mercredi 26 janvier 2022

Les psys sont-ils les curés du monde contemporain ?

 


Le problème avec les psys est qu'ils se croient les curés des temps modernes et effectivement ils le sont. Nietzsche de droite ? D'abord il s'adresse avant tout à une élite du futur dont la principale caractéristique serait d'être une élite d'artistes en rupture totale avec le christianisme. Pas sûr que Nietzsche se soit posé la question de cette élite en ces termes de droite et de gauche. C'est plus compliqué que ça je pense. Nietzsche avait surtout le projet d'asseoir les fondations d'une société d'artistes créateurs seuls capables de supporter l'air raréfié des cimes, une élite du futur capable de créer de nouveaux dieux en rupture totale avec le christianisme, dont il aurait été le maître à penser avec un décalage dans le temps puisqu'il se pensait intempestif et inactuel pour son époque - selon lui incapable de le comprendre.

Sauf que selon Heidegger il n'achève pas la métaphysique de la subjectivité initiée par Descartes, au sens de la destruction ou de la déconstruction, mais en constitue l'achèvement au sens de l'accomplissement. En remontant encore plus loin, non seulement il ne renverserait pas le platonisme mais en réalité il adopterait exactement la même démarche que Platon, sauf qu'au lieu de subjuguer la vérité au bien, il subjuguerait la vérité à des valeurs certes aristocratiques mais avant tout par-delà bien et mal. Nietzsche se veut immoraliste, mais Platon n'était-il pas lui-même un aristocrate ?

Ainsi donc Nietzsche contrairement à ce qu'il croit (le philosophe au marteau), ne renverserait-il pas toute la métaphysique occidentale depuis Platon mais en réalité l'achèverait au sens de l'accomplirait. Or c'est bien toute cette métaphysique occidentale remontant à Platon que Heidegger se propose de déconstruire par le biais du dasein, en bon disciple de Husserl et de la phénoménologie ; chez Heidegger une autre façon d'achever la métaphysique occidentale, au sens de liquider, c'est-à-dire aussi de rompre, est de remonter aux présocratiques. S'il y a bien une philosophie dont la French Theory est l'héritière - French Theory qui nous revient comme un boomerang des campus américains par le biais du wokisme ; c'est bien davantage encore celle de Heidegger - qui déconstruit le sujet souverain (masculin et blanc) sur lequel se fonde la vérité par le biais de la certitude - que celle de Nietzsche.

Oui, nous vivons dans un monde absolument horrible qui ne donne plus sa chance qu’à ceux qui n’en ont pas besoin : les forts. Mais c'est davantage dû selon moi au néolibéralisme qu'à la philosophie de Nietzsche qui certes contrairement à celle de Schopenhauer, prône le rejet de la compassion et de la pitié, sans doute parce que Nietzsche y voyait la présence du christianisme, c'est-à-dire une façon pour la caste des prêtres d'avoir « une emprise sur les personnes. « Périssent les faibles et les ratés, on va même les y aider ! » À travers cette formule très provocatrice, c'est avant tout d'après moi cette emprise que combat Nietzsche plus que la compassion elle-même ; effectivement souvent Nietzsche prend le parti des criminels ou des victimes (souvent ce sont les mêmes) contre les juges... Autrement dit, Nietzsche combat l'emprise des faibles (les prêtres) sur les forts - qui pourraient être pour Nietzsche les artistes, à condition qu'ils soient libérés de cette emprise qui peut notamment faire d'eux des criminels ou des victimes ; ce qui fait toute la matière de sa philosophie, et ce qui ne l'a pas empêché de devenir fou, selon la légende au spectacle d'un cocher martyrisant un pauvre cheval récalcitrant à Turin. Sans doute un retour violent et fatal du refoulé compassionnel.

Or qui sont les prêtres aujourd’hui ? Ce sont les psys.

Les curés je ne connais pas très bien, mes parents ont dogmatiquement refusé que je me fasse baptiser, mais je crois que comme pour les psys il y avait une grande diversité des écoles ; qu'ils pouvaient être jésuites, dominicains, salésiens, franciscains... Les moines pouvaient être cisterciens, trappistes... Il y avait aussi mille et une façons pour les chrétiens de soigner les maux de l'âme. C'est le libéralisme qui le premier s'est montré franchement sceptique sur la capacité de soigner les maux de l'âme par la vertu. À la suite des libéraux (Mandeville, Smith...), les psys se sont engouffrés dans la brèche pour devenir les "curés", les régulateurs, de nos sociétés néolibérales où le vice privé fait la vertu publique. Notre mal vient évidemment de beaucoup plus loin que la seule génération des baby-boomers, mais disons qu'au lieu d'atténuer le mal, elle l'a exacerbé.

La vertu est une notion totalement obsolète dégradée par les libéraux, avec Mandeville en précurseur psy avant l'heure. Plus généralement la discipline psy est axiologiquement neutre tout comme la société libérale, elle ne se pose pas la question des valeurs en termes de bien ou de mal, elle ne se pose peut-être même plus la question des valeurs mais tout en termes de pragmatisme, de rendement et d'efficacité ; Kant est le dernier maître de la morale à part entière, après lui viennent les philosophes du soupçon et les psys. Les psys avec Freud s'inspirant de Schopenhauer et de Nietzsche voire avant eux de Mandeville, ont accompli une révolution copernicienne : c'est n'est plus le sujet pensant cartésien souverain (le cogito ergo sum) qui décide en nous, mais pour la plus grande part notre inconscient, la part immergée de l'iceberg, ou encore la volonté de Schopenhauer, cela remettant en cause le libre-arbitre et constituant pour l'orgueil humain une profonde blessure narcissique. Je crois que le rôle des psys est avant tout de remettre les gens sur les rails des relations humaines constructives, sereines, apaisées, dans le bon sens aussi. Parce qu'il y en a qui ont dû dérailler sur un aiguillage (les mauvais choix), d'autres ayant déraillé dont les roues continuent à tourner à plein régime (ce qui entraîne une surchauffe psychique entièrement stérile), d'autres allant dans le mauvais sens, etc. Le rôle des psys n'est pas de juger la société dans laquelle ils vivent mais de pousser leurs patients à s'y adapter : le fameux principe de réalité !

Commentaire envoyé (et publié dans son blog) à Florence de Mèredieu spécialiste d’Antonin Artaud.

« On vous censure peut-être parce que l'on vous reproche votre « violence » verbale ou à tout le moins votre franchise dans un monde hypocrite et profondément pervers ; c’est une hypothèse : vous êtes tabou en raison de votre absence d'auto-censure dans un monde consensuel et de l’entre-soi sous la coupe des baby-boomers - dont vous faites d’ailleurs partie ; fait inédit dans toute l’histoire occidentale, cette génération a omis de transmettre le monde tel qu’elle l’avait reçu (mais c’est encore plus compliqué que ça car les boomers sont avant tout des enfants du chaos et de la destruction). Traître à votre classe, car les boomers sont une classe sociale à eux seuls, une caste dirigeante dont ils ont exclu leurs propres enfants réduits à la déculturation et au consumérisme, c’est-à-dire la servitude volontaire. Je crois que vous vous exprimez avec une grande douceur et sensibilité pour masquer le feu qui bouillonne en vous, mais précisément on vous a démasquée ; vous n’arrivez pas à le cacher : vous « êtes » une violente.

