de la chance peut se transformer en désir constructeur voire en amour, si elle en manque en nihilisme mortifère et destructeur.

L'individu est effectivement une construction des Lumières dont découle l'individualisme. C'est mettre la vérité à l'envers car l'homme est avant tout un animal social, un animal politique, c’est une robinsonnade comme dirait Marx. Mettre l'individu donc les droits de l'homme avant la société, c'est selon moi un contresens car c'est de la société que découle l'individu. La société des droits de l'homme, des droits de la femme, des enfants, désormais du wokisme, sont des plaies, car c’est l’individu qui doit être au service de la société et non l’inverse. À son paroxysme cet individualisme est par-dessus le marché actuellement corrompu par l'égoïsme, vanté pour ses mérites selon une conception mandevillienne et smithienne, qui a abouti en 1983 en France à une réactivation d’inspiration reagano-thatchérienne sous l’impulsion de Hayek et de l’école de Chicago du libéralisme, appelée néolibéralisme. La chute du mur de Berlin en 1989 a entraîné la disparition d’une alternative à ce modèle qui maintenant s’impose comme seul valable dans le monde entier (mondialisation), et cela a considérablement encouragé la rapacité des capitalistes qui désormais sont dénués de toute décence commune pour faire valoir leur modèle contre un autre modèle, puisqu’il n’existe plus !

On voit en Chine que libre-marché et dictature ne sont pas incompatibles, voire pire… Que la démocratie n’est pas condition de possibilité du libre-marché, ni que le libre-marché entraîne comme sa conséquence la démocratie, mais plutôt que la démocratie entrave le libre-marché - et là je peux comprendre vos inquiétudes sur la pérennité de la démocratie. Ce n’est donc plus pour la démocratie qu’il faut se battre, vous êtes en retard d’une guerre, mais pour la déconstruction du capitalisme.

Nous sommes dans ce paradigme néolibéral délétère depuis 40 ans, qui s’accompagne depuis plus de 50 ans d’un gauchisme culturel issu de mai 68. En gros le monde du travail est farouchement de droite, socialement néodarwinien et capitaliste comme jamais, et le monde des valeurs est sociétalement de gauche (néoféminisme, militantisme LGBT, wokisme…) : c’est un cocktail assez fatal. Pour moi ça devrait être radicalement l’inverse. Je suis conservateur au niveau des valeurs : il faut protéger tout ce qui est encore susceptible de l’être, surtout la famille, le couple hétérosexuel, les valeurs morales de la société reposant sur l’altruisme, le don de soi, la communauté, voire les traditions et les coutumes, et même la religion catholique.

Hypothèse optimiste : Zemmour est un premier pas pour nous sortir du système actuel absolument délétère et nous conduisant tout droit au transhumanisme et à la marchandisation du vivant (Onfray a raison sur ce plan-là), et nous engager à terme dans la voie du matérialisme historique. Il faut prendre Zemmour, trop humaniste, croyant trop au libre arbitre, comme un jalon au sein d'un processus dialectique matérialiste. Zemmour marxiste ? Non pas, mais il ouvre une possibilité au marxisme de retrouver quelques lettres de noblesse, et de renouer avec une vision matérialiste de l'humain et de l'Histoire. Car le plus grand mérite de Zemmour est de réhabiliter l'Histoire et de prôner la déconstruction de la déconstruction par le rétablissement du roman national et de l'apprentissage de la culture à l'école. Je ne suis pas non plus comme Marx qui pense que l’on pourra accéder à un paradis sur terre à l’achèvement du capitalisme sur le modèle du paradis des chrétiens, ici et maintenant ; il ne faut pas se bercer d’illusions.

Pour ce qui est du libéralisme voire même du néolibéralisme de Zemmour, je le rejette totalement, et je prône une déconstruction progressive du capitalisme à partir de l’enseignement à l’École de toute l’aliénation et des crimes qu’il a commis. Vous voyez je ne suis pas violent, je ne suis pas si méchant, je ne parle pas d’une destruction du capitalisme, mais d’une déconstruction progressive - évidemment je rêve, le capitalisme ne laissera jamais faire et même actuellement il s’implante peu à peu à l’École. Et selon moi Heidegger que vous décriez tant, qui sert à déconstruire tant de chose (peut-être selon vous la démocratie), pourrait être utilisé avec Marx pour déconstruire le capitalisme et le devenir-monde de la Technique (mondialisation), nous aliénant parce qu’il se fait par l’arraisonnement (gestell) de la nature sur le mode la provocation. Non seulement la nature mais l’homme lui-même au sein de cette nature y devient fonds disponible au service de cet arraisonnement, étant un mode de dévoilement du monde annihilant peu à peu tout autre mode de dévoilement : artistique ou religieux. Cela aboutit à l’enlaidissement du monde.

Seulement voilà, comment faire entendre raison à ceux qui en profitent, qui nous exploitent ? Le beau fauteuil d’intellectuel - pas si beau d’ailleurs, pas si prestigieux, mais vous faites ce que vous pouvez à votre modeste niveau ; défenseur de la démocratie où vous êtes assis, « ils » sont en train de le ronger peu à peu, et sont déjà en train de réfléchir à comment nous faire sortir de la démocratie pour obtenir des résultats aussi efficaces que la Chine.

Là où vous avez peut-être raison, c’est que des gens comme Zemmour pourraient bien nous être imposés pour servir ces sombres desseins, là aussi comme vous je doute et il convient de rester vigilant.

Je le répète je suis philosophiquement matérialiste au sens d'Épicure, Lucrèce, Marx, et pourtant, peut-être paradoxalement, je crois aux valeurs morales pour se construire. Pour l'avoir éprouvé dans mon corps, je ne suis pas sûr que le gauchisme culturel issu de mai 68 et le wokisme actuel déconstructeur de toutes les valeurs de nos ancêtres depuis le baptême de Clovis en France, permettra aux futures générations de se construire sereinement.

Oh bien sûr il y aura des survivants, que ce soit d'ailleurs du côté de la culture ou de la barbarie (j'appelle peut-être abusivement barbarie tout ce qui est de l'ordre de la gestell), et ils seront même peut-être plus beaux qu’ils ne l’ont jamais été, mais ils seront souillés du crime de nombreux de leurs petits camarades. Car savez-vous qu’il y a beaucoup de morts-vivants en France ? Ces fameux 44% qui s’apprêtent à voter pour les extrêmes car on leur a ôté tout espoir. Moi c’est pour eux que je veux lutter et pour moi aussi, et pas contre eux, et surtout pas seulement pour les Ouïghours chinois parce que quand je sors de chez moi je préfère penser idéalement à eux plutôt que de voir le mendiant français qui gît à mes pieds (victime du néolibéralisme), ou mon voisin qui vient de se suicider parce qu’on l’avait abusivement collé en prison pour violences conjugales imaginaires (victime du néoféminisme).

Oui en France, aujourd'hui, ici et maintenant, le capitalisme tue, le gauchisme culturel parce qu'il est devenu abusif tue (Finkielkraut a parfaitement raison de pourfendre le néoféminisme abusif qui ne vise plus l'égalité mais l'hégémonie) ; et les deux marchent main dans la main, pour la plus grande joie des exploiteurs du genre humain qui se frottent les mains d'une telle alliance, à l'abri dans leurs bureaux feutrés au dernier étage d’un building high-tech de la Défense, en comptant non plus en millions mais en milliards de bénéfices, et dont vous êtes peut-être à votre insu, l'idiot utile.