LA RESPONSABILITÉ ÉCRASANTE DES BABY-BOOMER DANS L'ORIGINE DE LA CRISE ACTUELLE.

Il faut avoir selon moi un minimum de sentiment de culpabilité sans tomber dans les excès du christianisme qui in fine servent les intérêts, la volonté de puissance, des prêtres, en rabaissant les ouailles dans la servitude volontaire. Il faut avoir un minimum de sentiment de culpabilité et de sens du sacrifice pour pouvoir s'inscrire dans une filiation et pouvoir transmettre aux générations qui suivent le monde tel qu'on l'a reçu. Or les boomers l'ont considérablement dégradé le monde qu'ils avaient reçu en héritage. Mais cela s'explique peut-être par leur petite enfance et leur sentiment de dénuement (peu de jouets au pied du sapin à Noël quand il y en avait un, sniff-sniff, ouin-ouin !!!) quand leurs parents n'avaient rien et avaient tout à reconstruire, ils sont fondamentalement des enfants issus du chaos et du néant ; des destructions, des ruines, dues à la seconde guerre mondiale. Berlin année 0 ! En raison de ce dénuement originel, globalement les baby-boomers accumulent des richesses, dépensent beaucoup aussi, prennent l'avion pour aller à l'autre bout du monde, donc polluent beaucoup, mais ils se soucient de l'avenir de leurs enfants comme de leur première chemise, et ils ne redistribuent strictement rien, après eux le déluge !

La violence verbale, la provocation par le verbe, provoquent éventuellement le scandale et l'indignation, on a le droit d'être choqué, surtout chez ceux qui préfèrent regarder le doigt plutôt que ce qu'il montre – c’est ce que provoque la plupart des écrits d’Artaud. Mais cela n'a rien à voir avec la violence physique, l'interprétation par des violents d'écrits scandaleux ne regarde que les violents. Les appels à la violence physiques sont des écrits violents, souvent normatifs, étant des appels au meurtre, mais à ne pas confondre avec les écrits subversifs, scandaleux, choquants, cependant fondamentalement non-violents, puisque l’émotion contagieuse y passe par l'écrit plutôt que par la brutalité physique. Même Céline est fondamentalement non-violent, et il s'en explique souvent dans ses textes, idem pour Pasolini, idem pour Houellebecq et ses punchlines agressives et foncièrement drôles, idem même pour Zemmour selon moi - bien qu'il soit à la fois essayiste de talent et politique, c'est là où ça se corse ; Mein Kampf c'est une autre histoire, c'est un appel au meurtre. Bref l'écrit, dans le cas de la transgression, peut être une catharsis souvent mal interprétée par ceux n'ayant que les moyens d'opérer cette catharsis par la violence physique. La violence est certainement la plus contagieuse des émotions, bien plus que la catharsis non-violente qui s'opère par le biais d'un écrit subversif chez l'auteur et ses lecteurs. D'où l'erreur d'interprétation commise par les nazis des écrits de Nietzsche mais aussi de ceux de Hegel et de Kant - la banalité du mal propre à un Adolf Eichmann qui pour sa défense disait qu'en bon kantien il se contentait d'obéir aux ordres. D'où l'erreur des communistes soviétiques concernant les écrits de Marx. Enfin l'erreur de Robespierre et de ses sbires à l'origine de la Terreur, concernant les écrits de Rousseau. »

Faut-il voter pour Zemmour ? Ce dernier ne fait-il pas preuve d'une démarche volontariste et optimiste quant à la capacité des Occidentaux français d'origine européenne de se ressaisir ?

Zemmour a entièrement raison de parler du suicide français, mais si les Français veulent réellement se suicider collectivement - et dans son livre il pensait plus particulièrement à la génération qui a fait mai 68, c'est-à-dire les baby-boomers - que peut-il y faire ? Que peut-il y changer ? Les parents ont tout donné à leurs enfants baby-boomers, au point de se sacrifier pour eux, pour qu'ils réussissent. Qu'ont fait les baby-boomers du sacrifice de leurs parents ? Ils ont ironisé dessus, ramassé leur pognon, rejeté leurs valeurs, et décidé qu'il n'y avait plus rien à transmettre aux générations qui venaient après, que de toute façon en se fiant aux leçons de l'Histoire, elles n'en valaient pas la peine. C'est ce que Zemmour appelle à juste titre la haine de soi, certains comme mon cousin germain, sont passé à l'acte, se sont réellement suicidés très jeunes, en raison de la haine que leurs parents leur vouaient sans se l'avouer bien sûr. La haine née du sentiment de se voir mourir, vieillir à tout le moins, à travers la jeunesse de ses propres enfants.

Globalement, vous les baby-boomers, êtes des idoles, des dieux pour vos enfants, évidemment vous avez capté tout l'héritage de 2000 ans de civilisation chrétienne et n'avez rien redistribué. Comme on dit votre melon a tellement enflé que vous ne touchez plus terre. Tout remise en question vous est ontologiquement impossible. Vous avez fait barrage à la culture, éliminé la tradition, pour que vos enfants demeurent niais et incultes et ne puissent pas vous critiquer. Et en plus, globalement, vous n'avez aucun sens de l'humour, vous vous prenez toujours autant au sérieux alors même que vous glissez lentement vers l'Éternité.

Encore une fois ne vous offusquez pas, car il s’agit d’une généralisation qui est une conceptualisation, cependant il ne s'agit pas d'une conceptualisation au sens des membres biologiques de cette génération, mais au sens de type, d'esprit baby-boomer. Beaucoup d'enfants de baby-boomers ont l'esprit baby-boomer car ils sont à l'image de leurs parents, mais en plus petits : on pense à beaucoup de journalistes ou d’intellectuels qui tentent de faire perdurer l’esprit libertaire et de dérision de leurs parents, de fait ils se retrouvent souvent à devoir manier les ciseaux de la censure pour préserver un héritage impossible contre tous les populistes, conspirationnistes et obscurantistes. Et puis il y en a qui appartenaient biologiquement à cette génération et qui n'en ont pas l'esprit : ceux-là je les admire plus que tout, ce sont d'authentiques résistants.