Vous essentialisez les Juifs, tous ne sont pas subtils, généreux, drôles, fiers. C'est de l'angélisme presque aussi caricatural que de dire qu'ils sont tous exploiteurs, cupides, profiteurs, poltrons (clichés barbares des années 30, heureusement révolus). Il y a de tout parmi eux comme chez tous les autres peuples, à condition qu'on laisse les peuples s'épanouir. Pour les Juifs ça a toujours été les montagnes russes dans ce domaine, subissant, faisant subir. Globalement je dirais qu'ils ont beaucoup subi dans leur histoire, depuis l'Antiquité, la haine des autres peuples, voire parfois la haine de tous les autres peuples, et qu'ils y puisent, plus que tout autre peuple, le courage d'être en vie et d'affirmer encore plus la vie (conatus spinoziste). Par contre je crois que l'on peut dire sans caricaturer que les Juifs sont du fait de leur histoire et de leur expérience hors du commun qui remonte à presque 3000 ans, la conscience du monde occidental - Israël pose d'ailleurs problème car il est une enclave occidentale au sein du monde oriental ; ce qui faisait dire à Nietzsche qu'ils seraient amenés à devenir les guides et les maîtres spirituels de l'Europe.

Pour ce qui est des talibans, concernant la religion je n'ai pas du tout une approche théorique, mais intuitive, qui se base sur mon expérience d'enfant. Il y a des points communs entre le catholicisme breton que j'ai connu dans mon enfance, et un genre de collectivisme communiste faisant passer la communauté avant l'individu, puisqu'il est un animal social et politique avant d'être le produit d'une idéologie des Lumières (libérale) qui l'individualise. Le mouvement naturel de l'homme est le partage, le don et la communauté. L'individualisme à la base du capitalisme est le produit d'une construction qui s'oppose à sa nature profonde qui recèle certes une part d'égoïsme mais non exclusive ; c'est un non-sens anthropologique et écologique. D'où la très grave crise actuelle et le colossal mal être contemporain (suicides, antidépresseurs, anxiolytiques, antipsychotiques...), sans parler des dégâts collatéraux qui n'affectent pas seulement son "âme" : destruction de la nature, enlaidissement du monde, explosion démographique, disparition de l'art classique au profit d'une sous-culture made in US... Non désolé, non seulement je ne peux pas souscrire à la postmodernité, mais je n'y puis non plus adhérer. Les hommes qui s'y épanouissent et s'y enrichissent, parfois totalement outre mesure, sont des hommes pollués de l'intérieur par de fausses valeurs.

À tout prendre les talibans me paraissent moins toxiques que ceux qui adhèrent au néolibéralisme et à sa barbarie (qui est de l'ordre de la gestell ; Heidegger).

mercredi 6 octobre 2021

Zemmour est trop humaniste, c'est ce que je lui reproche

 

"destruction de l'État Providence, des Retraites, de l'hôpital public, de l'Éducation nationale, vente à l'encan des entreprises françaises, publiques ou non, au capitalisme mondialisé, refus de sortir de l'UE & de l'€..." ; je ne sais pas où vous avez vu ça, il se revendique au contraire d'un gaullisme social hérité du CNR. Zemmour est globalement un pourfendeur du mondialisme multiculturaliste et déraciné, il ne peut donc faire sienne l'idéologie du néolibéralisme héritée de Hayek, l'École de Chicago et du thatchéro-reaganisme qui a abouti où nous en sommes et où la gauche se cantonne aux questions sociétales et à un rôle purement moral et pas du tout social.

Quant à l’antihumanisme c’est un autre débat et vous en faites un terme péjoratif, ce qu’il n’est pas dans la bouche de philosophes déconstructionnistes tels que Deleuze, Derrida, Foucault, eux-mêmes héritiers de Heidegger ; mais eux-mêmes par le biais de la French Theory récupérés par les étudiants racisés ou genrés des universités américaines pour faire de la woke culture. Je me méfie comme de la peste de cet antihumanisme déconstructionniste-là, et sur ce plan tout comme Zemmour je prône la déconstruction de la déconstruction et le rétablissement du roman national ainsi que de la culture française à l'école, voire même pour le rétablissement en France de traditions et de coutumes d'origine chrétienne et plus spécifiquement catholiques.

L’antihumanisme est aussi une façon de critiquer la subjectivité prédatrice à l’œuvre dans les sciences et techniques, héritée de l’humanisme cartésien, aboutissant au devenir-monde de la technique et à l’arraisonnement de la nature ; ce que nous avons tous les jours sous les yeux : les ravages infligés aux paysages par les axes routiers, les éoliennes, les zones commerciales périurbaines etc. Il ne manquerait plus que des usines un peu partout ! Le monde se déshumanise à mesure que nous devenons chaque jour plus dépendants du monde de la technique. Comme Heidegger est aujourd'hui assimilé à un nazi, toute critique des technosciences est assimilée hypocritement à du nazisme. Ce en quoi d’ailleurs je peux avoir des divergences sur la pensée humaniste de Zemmour qui selon moi se situe dans une perspective trop cartésienne (que Onfray a le mérité de critiquer dans son débat avec Zemmour en pointant les dangers du transhumanisme) : c’est l’objet principal de ma critique de Zemmour, alors que par ailleurs il a le très grand mérite de dévoiler ce que nous avons là sous les yeux (la destruction de la France et le remplacement des Français) et que nous ne voulons pas voir, à cause de plus de 50 ans de conditionnement au gauchisme culturel et 40 ans de culte de l’économie de marché. Les nouveaux philosophes (Bruckner, Glucksmann, BHL…), les Cohn Bendit accessoirement pédophile notoire, triomphent, qui ont jeté tout l’héritage de Marx avec l’eau du bain du communisme soviétique.

Si comme vous le dites les Français ne veulent pas voir et persistent à vouloir voter pour le libéral-libertaire Macron contre l’humaniste Zemmour, alors la France se rapprochera un peu plus de l’abîme.

Zemmour est un premier pas pour nous sortir du système actuel absolument délétère et nous conduisant tout droit au transhumanisme et à la marchandisation du vivant (Onfray a raison sur ce plan-là), et nous engager à terme dans la voie du matérialisme historique. Il faut prendre Zemmour, trop humaniste, croyant trop au libre arbitre, comme un jalon au sein d'un processus dialectique matérialiste. Zemmour marxiste ? Non pas, mais il ouvre une possibilité au marxisme de retrouver quelques lettres de noblesse, et de renouer avec une vision matérialiste de l'humain et de l'Histoire. Car le plus grand mérite de Zemmour est de réhabiliter l'Histoire et de prôner la déconstruction de la déconstruction par le rétablissement du roman national et de l'apprentissage de la culture à l'école.

Si désormais MLP se rallie à Zemmour, ce qui serait le plus raisonnable car il est l'élément fort et le plus structuré intellectuellement du couple, a-t-il une chance de gagner ? En cas de second tour Macron-Zemmour, ce dernier ne ferait qu'une bouchée du banquier narcissique, multiculturaliste, au service de la finance, mondialiste, et imprégné d'idéologie anglo-saxonne.

Le capitalisme a cristallisé les Juifs dans l'idée de profit et d'exploitation, il les a enfermés dans la catégorie du cosmopolitisme financier, alors qu’ils sont loin d’être les seuls à être cosmopolites et financiers ; c’est ce qu’on appelle un cliché issu de l’idéalisme philosophique. En Asie par exemple il ne doit pas exister de « Juifs exploiteurs ». Et pourtant Zemmour est juif, d'où la divine surprise. 

Il faudrait s'interroger sur le fait de savoir si ce ne sont pas les Lumières in fine qui ont conduit à cet individualisme mercantiliste et déshumanisé ? Il convient de s'interroger sur la possibilité d'une critique matérialiste des Lumières qui accordent trop d'importance à l'individu et à ses droits ; alors que l'individu n'est rien, il n'existe pas, au départ c'est juste un concept de philosophe, un idéal issu d'une idéologie qui a voulu établir la prééminence du commerce sur la religion (Révolution bourgeoise), dans le but de faire du profit et d'éviter les conflits de religions - le "doux commerce" ; et alors que jamais en matière de conflit les guerres ne furent aussi sanglantes que durant le XXème siècle.

Et c'est cet idéal qu'il convient de critiquer si l'on se prétend matérialiste, car l'être humain est avant tout un animal politique donc social, avant d'être un individu. L'humanisme des Lumières a mis la vérité sur la tête, alors que la religion (du latin religare : relier) posait correctement le problème.

Aujourd'hui tendance mortifère du capitalisme ; l'économie annihile la politique, l'animal politique est nié au nom de la technique économique, pour faire du profit. La politique n'est plus que technocratie et gestion des affaires courantes, alors que c'est l'économie et les impératifs du marché et du libre-échange qui dirigent tout. Là aussi Zemmour apporte une originalité au débat politique qui lui fait cruellement défaut depuis 40 ans ; puisque Zemmour est une bête politique alors que tous ses adversaires, sauf peut-être l'extrême-gauche, sont des technocrates

Zemmour n'en est pas du tout à une critique matérialiste de la logique individualiste du capitalisme qui met les individus et les nations dans une concurrence effrénée entre elles ; même si point positif il propose une réhabilitation de la religion catholique en France. Il est dans le déni d'une aliénation qui pourrait découler des droits de l'homme qui sont de facto les droits d'une minorité oligarchique à exploiter tout le reste de l'humanité - qui, elle, est la seule à jouir sans entrave réalisant le fameux slogan de mai 68 ; avec une violence selon moi que même l'aristocratie féodale n'avait pas réussi à atteindre : transhumanisme et marchandisation du vivant. Pendant ce temps-là, on berce le peuple d’illusions avec cette fameuse promesse de droits de l’homme qui lui fait prendre des vessies pour des lanternes, et alors qu’on l’instrumentalise tandis qu’il se croit "souverain puisqu’il est en démocratie."

Zemmour présente l'avantage considérable de mettre un coup de pied dans la fourmilière de l'idéologie de la mondialisation et de rétablir la notion de cohésion sociale au nom de valeurs supérieures (une certaine idée de la France) à celle du simple individu consommateur, il réhabilite la notion de souveraineté, que l'on a complètement oublié, perdu que nous sommes dans le divertissement, l’agitation et l'affairement.

Même si l'on célèbre l'enracinement et la religion, parce qu'ils sont des célébrations joyeuses de la nature, on peut être matérialiste. Épicure, Lucrèce, Marx qui certes rejetaient la religion. 

Le wokisme est plutôt le produit de la french theory que du marxisme, sur les campus américains, elle-même héritière de Heidegger. Il y a des points communs entre le catholicisme breton que j'ai connu dans mon enfance, et un genre de collectivisme communiste faisant passer la communauté avant l'individu, puisqu'il est un animal social et politique avant d'être le produit d'une idéologie (libérale) qui l'individualise. Le mouvement naturel de l'homme est le partage, le don et la communauté. L'individualisme est le produit d'une construction qui s'oppose à sa nature profonde qui recèle certes une part d'égoïsme mais non exclusive. D'où la très grave crise actuelle et le colossal mal être contemporain (suicides, antidépresseurs, anxiolytiques, antipsychotiques...).

"Empêcher que le monde ne se défasse" c'est aussi une phrase d'Albert Camus, à laquelle je souscris. Vous voyez comme le néolibéralisme l'a détruit le monde depuis 40 ans, et le gauchisme culturel depuis 50 ans, de façon spectaculaire. Je ne souscris à aucune idéologie de l'homme nouveau, c'est selon moi un contresens de faire découler une idéologie du matérialisme. L'idéologie découle de la croyance en la réalité des idées (idéalisme, platonisme).

Ce qu'il faut craindre aujourd'hui c'est le transhumanisme et la marchandisation des corps, portés par le néolibéralisme et la mondialisation, plus qu'un éventuel retour d'un communisme de type soviétique.

Aujourd'hui la France est socialement de droite au niveau du travail et donc de l'argent, et de gauche au niveau des valeurs. Selon moi ça devrait être l'inverse, avec le rétablissement de valeurs traditionnelles issues du terroir français. La France s'est suffisamment "enrichie" de sa diversité comme ça, c'était peut-être une expérience qui méritait d'être vécue sous l'impulsion des baby-boomers, mais à un moment il faut revenir à d'où l'on vient sous peine de se perdre définitivement et de se diluer dans la mondialisation.



dimanche 19 septembre 2021

Hitler était-il le diable ?

 


Ma vie ressemble à un très mauvais film, assez dérangeant. J'ai été élevé dans un milieu de psys majoritairement d’origine juive, ma mère accueillait dans sa maison tout ce qui se faisait de "victimes" (Shoah, colonisation, esclavage, racisme, misogynie, homophobie...), mais ayant tout de même bien réussi dans la vie (CSP+) ; ils venaient pour se faire mousser, plaindre, et accessoirement tringler ma mère quand ils étaient des hommes. J'étais un enfant, assez mal vu parce que blanc d'origine catholique du côté de mes grands-parents bretons bretonnants (donc un peu "néopaïens", enracinés dans le sol), les parents de ma mère ; donc bourreau potentiel engendrant la méfiance quant à ce que je pourrais devenir une fois adulte, pourquoi pas Adolf Hitler ?

Je n'ai pas pu donc m'épanouir chez ma mère qui ne m'a jamais fait confiance, influencée peut-être qu'elle l'était par ses amis « victimes ». Chez mon père je n'ai pu m'épanouir qu'entre 11 et 14 ans sous l'influence d'une femme bienveillante, mais cela a duré trop peu de temps pour structurer mon esprit, et après il a refait sa vie avec une femme qui m'a rejeté et lui a fait 3 enfants. Après mes 19 ans je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Je n’ai donc pas pu construire un chez moi, car je n’en ai jamais eu étant enfant, ni chez mon père, ni chez ma mère. Pour les amis de cette dernière, si j’avais des problèmes je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même, descendant que j’étais des bourreaux et des privilégiés (le privilège blanc) ; ils avaient beau être psys, ce n’était pas leur problème. J’ai ainsi assez bien connu Tobie Nathan, mais il ne s’intéressait qu'à soigner les victimes de la colonisation, par l’ethno-psychiatrie, je n’entrais pas dans ses critères.

Ce qui fait la capacité à avoir un libre-arbitre une fois adulte, c’est d’avoir eu la chance d’avoir un chez-soi enfant pour s’épanouir et avoir l’estime de soi.

Sur la société actuelle et la capacité ou non à y être doué de libre-arbitre, je pense que l’aspect victimaire joue un rôle crucial, et crois sincèrement que si Zemmour n’était pas d’origine juive il ne pourrait pas se permettre de dire le quart de ce qu’il ose affirmer, et surtout on ne lui aurait pas fait confiance pour lui permettre de s'épanouir dans les débuts de sa carrière (Ruquier s'est ainsi laissé leurrer).