Le problème ce sont davantage les populations autochtones qui se font hara-kiri en ne croyant plus du tout en l'avenir, en ne faisant pas d'enfants, que les populations allogènes qui se contentent de répondre à une demande du marché du travail. Ce qui fait davantage question c'est cette pulsion de mort, cette volonté de néant, qui animent les populations vieillissantes de l'Europe occidentale. Longtemps j'ai cru que c'était une sorte de complot des patrons, une ruse du néolibéralisme pour faire du profit avec une main d'œuvre à meilleure marché, mais non, je constate de plus en plus qu'il s'agit d'une démarche délibérée, plus ou moins consciente, de suicide collectif chez les Occidentaux d'origine européenne. C'est un peu trop facile de pointer du doigt les allogènes comme des bouc-émissaires et les responsables de tous nos maux, si nous ne voulons plus vivre et aimer nos enfants ils n'y sont pour rien. 

Mais je conçois que certains, par une sorte de masochisme très répandu, puissent préférer les enfants d'allogènes exotiques plutôt que leurs propres enfants biologiques ; un symptôme profond de décadence selon moi, un réflexe de fin de race. Au nom de ce droit à l’amour pour tous, beaucoup hélas, s'interdisent d'aimer leurs propres enfants biologiques ; car ce serait "injuste" vis à vis des enfants allogènes : un genre de discrimination positive au sein des familles s'installe et pas seulement au sein de l'École, où elle est déjà, depuis assez longtemps, très répandue. Je crois malheureusement que les familles allogènes pour le dire pudiquement, alors que je pense très fort, musulmanes, n’ont pas ce genre de scrupules. Les musulmans ne s’interdisent pas d’aimer leurs propres enfants plus que ceux des autres ; les Juifs aussi ont gardé leurs traditions. Personnellement ma mère n'a pas cessé de me dévaloriser et de me mettre des bâtons dans les roues parce que précisément j'étais blanc, mâle, d'origine chrétienne ; elle a pratiqué sur moi un genre de discrimination négative, c’est du vécu !

J’entends bien le discours des psys : « Les psychanalystes sont des opérateurs symboliques : ils se disposent à être ce que le patient/client fera d'eux. Ils ne le mettent sur aucun rail et ne l'invitent pas à s'adapter à la société de leur temps. Ils s'emploient à vous laisser découvrir votre désir ; votre ressort intime. En dehors des séances, il s'agit souvent de médecins doués de sensibilité et d'empathie. Le curé croit en Dieu, l'analyste croit en vous, en votre pouvoir d'évoluer, qui que vous soyez. »

Discours spinoziste, pratiquement impossible à mettre en œuvre dans la réalité, mais ce sont de très belles paroles et de très nobles sentiments qui vous honorent. Je crois hélas plus trivialement que vous vous payez de mots. J'ai fréquenté énormément de psys, ma mère est psy, les amis de ma mère, puis en tant que patient. Je ne dirais pas que ce sont tous des escrocs, ce serait excessif, mais plus pragmatiquement ils ont tous des objectifs de rendement, d'efficacité, de retour sur investissement. Dans le cas singulier de ma mère, et de la dernière clinique psychiatrique que j'ai fréquentée, pour leur pomme d'abord. Désolé de doucher un peu votre idéalisme psy, les derniers psychiatres que j'ai fréquentés au sein de la clinique où j'ai séjourné étaient avant tout préoccupés de faire du chiffre, de leurs superbes demeures bauloises, de leurs énormes bagnoles rutilantes, et de leurs vacances de rêve. Mais je reconnais qu'ils peuvent faire beaucoup de bien tout en étant très égoïstes, ils sont eux-mêmes très adaptés à la société néolibérale et son leitmotiv énoncé par Mandeville dès 1714 : vice privée, vertu publique.

mercredi 19 janvier 2022

La communauté politique contre l'individualisme des droits de l'homme

 


Tout ce qui est alternatif et néo ne fait pas de racines, termine en eau de boudin.

Blanquer comme tous les ministres de l'Éducation nationale est avant tout l'ennemi des profs. L'effet pervers de l'École est de contribuer à bâtir une caste de CSP++ coupée du reste de la communauté. Nous vivons dans une pseudo-démocratie où il n'y a pas de communauté politique car les intérêts des uns et des autres divergent trop et entrent constamment en conflit entre eux.

Moi je te parle d'un système de solidarité dans les campagnes bretonnes qui était enraciné et qui a duré pendant des siècles voire des millénaires, et que le néolibéralisme, l'individualisme, le darwinisme social a anéanti en deux générations.

Alors me fait pas chier avec tes néos et tes alternatifs.

Toi tu parles toujours en termes de néos et d'alternatifs, bref de quasi-clandestinité. Non la révolution des mentalités si elle doit avoir lieu doit être généralisée à l'ensemble de la société : mais ça n'a strictement jamais marché en réalité, sauf dans les rêves des philosophes. C'est pour cela qu'il faut plutôt revenir en arrière (ce qu'on appelle péjorativement réaction), sur des systèmes qui ont déjà fait leurs preuves et en y apportant quelques touches d'humanité, d'humanisme et d'amélioration du bien-être général.

Le progrès c'est globalement du bidon. Les Lumières c'est globalement nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Rousseau a échoué, la société post révolutionnaire est bien pire que celle d'avant la Révolution, et Rousseau serait entièrement d'accord sur ce triste constat. Rousseau voulait un système égalitaire, rural et démocratique, il avait prédit que le triomphe des intérêts individuels organisés en partis et le monde de la finance, anéantiraient la démocratie, on y est.

Pour qu'une démocratie fonctionne il faudrait que chacun soit prêt à sublimer son intérêt personnel au profit la communauté politique : c'est ce qui se passait dans les campagnes bretonnes. Personne n'était laissé à la rue, les orphelins étaient systématiquement recueillis par des oncles, des tantes, des aïeux...

Tout fonctionnait en harmonie sur le principe de la solidarité, et la communauté communiait dans l'Eucharistie sans avoir besoin de se chercher des bouc-émissaires au sein du groupe social - la France forme-t-elle encore une entité politique, c'est-à-dire une communauté de destin ?

Certes l'ennemi jadis c'était d'autres communautés, comme les Anglais. L'ennemi héréditaire avait la fonction de bouc-émissaire, contre qui se soude la communauté ; on voit bien qu'un Zemmour se réfère assez souvent à un tel modèle de communauté politique.

Aujourd'hui la communauté de ceux qui votent pour Macron (de droite, de gauche), les CSP++ des grands centres urbains, les bobos de gauche progressistes fonctionnent dans l'entre soi ; tout le reste de la population, ceux qui habitent la France périphérique, sont rejetés. La communauté très minoritaire des grands centres urbains ne tend une main intéressée que vers les minorités ethniques et religieuses ayant trouvé refuge à la périphérie de ces grands centres urbains, mais attention, sans se mélanger quand même ! Car en réalité la mixité sociale entre blancs et minorités ethnico-religieuses n'existe nulle part, même pas dans une petite ville de province profonde comme Redon en Ille-et-Vilaine.

Les bouc-émissaires de la communauté des urbains surdiplômés CSP++, ce sont les habitants de la France périphérique qui votent mal, ces populistes que l'on appelle aussi des déplorables.

Je ne te parle pas des bourgeois bretons ni même des nobles, le peuple breton formait une communauté politique prenant des décisions quant à la gestion de ses affaires, de la famille. Il y a une anecdote qui dit que même un paysan breton issu de la plus basse extraction ne se courbait jamais devant le plus grand seigneur de Rohan, car il pouvait absolument légitimement lui rétorquer : "moi aussi je suis breton !" Quant aux bourgeois, ils constituent une classe qui est une perversion de la Révolution française, une classe qui s'est enrichie bien plus que la noblesse de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Tout n'est pas à jeter dans le progrès, idéalement il aurait dû servir à améliorer le système en améliorant les conditions de vie de chacun. Or non, en réalité le progrès a tout détruit. C’est cet ancien système populaire, de décence commune, qu’il faudrait réhabiliter sur le plan politique pour toute la France, en y ajoutant modérément ici et là quelques touches de progrès afin d’améliorer les conditions de vie et le bien-être général : il n’y a pas besoin de davantage, sinon on tombe dans la démesure, l’hybris.

Avec cette histoire de pandémie de vaccinés on y est en plein, dans la démesure, et les effets pervers du progrès. Une "démocratie" qui repose sur des intérêts financiers, en l'occurrence ceux de big pharma notamment, avec à sa tête un banquier, n'est plus une démocratie.

samedi 15 janvier 2022

Que pense Macron des Deschiens ?



La méthode scientifique, le scientisme, et la croyance.

Le scientisme relève de certaines superstitions, pas la méthode scientifique. Heureusement tous les scientifiques ne sont pas scientistes, voire de moins en moins car c’est passé de mode, se contentant d’être pragmatiques à l’anglo-saxonne et le croient-ils débarrassés de tout préjugé idéologique. Je pensais surtout à la psychanalyse qui relève du scientisme mais pas du tout de la science, et dont Onfray peut-être de façon excessive et caricaturale, l’effet bulldozer qui lui est propre, a souligné la part d’ombre, la dimension gourou aussi, induites par la personnalité de Freud, plutôt autoritaire avec des sympathies avoués pour le fascisme de Mussolini (en qui il se reconnaît ?), et par sa propre idiosyncrasie dont il s’est inspiré pour en tirer des lois générales applicables à l’ensemble du genre humain – hormis les Irlandais réfractaires selon lui à sa médecine (selon moi pour des raisons de croyance ce qui est un comble pour ce qui se veut une démarche scientifique donc universelle). La psychanalyse n’est pas une méthode très rigoureuse et scientifique, relèvant davantage du culte de la personnalité et de l’adhésion inconditionnelle de ses adeptes en la personne du gourou, avec toute la part de dogmatisme et de superstitions que cela peut comporter à l’instar de toute croyance, voire culte de la personnalité – on se souvient que dans Le meilleur des mondes, le livre d’Aldous Huxley, les protagonistes invoquent indifféremment notre Ford ou notre Freud dans leurs prières.

Au fond Freud qui se voulait le pourfendeur des religions dans « L’avenir d'une illusion » notamment, n'a-t-il pas remplacé une croyance par une autre croyance, une religion révélée par un pansexualisme ?

Quant à la méthode scientifique et au développement des technosciences, les progrès des sciences se nourrissent de ceux de la technique et vice et versa, ils sont sans doute utiles (au sens de l’utilitarisme ; ce qui est selon moi péjoratif) et source de progressisme au sens idéologique (ce qui venant de moi est péjoratif), car le progrès augmente le bien-être et la quête de ce dernier par des progrès sociétaux. Mais 1) selon Heidegger « la science ne pense pas » ; 2) la technique repose sur l'arraisonnement de la nature sur le mode de la provocation avec une explosion d'effets pervers qui sont l'impensé du progrès, qui se fait selon Arendt « derrière le dos des hommes en chair et en os » : au fond les bénéfices retirés comme le bien-être ne se paient-ils pas de désavantages plus grands encore - comme la solitude ? 3) la méthode scientifique elle-même a pour fondement une métaphysique de la subjectivité, qui fait du sujet (res cogitans) le seul critère de vérité de cette méthode par le biais de la certitude – qui elle-même découle du doute dans ses fondements métaphysiques cartésiens ; au détriment des phénomènes et du monde tel qu'il est (res extensa). D’autant plus Descartes affirmant qu’une fois posés les fondements métaphysiques de la méthode scientifiques, il n’était plus utile de revenir sur eux. Il a fait l’expérience du doute systématique et radical, hyperbolique, pour en délivrer ses successeurs une bonne fois pour toute, afin de faire table rase du passé et tirer de son expérience métaphysique - presque une révélation d’ordre mystique, une intuition géniale, sur le statut de la vérité - la substantifique moelle ; à savoir la méthode scientifique moderne débarrassée de ses présupposés grecs sur le statut de la vérité.

En voulant débarrasser la méthode scientifique de toute superstition, Descartes annonce une nouvelle superstition qui animera ses successeurs positivistes, francs-maçons, scientistes, progressistes sociétaux... celle de l’absence de doute concernant les vertus du progrès scientifique, du progressisme sociétal ; bref une nouvelle forme de croyance aveugle.

C’est sur le statut de la vérité venant des Grecs anciens, occulté depuis Descartes par la méthode scientifique, que Heidegger ne cesse de revenir pour déconstruire la métaphysique de la subjectivité, et la souveraineté du sujet pensant sur le monde tel qu’il est, celui des phénomènes voire du bon sens ; pour déconstruire l'hégémonie de la res cogitans sur la res extensa à laquelle appartiennent tous les animaux réduits à la condition de machines.

Contre la certitude propre à la métaphysique de la subjectivité, le scepticisme et la suspension du jugement d’un Montaigne.

Personnellement je m'efforce de prendre exemple sur Montaigne, je m’interdis de penser de façon partisane, dans un camp contre un autre, en l’occurrence le camp du Bien contre celui de la fachosphère et du complotisme ; c’est tellement réducteur et injuste, et puis c’est une façon confortable de se donner bonne conscience à moindres frais : comme toute la gauche bobo, délivrant ses bonnes paroles moralisatrices venant des centres urbains des grandes métropoles vers la France périphérique qui pense mal, voire nécessite d'être rééduquée ; je préfère encore suspendre mon jugement en bon sceptique. Je n'ai jamais vraiment goûté l'"humour" de Canal + sur la beaufitude de la France profonde (dixit les élites) avec un programme comme les Deschiens.

Oui effectivement j’ai lu pas mal de livres de Zemmour et l’avantage est qu’il est un des seuls hommes politiques à ne pas penser comme un technocrate apte uniquement à gérer les affaires courantes et « après moi le déluge », il écrit aussi très bien contrairement à la majorité de ses pairs qui ont recours à des conseillers en communication pour rédiger leurs livres.