Cependant, heureusement que Zemmour fait un peu contrepoids à l'influence délétère des nouveaux philosophes comme Bruckner et feu Glucksmann, voire Finkielkraut qui n'assume pas politiquement ses prises de position en appelant à voter néolibéral plutôt que souverainiste, et surtout de BHL, ce parangon manichéen du camp du bien. Mais aujourd'hui de toute façon, seuls ceux que sacralise le fait d'avoir eu des ascendants victimes ou potentiellement victimes du fait de leurs origines, de la Shoah, de la colonisation, de l'esclavage... ou toute autre forme de persécution ou de tyrannie, sont audibles en France. C’est ce que l’on pourrait appeler une forme de tyrannie mémorielle et victimaire, une assurance-vie en quelque sorte, faisant que la très grande majorité des blancs old school d’origine chrétienne n’ont plus aucune estime d’eux-mêmes, et ont déjà été jetés dans les oubliettes de l’Histoire en attendant d’être remplacés.

Bref je pense que seules les « victimes » sont encore douées de libre-arbitre, et surtout de puissance d’exister (conatus), et que tous les autres sont devenus des niais ou des nains compassionnels, des cathos-zombies ; afin disent-ils de ne pas mettre d'huile sur le feu, dans un souci louable d'apaisement, ils s’effacent volontairement avec peut-être même une certaine forme d'élégance finalement.

"Dominer, c'est mal" ; mais vivre n'est pas forcément dominer, cela dépend des circonstances. Dans le contexte néolibéral et humaniste (au sens de l'humanisme que critique Heidegger), je dirais que vivre c'est actuellement exploiter ou mourir, et qu'il n'y a pas de place pour la plainte ou pour la fuite ; ni pour les valeurs morales (raison pratique, Kant), mais juste pour la raison hypothétique où la fin (l'argent) justifie les moyens, et qu'il s'agit donc d'une lutte à mort, au quotidien, pour la survie. Bref que la construction d'une intimité y est presque rendue impossible par des rapports humains carnassiers ; et que ce phénomène loin de s'atténuer, s'amplifie, étant rendu visible par les productions artistiques actuelles, notamment cinématographiques, de plus en plus violentes et soulignant la tension extrême qui existe dans tout rapport humain lorsqu'il est dépourvu de fins (valeurs). Le vieux Kant disait que dans tout rapport humain on devait considérer l'Autre comme une fin et non comme un moyen (même mes parents n'ont pas été foutus de me considérer comme une fin, c'est dire la crise occidentale de la famille), c'est désormais tout le contraire qui se passe, et l'on nous présente ça comme la "vraie vie" des "vrais gens"; alors qu'elle est le fruit d'une conception idéologique néolibérale et capitaliste. 

Les choses pourraient fort bien en être autrement, c'est purement culturel et non pas anthropologiquement fondé d'un point de vue scientifique, ou alors si c'est le cas, c'est précisément le point de vue scientifique qui l'engendre et c'est que critique Heidegger ; la science étant comme le fruit d'une subjectivité humaniste fondamentalement prédatrice, en arrivant à justifier la prédation dans les rapports humains parce qu'il en est de même dans la savane. La science n’est que le résultat, en termes de savoir technique, de la conversion de la pensée symbolique en logique de l’échange productif, en économie de marché. La science, c’est le marché appliqué à la nature, traitée en termes de matériau disponible, de chose réductible au calcul à des fins de « progrès », l’un des noms du profit. 

J'en ai discuté avec des historiens chevronnés, Hitler n'était pas le fou psychopathe et impuissant, presque débile, que l'on nous présente aujourd'hui. C'est une caricature digne de celles qui couraient sur les Juifs dans les années 30. Pour être arrivé où il en est arrivé, c'est-à-dire à la tête de l'État le plus puissant d'Europe en partant de rien, c'est tout simplement qu'il était doué d'une intelligence politique exceptionnelle, voire d'une forme de génie politique, sans doute à la limite de la psychose mais de génie quand même. Cela est évidemment de l'ordre de l'inconcevable, voire du blasphème pour nos contemporains qui en ont fait le mal absolu (donc sur lequel opérer toute forme d'admiration, d'humanisation du personnage même discrète, relève d'une compromission suspecte), et ne peuvent concevoir que leur ennemi vaincu ait pu être humainement intelligent et non diaboliquement possédé par le mal de façon quasiment surnaturelle.

Il avait peu de chance de l'emporter militairement, mais si ça avait été le cas notre vision du personnage serait tout autre. Il est effectivement devenu aujourd'hui le repoussoir et le bouc-émissaire (victime sacrificielle) qui structure nos sociétés démocratiques, à travers notamment l’industrie du cinéma et même le discours politique - cf. la campagne électorale de Macron. Un peu comme c’était le rôle du Christ dans les sociétés religieuses dans un sens positif, alors que pour Hitler c'est dans un sens négatif ; il n'était pas venu pour nous sauver, mais pour nous perdre - dans l'après-coup bien sûr, car la majorité des Allemands pensaient sincèrement qu'il était venu pour les sauver.

Car Hitler n’est pas le diable, c’était un être humain qui avait été victime de la violence de son père et auquel il s’était identifié, sans échappatoire possible (Alice Miller). Il s’est soigné par la volonté de puissance (Nietzsche) ; à l’aide d’un dispositif philosophique et culturel très riche et complexe, puisqu’à l’époque l’Allemagne était de loin la puissance la plus cultivée et la plus avancée philosophiquement d’Europe. Certes on peut toujours déplorer le résultat catastrophique en maudissant le personnage, mais cela ne fera pas revenir les morts.

Même malgré ce bouc-émissaire qui voulait nous perdre et non nous sauver, qui fait l'unanimité dans le rejet permettant une forme de réconciliation du monde occidental par le sens commun, nous sommes très mal structurés et la situation d'aujourd'hui est assez catastrophique. Tout le monde n'est plus là que pour gagner du fric, tout le monde est considéré comme un moyen au service de cette fin par tout le monde ; les malades pour les soignants (et les fabricants de vaccins de la covid), les victimes et les accusés pour les avocats, les délinquants et les criminels pour les magistrats, les drogués pour les dealers, les dealers pour les flics, les psychotiques et les névrosés pour les psys, les parents normaux pour les enfants, les enfants pour les parents malades et pervers. J'ai moi-même fait l'expérience douloureuse de ce type parental, appelé pervers narcissique, qui va à n'en pas douter tendre à se généraliser.

Il y a une raison instrumentale qui domine tout et il n'y a plus aucune valeur morale, ni gratuité, ni don d'aucune sorte. C'est aussi un des résultats des progrès scientifiques qui nous font prendre la morale (qui découle de la religion) pour un conte pour enfants - alors qu'elle était une invention du génie humain pour mieux vivre et surtout pour que les enfants puissent grandir sans devenir fous, en étant protégés par des valeurs. L'explosion de la perversion narcissique, mise en évidence seulement en 1986 par Paul-Claude Racamier dans nos sociétés en est une conséquence. Pourquoi l'individu se fixerait-il des limites alors qu'il est parfaitement au courant qu'aucune instance supérieure ne sera là pour le punir, ni pendant, ni après la vie ?

mercredi 15 septembre 2021

Zemmour est vivant, mais est-il responsable ?

 

Zemmour est vivant, mais est-il responsable ? Sarkozy est insignifiant. Nous votons pour des gens insignifiants imposés par les merdias, alors que Zemmour a un projet humaniste et cohérent, conforme à une certaine idée de la France ; tous les autres politiques sans exception (sauf ceux d'extrême-gauche), ne sont que des technocrates ne pensant qu'à gérer les affaires au quotidien (UMPS). Cependant l'humanisme même de Zemmour, son cartésianisme, est ce qui me gêne ; nous verrons dans mes développements, pourquoi.

À l'intérieur du corps, ce qui le fait bouger, se mouvoir, il y a une volonté qui nous échappe complètement, dont on ne connaît pas l'origine, demeurant un mystère même pour la science qui n'arrive pas à remonter à une cause première explicative définitive, étant bien plus vaste que le moi qui n'est que la représentation d'une apparence s'éprouvant à la surface.