Concernant l’esprit partisan c’est ce qui entraîne des guerres civiles selon Montaigne, il encourage plutôt à la tolérance et au dialogue sans esprit de censure : il n’y a pas de camp du Bien pour Montaigne, et c’est même ce qui encourage selon lui l’intolérance et peut être même source d’obscurantisme et d'ostracisme, d'autant plus quand le camp du Bien se réclame du Bien avec un grand B comme de nos jours : « Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère : je m'avance vers celui qui me contredit, qui m'instruit » - tout le contraire du « je ne parle pas aux cons ça les instruit » bien plus consensuel (dans une époque de vulgarité et de méchanceté généralisées) de Michel Audiard inspiré de Céline, drôle certes mais intolérant. Que de progrès techniques incontestables depuis Montaigne, mais peu d’avancées sur le plan de l’éthique, une stagnation voire une régression. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », cette citation que l’on attribue à Pascal a en réalité pour origine une citation de Montaigne voulant dire exactement la même chose ; elle demeure plus que jamais d’actualité en nos temps troublés, obscurantistes, partiaux et ostracisants – souvent au nom des droits de l’homme, le plus petit dénominateur commun quand toute communauté politique digne de ce nom a été abolie.

Les Bretons sont-ils des monstres avec leur rire démoniaque ?

Ce rire de bon sens exprime plutôt un scepticisme quant aux prétentions exorbitantes du progressisme sociétal représenté aujourd’hui par le duo Macron/Schiappa.

Je me souviens juste que quand j'avais vers 10-11 ans, ma mère avait invité des intellectuels juifs  (je sais c'est un pléonasme, encore qu'il ne faille jamais essentialiser) dans la maison familiale de Quiberon. Par défi et par jeu, ils avaient revendiqué leur identité juive qui avait selon eux servi à civiliser la Bretagne (qu'ils assimilaient à l'âge de pierre), la France (quand même un peu plus civilisée), voire le monde entier, alors par défi j'avais revendiqué mon identité bretonne, mais je n'étais qu'un môme. Cette même « identité » m'a servi aussi à lutter contre la volonté d'emprise délétère et sexuelle de mon paternel, grâce à mes grands-parents qui m'accueillaient avec le cœur sur la main sans avoir conscience qu'ils me protégeaient d'un monstre, eux qui parlaient breton avec enthousiasme le plus souvent en riant très fort - un peu à la façon d'un Le Pen père (qui parle lui français, mais d'un français directement issu d'un caractère breton et qui avait dû entendre ses aïeux parler en langue bretonne) qui vient d'ailleurs de la même région du Morbihan que ma famille du côté de ma mère, peut-être un cousin ?

C’est un exemple de ressenti phénoménologique qui n’a rien d’une méthode scientifique fondé sur la certitude.

vendredi 14 janvier 2022

anéantir

 


Peut-être que Houellebecq ne souffre pas la comparaison avec Céline. Ou alors donnons une définition de Houellebecq comme étant encore plus nihiliste et décadent que Céline, parce que l'époque - le début du XXIème siècle - est bien plus nihiliste et décadente que le début du XXème siècle. D'Extension du domaine de la lutte à anéantir, l'œuvre de Houellebecq est comme l'époque, elle ne s'améliore pas avec le temps, elle décroît à mesure que la Matière prend le pas sur l'Esprit ; c'est en cela qu'elle est intéressante : elle décroît à mesure que l'artiste grimpe dans l'échelle sociale et y perd peu à peu son esprit de révolte initial et sa rage intrinsèque contre l'injustice qui lui a été initialement faite - lui un être si intelligent et si sensible, traité comme un déchet par la collectivité humaine, et plus particulièrement par les femmes. Finalement un peu comme Zuckerberg, qui a créé un réseau social puis a fait fortune pour se venger de sa petite amie qui l'avait plaqué.

On sent la maladie, l'avachissement, la vieillesse, une forme de lassitude rendant incapable de mener un quelconque projet au bout (on pense à toutes ces pistes laissées vacantes en cours de route dans son dernier roman), s'inscruster peu à peu dans son œuvre, pour finalement totalement l'envahir, comme une cité naguère prospère, féconde et imaginative, mais ruinée et désertée, pourrait l'être par la végétation ; les arbres, les racines, des lianes, recouvrant tout peu à peu, des animaux faisant leurs abris dans les temples et les palais naguère remplis de vie sociale. L'artiste laissant faire l'œuvre de destruction de la nature sur la culture, et le résultat n'étant pas si moche que ça, à l'instar de ces vieilles cités mayas, incas, ou cambodgiennes, rendues à la jungle. À mesure qu'il n'a plus rien à prouver et a été hissé au rang d'idole par ses contemporains qui avaient commencé par l'humilier, l'artiste n'a plus à se donner la peine de rien, il en est le parasite sacré en en ayant conscience ; ayant atteint le sommet comme il l'avoue lui-même, il n'a plus qu'à se laisser aller en roue libre dans la descente.

"L'homme par qui le désert croît" ; Nietzsche. On pourrait rajouter exponentiellement par-dessus le marché, et citation dont Houellebecq est la parfaite illustration, le miroir tendu à nos contemporains dans un dernier éclat de rire, un ricanement cynique voire obscène, de ce principe d'entropie qui n'affecte pas seulement nos vies individuelles, mais les bases de notre civilisation dans ses fondements ; comme le couple hétérosexuel et la famille. L'énergie qui a servi à fonder notre civilisation, se disperse dans des luttes intestines, stériles et fratricides, dont le wokisme constitue la quintessence caricaturale.

Le déclin il est avant tout dans la tête de Houellebecq, il s'exprime jusque dans son physique et sa dégaine qui dégagent un très fort degré d'avachissement dont il joue et jouit par provocation - voir les films dans lesquels il joue étant jubilatoires, tant son personnage de Droopy perspicace et désarmant est soigneusement peaufiné. Houellebecq a vaincu la fatalité de son propre caractère, il en a triomphé par un coup de force contre l'anéantissement qui lui était promis par les circonstances. Bel exemple pour nous tous de résilience réussie ; l'esprit chez lui a vaincu la matière, on y trouve bien des éléments de nostalgie pour la vieille France catholique qui déplaisent tant aux progressistes. Autrement dit l'esprit survit en lui alors que la matière anéantie par le modernité et le progressisme est déchue : en ressemblant à un clochard il reste en réalité fidèle à lui-même et à ses débuts prometteurs.

« Famille et conjugalité, tels étaient les deux pôles résiduels autour desquels s’organisait la vie des derniers Occidentaux en cette première moitié du XXIe siècle. D’autres formules avaient été envisagées, en vain, par des gens qui avaient eu le mérite de pressentir l’usure des formules traditionnelles, sans pour autant parvenir à en concevoir de nouvelles, et dont le rôle historique avait donc été entièrement négatif. La doxa libérale persistait à ignorer le problème, tout emplie de sa croyance naïve que l’appât du gain pouvait se substituer à toute autre motivation humaine, et pouvait à lui seul fournir l’énergie mentale nécessaire au maintien d’une organisation sociale complexe. De toute évidence c’était faux, et il paraissait évident à Paul que l’ensemble du système allait s’effondrer dans un gigantesque collapsus, sans qu’on puisse jusqu’à présent en prévoir la date, ni les modalités - mais cette date pouvait être rapprochée, et les modalités violentes. Il se trouvait ainsi dans cette situation étrange où il travaillait avec constance, et même avec un certain dévouement, au maintien d’un système social qu’il savait irrémédiablement condamné, et probablement pas à très long terme. » anéantir, page 539.

On a beau savoir tous les méfaits du néolibéralisme et de l'appât du gain comme système structurant et "civilisationnel", on ne fait rien contre car les progressistes - les médias mainstream notamment, le système judiciaire (que Zemmour critique à juste titre), même le système scolaire etc. - sont dans le déni et pourtant c'est comme le nez au milieu de la figure... Le système tient grâce à une minorité de gens qui y trouvent des bénéfices sans commune mesure, liés à la volonté de puissance ou volonté de volonté ; voire la perversion selon Dany-Robert Dufour.

Il y aurait beaucoup à dire sur le système judiciaire qui est désormais contre la famille et le couple hétérosexuel, au nom des droits de l'homme c'est-à-dire du plus petit dénominateur commun ; l'individu réduit à sa plus simple expression c'est-à-dire un élément atomisé privé de toute communauté politique où s'épanouir. Communauté dont les derniers rogatons sont en voie de décomposition, car le pouvoir "politique" représenté notamment par Macron en France s'acharne à détruire la moindre de ses expressions. Les particules élémentaires c'est l'atomisation de la société, l'anéantissement de toute communauté que jadis la famille et son socle religieux servaient à souder. Progrès ou déclin ?

Malgré la disparition programmée du christianisme par le libéralisme, la recherche de bouc-émissaires reste in fine le principe structurant de nos sociétés en déclin, d'autant plus qu'elles sont en déclin à cause du déni de ce principe structurant contrairement au christianisme - lire René Girard. Dans anéantir, les bouc-émissaires sont les vieux, tous les "inutiles", voire en extrapolant un peu les artistes que Houellebecq définit comme des parasites sacrés de la société ; il y voit d'ailleurs une supériorité de la société musulmane qui n'abandonne pas ses vieux, sur les sociétés libérales occidentales.

Le projet sous-jacent sans doctrine explicite du néolibéralisme, c'est d'anéantir la fin de vie, l'agonie, la mort, derrière le dos des vieux en chair et en os. Il n'en parle peut-être dans son dernier roman que très peu mais c'est le projet du transhumanisme - le destin du néolibéralisme ; beau projet d'immortalité s'il était réalisable, or selon moi il n'en est rien : il s'agit d'un simple fantasme de riche omnipotent sur le plan matériel mais si pauvre sur le plan spirituel, ne supportant pas de se voir mourir au même titre qu'un "pauvre hère" après avoir pu jouir d'absolument tout sur terre.

HOUELLEBECQ INACCEPTABLE !!!

Houellebecq en dit beaucoup sur la nullité de l'époque, d'une part parce que son destin était sans doute d'être un homme moyen voire médiocre, d'autre part parce qu'à travers son regard d'homme moyen qui provoque spontanément de grands éclats de rire (la grande force de sa prose plate et monotone ponctuée de punchlines drolatiques), on s'aperçoit, tellement ce regard est perçant, qu'en réalité on est souvent très loin d'être aussi intelligent et perspicace que lui ; d'où la honte aussitôt ressentie de recevoir des leçons d'un tel individu qui physiquement ressemble vaguement au SDF en bas de l'immeuble. À travers lui on perçoit surtout la médiocrité des élites. Il joue dans notre société le rôle d'un Diogène le cynique, on dirait aujourd'hui d'un bouffon (comme l'était finalement Molière à la cour du Roi-soleil), disant à tous les arrogants Alexandre : « ôtez-vous de mon soleil » - en langage moderne « foutez-moi la paix » !

Alors évidemment un tel comportement provoque des jalousies énormes chez tous les pisse-vinaigres, les pisse-froids, qui souvent ont un petit talent, rarement un grand talent, et absolument jamais du génie. Un tel comportement apparaît chez tous les médiocres de la littérature ou autres, chez des critiques, des biographes, comme une provocation énorme, inacceptable.


samedi 8 janvier 2022

Capitalisme en phase terminale

 

Capitalisme en phase terminale - le wokisme : une arme entre les mains du capital.

Les Français veulent des chefs, et tout le monde veut être le petit chef de son voisin, y compris en le dénonçant ; personne ne veut penser la société sans classe et le communauté politique par le biais de la démocratie directe étant la seule véritable démocratie, tout le reste étant oligarchie, capitalisme financier et exploitation de l'homme par l'homme, subtilement, sans doctrine explicite - à la différence des régimes fascistes, de ségrégation raciale, et/ou explicitement patriarcaux.

Il n'y a plus de relations humaines, mais uniquement de l'oppression, y compris au sein des familles - viol de l'innocence et de l'intimité des enfants ; globalement les rapports humains se judiciarisent et font la fortune des avocats et des magistrats, par incapacité de viser la bonne cible on se rabat sur son prochain pour l'oppresser et on exalte l'homme du lointain (forcément, lui, par exemple le Ouïghour, ne nous "emmerde" pas !) et les minorités locales - avec qui on évite quand même de se mélanger, mais sont utiles pour rendre des services, à condition qu'elles soient parquées loin des regards dans les zones péri-urbaines.

En société néolibérale en phase terminale, tout est prétexte pour se faire la guerre afin d'obtenir une petite place au soleil, pour sa gueule : le racialisme est une guerre des races sous couvert de progressisme et sous les traits du wokisme ; le néoféminisme est une guerre que les sexes se livrent en pointant le relativisme du genre et l'oppression patriarcale tout au long des siècles ; le pass vaccinal est un combat ostracisant mené par le pouvoir et les moutons virulents, sur le terrain de la citoyenneté ; etc.

Il n'y a que la guerre des classes, la plus brûlante de toutes en réalité, la mère de toutes les autres en régime néolibéral, qui soit soigneusement occultée, cachée, tabou, comme si elle n'existait pas et n'avait jamais existé - la guerre des classes n'existe pas car elle a été discréditée par le goulag (Soljenitsyne), et les « nouveaux philosophes » (sic) : Glucksmann, Bruckner, BHL, notamment, et beaucoup d'autres.