Il y a certes des hypothèses scientifiques, mais aucune certitude tangible ; ces hypothèses nous paraissent plus crédibles que les supputations créationnistes. Mais au fond aucune certitude scientifique ne s'appuie sur un fondement véritable, puisque la science avance de paradigme en paradigme et qu'elle se réfute constamment elle-même. Il n'y aura jamais un bout du bout du paradigme, donc un fondement explicatif de toute chose.

Dès la naissance, et même avant, le souffle de la volonté nous anime. En grandissant, des hasards, des concours de circonstance, sculptent cette volonté, cela donne un caractère en formation, qui se forge. Une fois adulte, le caractère se fige, il cesse d'évoluer, d'être perfectible, et nous sommes alors déterminés à répéter toujours les mêmes erreurs, les mêmes réussites, les mêmes conflits, la même façon d'aimer ou de haïr.

Ni vous, ni moi, ne sommes responsables de nos actes, le libre arbitre n'existe pas (Spinoza). Nous subissons toute notre vie quelque chose (notre caractère), dont nous ne sommes aucunement responsables du façonnement. L'enfant n'est pas acteur, il subit son état d'enfance, il n'est pas responsable pénalement.

Si bien que c'est quelque chose étant le fruit du plus pur hasard de la naissance, de la bienveillance ou de la malveillance des parents ou des tuteurs, essentiellement, mais aussi du milieu social et ethnique de ces parents et de la société et de ses hiérarchies, qui déterminera toute notre vie d'adulte. Où par préjugé et parce qu'il faut bien que le monde avance, nous nous pensons acteurs de nos actes, responsables pénalement : il faut bien nourrir les magistrats qui font partie du monde de la représentation.

Tous ces procès, ces tribunaux, sont l'expression d'une vaste mascarade, à l'instar d'une scène de théâtre. Le monde de la représentation est comme une scène de théâtre, mais dans les coulisses opère la volonté qui tire les ficelles de ce spectacle de guignol. La surface des choses n'est rien comparée à la chose en soi, étant la volonté ; la représentation est comme le tas de neige au sommet de l'iceberg dont la face cachée est encore bien plus grande que la face visible.

Si l'on est matérialiste, on aura tendance à penser comme je le pense, qu'au moment de la mort nous quittons ce monde du vouloir et qu'il n'y a aucune âme éternelle ; mais ce n'est qu'une opinion non démontrable, il n'y a pas plus de preuves de la non-existence de Dieu que de son existence. Il n'y a plus, privé de volonté, qu'un corps qui est condamné à pourrir lentement avant d'être réduit en poussière.

Nous ne mourons pas non plus vraiment car la volonté à laquelle nous avons participé pendant un certain laps de temps, reste exactement la même à la surface de la terre, avant que nous vivions, puis après. Notre existence n'y change rien, rien ne s'est créé, rien ne s'est perdu, il y a juste eu des transformations au sein d'un vouloir restant toujours identique à lui-même. Nous avons juste participé à un phénomène qui nous dépasse presque infiniment, presque hors du temps, dont la science a fixé l'origine à plusieurs milliards d'années, qui nous échappe pratiquement complètement voire entièrement, du point de vue de la responsabilité, du début jusqu'à la fin étant foncièrement absurde : la vie.

Zemmour est comme tous les autres politiques, complètement aveugle sur le devenir-monde de la technique, sur l'arraisonnement du monde par la technique. Toujours cette folle fuite en avant totalement absurde que justifie la concurrence avec tous les autres pays, surtout la Chine, qui va nous mener à notre propre extinction. Alors qu'il faudrait s'entendre à l'échelle mondiale sur une désindustrialisation généralisée, sur un lâcher prise.

L'humanisme au sens de Heidegger c'est ce qui aboutit au devenir-monde de la technique, la mondialisation. L'humanisme tel que l'entend Heidegger est le fruit d'une subjectivité prédatrice, que la french theory (Foucault, Derrida, Deleuze) a voulu déconstruire. On ne peut pas opposer de façon binaire humanisme/antihumanisme, comme bien/mal. Derrière des termes en apparence simples il y a des significations plus complexes et non binaires.

Heidegger a été cohérent avec lui-même, il a défendu la culture européenne par le biais de la culture allemande et de l'État allemand, peu lui importait sa couleur politique au fond (c'est mon hypothèse : il a malheureusement fallu qu'il soit allemand au moment du nazisme, ce qui aujourd'hui dessert complètement sa théorie), pour lutter contre le devenir-monde de la technique par le biais de l'individualisme anglo-saxon des États-Unis d'un côté, et du collectivisme soviétique de l'autre côté.

Il a bien compris que l'Europe et sa culture millénaire était prise en étau entre ces deux forces qui au fond reviennent au même. Le monde d'aujourd'hui lui donne parfaitement raison ; où l'Europe ne pèse plus très lourd face aux États-Unis et à la Chine, et où sa culture humaniste est en péril en raison même de ce type particulier d'humanisme qu'est l'humanisme cartésien, qu’il critique en faisant preuve d'antihumanisme, terme souvent incompris et perçu quelquefois péjorativement, comme pour accréditer la thèse d'un Heidegger foncièrement nazi.

Heidegger n’a pas daigné « faire amende honorable » dans quelque torchon démocratique de la société allemande, car il a vu combien l’assimilation libérale des nazis à l’appareil d’état et à l’industrie ne posait aucun problème à une Allemagne plus soucieuse de relancer l’économie que de poser des questions éthiques.

On peut sortir les termes de leur contexte, ainsi on peut faire dire à Heidegger tout ce qu'on veut. N'empêche qu'il a influencé des philosophes comme Arendt, Levinas, Derrida, parmi tant d'autres, que l'on peut difficilement accuser de collusion avec le nazisme et son projet d'extermination des Juifs d'Europe - à moins de souhaiter se supprimer soi-même.

« On peut souhaiter se supprimer soi-même, ça s'appelle un suicide. L'argument de l'influence d'Heidegger sur des penseurs juifs me paraît éculé. Levinas a toujours été clair : "L'ontologie heideggérienne qui subordonne le rapport avec autrui à la relation avec l'être en général (...) demeure dans l'obédience de l'anonyme et mène, fatalement, à une autre puissance, à la domination impérialiste, à la tyrannie. Tyrannie qui n'est pas l'extension pure et simple de la technique à des hommes réifiés. Elle remonte à des états d'âme païens, à l'enracinement dans le sol, à l'adoration que des hommes asservis peuvent vouer à leurs maîtres." (Levinas, Totalité et infini, 1961).

La pensée d'Arendt se caractérise par une certaine haine de soi et une certaine dose de racisme.

Quand Derrida prenait pour une critique de la technique, « Les chambres à gaz c'est la même chose que l'agriculture motorisée etc. », il ne s’est pas fourré le doigt dans l'œil, mais le bras entier du salut nazi. »

La tyrannie aujourd'hui c'est celle du devenir-monde de la technique, elle n'est pas potentielle, elle est effective. Certes il y a sans doute potentiellement un danger dans le concept d'authenticité tel que défini par Heidegger : l'enracinement dans le sol, les coutumes et traditions, tout le folklore nazi... Mais dans le "pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien", il me semble bien que nous sommes aujourd'hui dans le "quelque chose" (la relation de cause à effet, l'enchaînement hypothétique de la raison) et en même temps dans le "rien" (nihilisme) ; que nous sommes dans l'oubli de l'oubli et dans la volonté de volonté, sans valeurs (la raison pratique), et que nous avons totalement occulté l'étonnement philosophique face au "il y a".