La lutte des classes est un non-dit, l'impensé des sociétés postmodernes. C'est peut-être aussi tout simplement passé de mode, et semble ringard au plus précarisé des salariés préférant faire confiance aux méthodes de développement personnel pour s'en sortir par soi-même, sans les autres mais plutôt contre les autres.

Pendant que le peuple, et les victimes en son sein de tout genre de discrimination sociétale réelle ou imaginaire se font une guerre intestine afin d'obtenir des avantages victimaires, des bénéfices secondaires - car demander une vraie réparation ce serait remettre en question tout l'édifice social et les rapports de classe, pour sortir collectivement du statut de victime, de la souffrance salariale et de la précarisation, étant un esclavagisme moderne par le biais de l'ubérisation. Les vainqueurs de la mondialisation, les habitants des grandes métropoles intramuros, les bobos de gauches progressistes, bref tous ceux qui se sentent représentés par le néolibéralisme incarné par Macron se frottent les mains : diviser pour mieux régner.

Même en phase terminale, le capitalisme a encore de beaux jours devant lui, effectivement pour lutter contre il faudrait des gens unis et solidaires, tout ce qu’empêche le monde du travail sous l’égide du néolibéralisme asocial et apolitique (le contraire du politique au sens de la communauté politique et de la démocratie directe) et l’idéologie progressiste qu’il véhicule dont le projet est de diviser - wokisme. La capitalisme mourra tout en étant obèse et impotent, et sans doute de son obésité et de son impotence...

De toute façon nous n'aurons pas le choix, soit nous sortirons du capitalisme, soit le capitalisme aura notre peau à tous. Et je ne crois pas à des réformes réussissant à instaurer un développement durable au sein du capitalisme. La croissance du capitalisme repose sur la cupidité des acteurs économiques, et cette cupidité qui permet l'enrichissement de la société n'a rien de rationnel et s'accompagnent de tout un tas d'effets pervers - le narcissisme notamment. En outre un tel projet a été théorisé en premier par Mandeville il y a plus de 300 ans, le petit ruisseau exaltant la perversion des élites et la cupidité des patrons, s'est transformé en énorme torrent boueux ravageant tout à la surface du globe.


mardi 23 novembre 2021

Freud avait-il des pulsions fascistes ?

 


 LA NATURE DE L'HOMME SELON FREUD, extrait de Malaise dans la Civilisation :

« ... L'homme n'est pas une douce créature qui a besoin d'amour et peut, tout au plus, se défendre quand on l'attaque, mais qu'il doit également compter une part considérable d'agressivité parmi ses tendances pulsionnelles. Par conséquent, son prochain est pour lui non seulement une aide éventuelle et un objet sexuel, mais aussi une tentation de satisfaire son agressivité à ses dépens, d'exploiter sa force de travail sans dédommagement, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de le dépouiller de ses biens, de l'humilier, de lui infliger des souffrances, de le torturer et de le tuer. Homo homini lupus. »

Freud a une vision pessimiste de la nature humaine, comme Hobbes, homo homini lupus. Cela pourrait expliquer pourquoi Freud avait de la sympathie pour le régime fasciste de Mussolini selon les dires d'Onfray ; mais alors pourquoi a-t-il si formellement rejeté la religion dans L'Avenir d'une illusion, elle qui permettait la fabrication d'un surmoi au sein d'un cadre moins belliciste que le fascisme ? C'est peut-être qu'il vivait la religion comme une rivale pour sa théorie ayant à ses yeux une vocation messianique - ce sur quoi il ne s'est d'ailleurs pas trompé. Autre point commun entre Hobbes et Freud, au nom de leurs visions pessimistes de la nature humaine, la revendication de régimes forts et autoritaires capables de canaliser la pulsion prédatrice humaine.

La religion peut évoluer avec son temps. Elle n'est pas figée, peut se réformer et admettre ses erreurs contrairement à la doctrine freudienne qui ne saurait être blasphémée, ni remise en question d'un iota par ses adorateurs.

Lisez l'article d'Onfray et vous verrez que Freud à travers certains indices que son œuvre livre, n'ayant pas confiance en l'homme fait confiance au chef ; tout comme Hobbes qui à son époque défendait l'absolutisme royal. Ce qu'il était lui-même, Freud, au sein de sa confrérie : le leader, voire le gourou qu'il est encore pour beaucoup par mimétisme avec la doctrine du maître à penser même s'il est mort depuis longtemps. Je connais pas mal de psychanalystes qui en ont fait leur "Dieu", ou tout du moins leur idole indéboulonnable.

Je ne pense pas que la religion judéo-chrétienne, sa mythologie et son Credo, soit si absurde que ça comme l'explique très bien René Girard, et comment la religion a su gérer de façon plutôt pacifique par rapport aux horreurs du XXème siècle la logique sacrificielle et le besoin pour toute communauté de bouc-émissarisation d'un tiers. Ce tiers c'était le corps du Christ au cours de la cérémonie de l'Eucharistie, dont on répétait symboliquement le sacrifice en le mangeant - cannibalisme. Quant aux principes de pardon et de charité du christianisme, il serait de bon ton dans notre période très sombre de violence mimétique exacerbée par le consumérisme et la compétition républicaine (la fameuse "méritocratie" !) de s'en souvenir un petit peu. Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui la majorité des hommes soit plus émancipée qu'avant 1789, d'autant plus qu'il faut compter désormais sur l'explosion démographique pour assister à une multiplication des individus souffrant, directement issue des progrès scientifiques. Non je crois que tout allait mieux avant 1789, et que l'on n'aurait jamais dû se jeter tête baissée dans le progrès en coupant des têtes... 

Et puis le freudisme n'est pas une science exacte, mais vient s'imbriquer dans une époque de scientisme, c'est une doctrine qui comporte son propre Credo, ses mythologies et ses superstitions, surtout vis-à-vis du sexe considéré comme un remède quasiment miraculeux par le sens commun contemporain.

Quel progrès le XXème siècle ! Deux guerres mondiales, des génocides, le goulag, j'en passe et des meilleures, des centaines de millions de morts violentes dans des conditions absolument effroyables. Il ne s'agit pas de gober ni d'être archaïque, il s'agit de se conformer à la nature humaine profonde, on n'abolira pas par décret le besoin de bouc-émissarisation d'un tiers pour souder toute société. La logique sacrificielle fait profondément partie de la nature humaine, c'est sa part maudite, certes de façon très archaïque ; mais comme nous les ont montrées toutes les horreurs du XXème siècle d'une manière tragique, de façon indépassable même par la science et la raison. Le scientisme constitue la plus grande des naïvetés dans laquelle le freudisme est tombé. Et Heidegger d'affirmer que la science ne pense pas.

Kant disait qu'à un certain moment il fallait mettre une limite à la raison pour laisser place à la foi, c'est ce que notre époque de toute puissance nietzschéenne (la volonté de puissance/nuisance) a totalement occulté.