Quand j'étais petit et que mes grands-parents parlaient breton en s'enthousiasmant avec de grands éclats de rire, je n'avais pas l'impression d'être en face de néopaïens nazis, mais plutôt de ce qui faisait l'âme de la France, et qui aujourd'hui a totalement disparu sous le rouleau compresseur de la doxa des nouveaux philosophes et du néolibéralisme à vocation hégémonique jusque dans l'intimité des gens, les déshumanisant, des années 80 à aujourd'hui, sans nulle alternative possible : le camp du bien est exclusif.

Heureusement que Zemmour fait un peu contrepoids à l'influence délétère des nouveaux philosophes et surtout de BHL, ce parangon du camp du bien. Mais aujourd'hui de toute façon, seuls ceux que sacralise le fait d'avoir eu des ascendants victimes ou potentiellement victimes du fait de leurs origines, de la Shoah, de la colonisation, de l'esclavage... ou toute autre forme de persécution, sont audibles en France. C’est ce que l’on pourrait appeler une forme de tyrannie mémorielle et victimaire.

Aujourd'hui j'ai traversé la Bretagne du nord au sud en voiture, je n'ai vu que les ravages infligés aux paysages par les axes routiers, les éoliennes, les zones commerciales périurbaines etc. Il ne manquerait plus que des usines un peu partout ! Le monde se déshumanise à mesure que nous devenons chaque jour plus dépendants du monde de la technique. Comme Heidegger est aujourd'hui assimilé à un nazi, toute critique des technosciences est assimilée hypocritement à du nazisme. Comme dirait Dupontel : "Adieu les cons" !

Protéger les peuples, les coutumes et traditions françaises comme le préconise Zemmour ? Moi je veux bien. Sauf que la très grande majorité des Français n'ont plus ni coutumes, ni traditions, et encore moins de religion. Alors quoi protéger ? Si ce n'est un individualisme mortifère et déshumanisant se cachant derrière le terme de laïcité. Les seuls à avoir encore coutumes et traditions, sont les musulmans en France, et la laïcité est un oripeau dérisoire qui recouvre le néant de l'esprit français - qui était encore très vivant aux XVIIème et XVIIIème, et qui a selon moi définitivement disparu au début des années 80, avec le tournant néolibéral d'inspiration reagano-thatchérienne.

Les Français old school n'ont plus aucun modèle à proposer car ils se sont perdus eux-mêmes dans l'individualisme et la concurrence. Zemmour même s'il brasse beaucoup d'idées, bien plus que ses rivaux, même si je suis plutôt d'accord sur un rétablissement du roman national et la déconstruction de la déconstruction par le rétablissement de coutumes et de traditions d'inspiration catholique ; constitue quand même globalement un anachronisme absurde.

« Pas d’accord. Il est contre les éoliennes, Les zones commerciales péri-urbaines, etc. »

Ce qui est incohérent, comment la France pourrait-elle lutter toute seule contre un phénomène qui est mondial ? La mise en concurrence des pays entre eux, comme des individus, sur le plan économique, s'accompagne de conséquences, qui, à moins de stopper cette concurrence stérile sont inévitables. Il ne suffit pas de décréter pour opérer ; souvent les hommes chérissent les causes (et je crois que Zemmour aime l'argent et le luxe) dont ils déplorent les effets. Il ne suffit pas d'avoir une vision nostalgique du passé pour que celle-ci revienne parce qu'on l'a décrété, comme par magie.

« Il n’est pas exactement pro-libéral / ouverture des frontières. »

Il est pour la concurrence des pays entre eux, comme des individus, mais sur un modèle français non perverti par l'influence anglo-saxonne. Nous ne sommes plus au XVIIIème siècle, comme quand la France pouvait encore imposer un modèle colbertiste contre le modèle libéral anglo-saxon. Nous avons perdu la bataille, et même la guerre, en 1815 à Waterloo. C'est parce que la France n'a pas battu par les armes son vieux rival anglais, que le modèle libéral de ce dernier s'est imposé durant tout le XIXème siècle, dont les États-Unis ont repris le flambeau jusqu'à maintenant.

C'est définitivement le modèle anglo-saxon qui l'a emporté à l'échelle mondiale. C'est là-dessus qu'il faudra revenir si nous voulons sauver la planète, je sais qu'en l'état actuel des choses c'est parfaitement utopique. Zemmour présente effectivement l'avantage louable de vouloir lutter, mais il ne lutte plus à armes égales ; il semble se croire encore à l'époque glorieuse de Napoléon, or nous n'en sommes plus là. Il devrait peut-être se contenter de faire de l'histoire en simple commentateur et non acteur, et surtout un peu plus de philosophie. Il a chopé le melon comme on dit.

La France n'est pas un safe space coupé du reste du monde. Dans ce phénomène mondial, il n'y a pas grand-chose à faire d'autre que de se comporter avec humanité vis-à-vis de nos semblables, comme le prône d'ailleurs le pape François avec les migrants d'origine musulmane. Comme le dit Heidegger qui prône le retrait et le détachement, seul un dieu pourrait nous sauver. La France sera de moins en moins un safe space, tout va se dissoudre dans le grand Tout, toute idée de retour en arrière est une chimère. La génération des baby-boomers porte une responsabilité immense dans le déclin actuel, elle avait toutes les cartes en main pour qu'advienne autre chose que ce qui advient aujourd'hui ; mais par inconséquence, esprit de jouissance au détriment des valeurs, elle a laissé les générations qui viennent après elle sans les armes pour affronter l'adversité.

La tentative de Zemmour est intéressante, instructive et riche culturellement et historiquement, elle nous rappelle d'où nous venons, ce que nous avions oublié à cause des baby-boomers et des nouveaux philosophes, mais elle me semble vaine et futile dans le contexte actuel, car trop empreinte de nostalgie, donc pas assez réaliste.

Si l’on voulait être réaliste, pour commencer il faudrait évidemment au moins doubler le salaire des enseignants et arrêter de jeter à fonds perdus dans la finance, c’est la base de toute chose sur laquelle tout repose, quel mépris de la part du pouvoir politique pour sa jeunesse ! À moins que tout cela ne soit mûrement réfléchi : on a vu sur quoi a débouché en Mai 68, le fait d'avoir voulu trop cajoler sa jeunesse en l'éduquant avec des valeurs et de la culture classique ; alors afin d'éviter tout trouble à l'ordre public vaut-il mieux la flatter, la maltraiter, et tout déconstruire… y compris le métier d’enseignant !

lundi 13 septembre 2021

Comment devient-on un homme puissant ?



Parmi les gens que j'ai connu dans mon enfance et mon adolescence, les seuls qui aient réussi étaient ceux qui ostensiblement étaient les plus méchants, vindicatifs et méprisants envers leurs petits camarades : Alexandre Wolff, Olivier Jalabert, Karim Achoui, Matthieu Béra... Les femmes qui n'étaient alors que des jeunes filles n'ont jamais été un but pour eux mais un moyen, instrumentalisable, c'est pour cette raison d'ailleurs que ça les séduisait tant de tomber entre leurs mains, au service d'une ambition supérieure ; cela indiquerait donc que les femmes aiment ça et qu'elles n'osent pas s'avouer à elles-mêmes leur véritable nature.

De vraies teignes étant enfants puis adolescents se sont métamorphosées en représentants de ce qu'a produit d'intellectuel leur génération. Une fois adultes et arrivés à leurs fins ils passent généralement pour des types super sympas, c'est l'image que désormais ils veulent renvoyer d'eux-mêmes ; mais il faut bien voir qu'une ambition énorme sous-tendait toutes leurs forces tournées déjà dès l'enfance vers un seul but : la réussite sociale. À cet égard la fin justifie tous les moyens. Tout cela semble donner raison à Nietzsche et à la volonté de puissance. Et seule la faim rassasiée arrive à calmer les ardeurs.

Je pense que l'espèce humaine est une espèce méprisable dont il n'y a pas grand-chose à attendre (malgré les dénégations de Nietzsche qui y place des promesses démesurées et surhumaines) ; c'est pour cela que Schopenhauer et dans sa lignée Houellebecq recommandent la pitié, autrement dit la compassion pour tout ce qui est vivant. Tandis que Nietzsche recommande la cruauté et la volonté de puissance, ou encore Sade le mal pour le plaisir de faire le mal qui est bien plus grand selon lui que de faire le bien.

L'espèce humaine est malheureusement comme ça, surtout lorsqu'on a brisé comme Nietzsche toutes les tables de la Loi et tous les garde-fous possibles ; tout cela étant nommé progressisme par nos contemporains postmodernes.

Je ne crois pas une seule seconde à cette histoire de syphilis qui est anecdotique. C'est la propre pensée de Nietzsche, totalement déconstructrice, qui l'a rendu fou, et c'est parfaitement logique et normal, il ne pouvait en être autrement. On ne joue pas avec le feu, en détruisant toutes ses racines, tous ses fondements spirituels, en détruisant par la pensée toute sa famille, son père, sa mère, sa sœur, les fondements de la religion, de l'éducation, de la vie en société, sans y laisser des plumes. Il est allé beaucoup trop loin sur un chemin de création et de salut et en même temps de perdition sans nul retour en arrière possible vers la santé mentale. Pour le salut de l'humanité grâce à la volonté de puissance nous a-t-il enseigné...

J'ai plutôt tendance à émettre de sérieux doutes, tout comme Houellebecq héritier de Schopenhauer ; pourquoi ayant conscience de l'absurdité foncière de l'existence humaine, ne pas tout simplement s'arrêter à une attitude de compassion pour tout ce qui est vivant plutôt que d'en tirer des conséquences sur le surhomme, avec toutes les conclusions fâcheuses que l'on sait sur le plan politique ?

L'idéal serait un genre de bouddhisme s'appliquant à l'humanité entière, car le christianisme est selon moi, tout comme l'islam, une religion trop cruelle ayant pour symbole un instrument de supplice ; celui de la peine de mort. Avec l'hégémonie de la Chine et avec elle de toute l'Asie orientale sur le plan mondial économiquement, on va sans doute arriver à un genre d'hégémonie mondiale des sagesses nous venant d'Extrême-Orient, et ce sera très bien ainsi.

Mon chemin de croix à moi est bien pire et absolument immoral (j'ai conscience que je suis immoral en souhaitant leur mort, et souhaiterais sincèrement qu'il en soit autrement), c'est la vie même de mes parents. Combien a-t-il fallu que les "valeurs" de la génération des baby-boomers soient fausses et surtout toxiques, pour qu'ils en arrivent à faire souffrir ainsi leur propre progéniture ; alors que tous mes grands-parents que ce soit du côté de ma mère ou de mon père, étaient des braves gens et même des gens sains, sincèrement altruistes et préoccupés du développement affectif de leurs enfants et petit-enfants, sans avoir la tête bourrée de théories philosophiques, pédagogiques, psychologiques, déconstructionnistes, qui globalement ont fait beaucoup plus de mal sur l'éducation des enfants, que la simple religion catholique, effectivement.

Mon cousin germain qui avait exactement le même âge que moi à cinq mois près, s'est suicidé à 23 ans, et mon père qui a refait sa vie avec une autre femme a eu une fille autiste. C'est très facile aujourd'hui d'exonérer les parents et de tout mettre sur le dos de la génétique, pour ma part je n'y crois pas une seconde.

Donc vive Zemmour : retour aux années 50/60 ? Aux joies de la religion catholique avant la déconstruction ? Sauf que, même si effectivement c'était mieux avant, le temps passé ne revient pas, et qu'à la place on risque d'avoir une monstruosité d'extrême-droite dont les forces de réaction ont le secret. Ne vaut-il pas mieux accepter le monde tel qu'il est comme le préconise Nietzsche, c'est-à-dire actuellement absolument merdique (néolibéral et progressiste), mais qui pourrait encore être pire ?

Je pense que les lycéens de terminale sont encore des enfants, et aujourd'hui encore plus qu'hier. On ne devient adulte désormais que vers trente ans, voire jamais, puisque la mode qui ne semble pas passagère est au jeunisme pour toute la vie.

Seules les valeurs de la jeunesse sont exaltées, on n'accorde plus aucun crédit à l'expérience, à la "sagesse" (rien que l'évocation de ce terme fait rire aujourd'hui, je n'ose le mettre qu'entre guillemets), et les vieux que nous sommes (pas vous), doivent s'y plier de bonne ou mauvaise grâce.

On ne devient pas pervers, on le reste, et ils sont des êtres immatures que notre époque favorise en ayant renoncé à l'éducation par la culture classique (au profit d'une sous-culture d'origine U.S), et que la mode ou la politique (je pense à Macron) portent au pinacle. Un pervers narcissique est un enfant qui le reste toute sa vie, c’est-à-dire qu’il reste pervers polymorphe toute sa vie.

L'avantage de Zemmour c'est effectivement qu'il est beaucoup plus adulte et mature, et donc intelligent, que Macron étant resté un enfant ; et ce dernier n'est qu'une marionnette entre les mains du système, il met moins de gens en péril que Zemmour qui voudrait frapper du pied dans la fourmilière.

Il ne sera donc jamais élu, ni lui, ni Marine Le Pen. Mais le système le laisse faire, car sinon où irait se déverser toute la frustration des gens devant un avenir qu'on enlève à leurs enfants ? Autrement dit c'est pour maintenir la paix sociale qu'on laisse s'exprimer Zemmour, s'il avait la moindre chance d'être élu il serait assassiné ou "suicidé" sur le champ par les services de police compétents.

Les hommes qui deviennent puissants une fois adultes sont-ils tous désormais des pervers narcissiques ? c'est possible. Autrefois ils se moulaient dans le schéma patriarcal et c’était mieux ainsi selon Zemmour. La déconstruction peut avoir du bon, mais elle peut faire énormément de mal aussi, lorsqu'elle n'est pas appliquée avec doigté et finesse. Ce ne sont pas les baby-boomers qui ont pris la déconstruction en pleine face, mais ma génération, ceux nés entre la fin des années 60 et le début des années 80 ; ils ont essuyé les plâtres comme on dit, et pour les générations d'après la situation s'est un peu éclaircie. Je suis beaucoup plus proche et fidèle à mon cousin que ma vieille et tendre tante, sa propre mère, qui refuse de me parler et demeure sous l’emprise de son frère pervers, mon propre père.

N'oublions pas que la France est un pays de veaux comme le disait de Gaulle, j'ajouterais dont le consentement est fabriqué par les merdias, et qui ne prennent jamais de risques dans leurs votes.


lundi 6 septembre 2021

Diviser pour mieux régner

 


Il n'y a plus de racisme ni de misogynie dans la société et c'est plutôt une bonne nouvelle, à moins d'être complètement à l'ouest, arriéré, ou encore vouloir être exclu de la communauté des bien-pensants, c’est-à-dire du camp du bien donc du genre humain. Le néolibéralisme a mis tout le monde d'accord, pour tous c'est united colors of Benetton, autrement dit l'esclavage généralisé sous la forme de l'ubérisation du monde du travail.

Le capitalisme 2.0 se montre sous les traits attrayants d'un militant antiraciste luttant contre toutes les formes de misogynie et d'homophobie ; en réalité ce sont les différences de genre et les spécificités régionales qui sont niées : beaucoup de femmes veulent être des hommes comme les autres et revendiquent les attributs phalliques du pouvoir. Le capitalisme 2.0 a récupéré Foucault, Deleuze, Derrida, et les a retournés contre les peuples et les genres dans ce qu'ils ont de singulier, pour imposer les woke et cancel cultures ; qui nous reviennent comme un boomerang des campus américains par le biais de la French Theory. Cette pseudo culture de la différence est une hypocrisie derrière l'uniformisation culturelle et le métissage ethnique qui nous sont imposés par la mondialisation.

{ Qu'est-ce qui a empêché Rimbaud de confirmer, rendu Verlaine clochard et Baudelaire fou ? C'est le shit. Le vin est le génie de l'Occident, le shit est un poison beaucoup plus fort, qui rend fou, le génie du Proche-Orient et du Maghreb. Le shit est peut-être le poison qui a empêché pendant un temps à l'islam de confirmer, par lequel ils commettent des attentats, mais par lequel ils peuvent rendre l'Occident complètement fou.

C'est chez Amin Maalouf que j'ai trouvé le thème du hashish, lorsqu'il traite de la question de la secte des Assassins (dont l'étymologie est précisément le mot hashish). J'ai fait personnellement l'expérience du hashish et en ai fait amèrement les frais, une drogue pas si anodine et récréative que ça et que je déconseillerais à mes enfants. Le vin me paraît moins nocif, mais avec modération, car il s'agit aussi d'un poison mais dont les effets sont plus lents.

J'ai fait cette expérience pour me soulager de la relation toxique que j'avais avec mes deux parents et que je subissais sans en être l'acteur, mais au lieu d'y obtenir une libération, j'y ai trouvé un engrenage qui très rapidement entraîne à la plus vile des servitudes sans retour en arrière possible. Les paradis artificiels sont une solution de facilité qui mène toujours très sûrement à l'enfer.

On peut être une victime en étant fils de blanc et de blanche, se prétendant au passage antiracistes et philosémites. J'aurais pu faire la une de Détective, évidemment c'est moins glamour. Est-ce que je tire une gloire et des avantages à être une victime ? Non mais c'est mon habitus et c'est très difficile d'en sortir. Mais j'aimerais en sortir.

Est-ce que l'on tire une forme de jouissance à être le martyre de ses parents ? Oui malheureusement, car sinon ce serait tellement plus facile d'en sortir - pour une raison analogue Freud disait qu'il ne pouvait pas soigner les pauvres car ils y trouvaient trop de compensations.

Pourquoi je n'aime pas le hashish ? Parce qu'il me replonge dans cet état psychotique où je subissais la violence de mes parents sans pouvoir être acteur ; il n'y a aucun racisme là-dedans. Je préfère le vin qui me détend.

Baudelaire : "Le vin exalte la volonté, le haschisch l'annihile [...]. Le vin rend bon et sociable ; le haschisch est isolant... Enfin, le vin est pour le peuple qui travaille et qui mérite d'en boire. Le haschisch appartient à la classe des joies solitaires ; il est fait pour les misérables oisifs."

Certains ont pu être des nazis et de très bons pères de famille, d'autres se prétendent démocrates et se comportent comme des nazis avec leurs enfants, qu'est-ce qui est le pire ? Ça dépend pour qui !

Mon préféré est Adrien Dufourquet et non pas Ferdinand Griffon (dit "Pierrot"), car je trouve Godard plutôt froid et hermétique, passion commune de la génération des baby-boomers ayant fait 68 que j'abhorre ; je lui préfère de loin le solaire et pas moins désespéré, Pasolini – qui a eu des mots très durs sur 68, cette « révolution » d’enfants de bourgeois.

Mai 68 a duré selon moi de 68 à 83, que l'on pourrait qualifier de parenthèse enchantée, les nouveaux philosophes ont surtout retourné prestement leurs vestes et fait preuve d'opportunisme. Après avoir été tous maoïstes, ils ont trahi les idéaux de Mai, tout comme beaucoup de 68ards tel mon père qui se sont dépêchés d'adopter un costume néolibéral à partir du début des années 80 sur le modèle de Tapie, l’égérie de Mitterrand ; après être presque tous passés par une brève période hippie que personne n'a su assumer et dont beaucoup d’enfants ont été les victimes (pédophilie), et dont j'ai la mémoire assez nostalgique.

Car finalement même si j’ai été un peu éclaboussé, je préférais l’amour libre à l’appât du gain. L’ironie de l’histoire est que mon paternel est redevenu un super macho patriarcal à peu près à partir de 1983, après avoir quitté sa seconde femme politisée et féministe pour une femmes sans saveur et soumise. Son leitmotiv pseudo darwinien n’était-il pas : seuls ceux qui s’adaptent aux changements sont suffisamment forts pour survivre ? }

Et comment le capitalisme 2.0 règle-t-il le problème de la différence ? En mettant tout le monde en concurrence (le struggle for life) sur un marché du travail dont les règles sont de moins en moins clairement définies et sous les traits d'un dirigeant d'entreprise ou d'un pays (ce qui aujourd'hui revient pratiquement au même) militant antiraciste sympa (mais qui ne transige pas sur les cadences de travail), surtout avec les femmes et les homosexuels, qui n'a plus rien de patriarcal. Je suis d'accord que les Occidentaux sont globalement plus protégés dans le monde du travail - mais ce n'est pas non plus une généralité loin s'en faut - que les réfugiés et migrants arrivant sans les bagages culturels et les codes qui leur permettraient de lutter à armes égales avec ceux qui jusqu'ici ont toujours eu une longueur d'avance sur eux, pour pouvoir mieux les exploiter - croisades, esclavagisme, colonisation, racisme au travail, travail dégradant et très mal payé etc.

Mais je crois sincèrement que nos élites mondialisées ne font plus du tout la différence entre peuples autochtones et populations allogènes, et que peu à peu, tous seront voués à subir le même sort, avec sa seule force de travail à exploiter par le Capital pour s'en sortir. Ce qui plonge d'ailleurs des peuples autochtones de l'Occident dans le désarroi et les poussent à voter pour des gens comme Trump (d'ailleurs censuré par les GAFAM) ou Le Pen en France - pas si autochtones que ça dans le cas des États-Unis, puisque les Amérindiens ont été remplacés et éliminés par ceux dont les descendants se proclament autochtones parce que leurs familles proviennent des premiers migrants.

Le cosmopolitisme financier attise nos discordes afin de mieux nous diviser, sait-on jamais, plutôt que de s’unir contre un ennemi commun. Les seuls vainqueurs de ces « conflits de civilisations » qui font des victimes en terres arabes et occidentales, sont des gens comme Jeff Bezos, Elon Musk, Bill Gates, Zuckerberg etc., bref les GAFAM ; mais je ne pense pas que ce soit encore la très grande majorité des Occidentaux comme quand ils avaient été mis à contribution pour participer aux croisades, à l’esclavagisme et à la colonisation.

Il est évident que Macron est un modeste employé, sans doute méprisé par ses supérieurs en raison de ses faibles revenus de président d'une république bananière au sein de l'atlantisme, mais il est un agent actif, docile et fidèle au service du cosmopolitisme financier ; alors que Trump aurait pu commencer à être dangereux pour les intérêts de ce dernier, ce pourquoi il fut censuré par les réseaux sociaux au nom du politiquement correct.