En tout cas je reste persuadé que la construction du surmoi chez l'enfant en développement n'a rien de rationnel et passe par la foi en des valeurs, en Occident d'origine judéo-chrétienne, ce que sont d'ailleurs les valeurs républicaines : une sécularisation de la religion catholique en France (bien sûr selon moi rien ne vaut l'original !), comme ne serait-ce que le bien est préférable au mal et que tout autre chemin scientiste, rationaliste ou autre, nous conduira à une énième impasse. Nous vivons aujourd'hui une crise de la laïcité parce que le savoir en lui-même ne comporte aucune autorité qui puisse le faire trouver préférable à l'ignorance, cette notion d'autorité du savoir ne peut passer que par le biais de valeurs qui sont elles-mêmes mises à mal par la religion du consumérisme qui ne distingue plus entre bien et mal et souvent fait l'apologie de la violence, de la réussite à n'importe quel prix et du sexe sans aucune limite.

J'espère que vous noterez que ce surmoi social est aujourd'hui en pleine déconfiture et demanderait à être réactivé d'une façon ou d'une autre. Je suis aussi un grand fervent des mythes grecs mais ils sont trop lointains dans notre culture pour être réactivés. Ce que je déplore, car jamais époque ne fut plus féconde et fructueuse sur tous les plans que durant l'âge classique hellénique. Ce que déplorait Nietzsche, lui aussi.

Pour conclure, j'adhère à ce que dit Onfray parce que je trouve bien des points communs entre ma mère qui est psychanalyste et psychologue freudienne, et n'importe quelle personnalité autoritaire et rigide de type fasciste. Elle ne fait jamais preuve de la moindre miséricorde même pour sa propre famille, c'est pour cela que j'aurais préféré qu'il n'y ait pas chez elle de rupture aussi brutale avec son propre héritage catholique qu'elle a obstinément refusé de transmettre et entièrement refoulé par véritable entêtement. Cela en fait véritablement une femme prédatrice malgré les dénégations de Freud sur cette même nature prédatrice, non pas chez l'homme en général puisqu'il prétend le contraire mais quand même on pourrait au moins l'espérer chez ses propres adeptes ou ses patients guéris : paradoxe ? Ou alors c'est qu'il était trop pessimiste sur la nature humaine pour croire en sa propre "science" afin d'en sortir.

En gros Freud pose bien la problème mais n'apporte aucune solution, hormis une sympathie affichée pour les régimes fascistes.

Les médias brandissent l'épouvantail de l'extrême droite et font son jeu

 


Les causes de la montée de l'extrême droite aujourd'hui n'ont absolument plus rien à voir avec celles qui l'ont expliquée dans les années 30.

C'est exactement ce que j'essaie d'exprimer. La gauche a abandonné le terrain social depuis 40 ans, elle s'est convertie à l'orthodoxie néolibérale depuis 1983. L'extrême gauche de Mélenchon n'est préoccupée que de créolisation et de wokisme militant. Mélenchon est un social-traître effectivement, je connais assez ceux qui militent pour son programme pour savoir ce qui se loge dans la tête de l'électeur moyen d'extrême-gauche souvent plus bas du front qu’un fasciste pur jus, et se foutant de la justice sociale comme de sa première chemise : avant tout la haine de soi-même et de tout son héritage culturel ancestral, une volonté d'expiation sans fin passant par la castration des hommes blancs, et enfin une volonté de domination et d'emprise sur son groupe d'affiliés puisqu’aucune transcendance ne saurait la justifier autrement que par cette volonté d’emprise toute animale et sauvage. L’homme n'a pas besoin de tant d'argent que ça, tout ça c'est de la merde, de la valeur d'échange ; je ne sais même pas s'il a besoin d'égalité réelle, en tout cas on s'en éloigne grandement. Il a besoin d'un surmoi, donc de valeurs un peu supérieures à la simple immanence auxquelles il puisse adhérer lorsqu'il est encore un enfant en plein développement, et de valeur d'usage. Tout ce que la société actuelle lui refuse en le maintenant éternel adolescent, et tout ce que l'extrême gauche avec son très pur matérialisme historique immanent n'arrivera jamais à combler.

Comme la nature a horreur du vide, c'est l'extrême droite qui apparaît comme la seule alternative crédible en faisant miroiter un patriotisme économique protecteur, un gaullisme social alliant le capital et le travail comme durant les Trente Glorieuses, un retour à des valeurs judéo-chrétiennes capables de refédérer une société atomisée jusque dans ses fondements familiaux depuis cette date symbolique et fatidique que représente mai 68 et sa revendication d'une innocence absolue de la jeunesse, qui a frisé en réalité l'irresponsabilité la plus totale chez les plus cyniques des 68ards.

Bien entendu tout ceci est sans doute de la part de l'extrême droite nous faire prendre des vessies pour des lanternes en laissant espérer un retour à une gauche du travail et une droite des valeurs, comme sous de Gaulle. Cependant sous Macron c'est aujourd'hui un wokisme caricatural (en quoi Mélenchon apparaît davantage comme son idiot utile que comme son opposant) et une droite forcenée du travail qui règnent, fruit d'un processus qui je le répète dure depuis 40 ans et va en s'exacerbant inexorablement que le régime soit de gauche, de droite, ou les deux "en même temps" désormais, ou encore ni l'un ni l'autre, c'est selon !

Comme rien ne semble pouvoir enrayer ce processus de durcissement du monde du travail et de réglementation wokiste, en réalité rigide et culpabilisante des rapports humains - alors que la base sociétale de cette nouvelle réglementation était libertaire donc déculpabilisante, et 68arde ; la plupart des médias qui depuis bien longtemps ne jouent plus leur rôle de contre-pouvoir mais au contraire ont pris pour lui fait et cause, n'ont rien trouver d'autre comme parade que d'attirer l'attention sur les dérapages extrémistes, xénophobes, antisémites, sexistes, homophobes... des mouvements contestataires pour les discréditer et culpabiliser ceux qui seraient tentés de se détourner du droit chemin ; sans se douter que par là même, ils pouvaient aussi faire leur jeu en fabriquant de toutes pièces le seul parti de contestation possible auquel un "déplorable" encore attaché à des valeurs traditionnelles puisse s'identifier.

Les baby-boomers se revendiquant peut-être à tort de Freud ont voulu rejeter toute forme de culpabilité. On pourrait dire pour qu'au sein d'une chaîne de causalité implacable, de l'innocence absolue revendiquée par la génération des baby-boomers refusant toute forme de culpabilité et d'interdits, surtout d'origine religieuse, découle aujourd'hui une culture de la violence dans l'art et encore davantage dans l'industrie du divertissement qui tend à remplacer l'art, une banalisation de la violence dans la rue, une radicalisation violente du langage et des rapports humains débouchant de plus en plus souvent sur leur judiciarisation, une violence inédite dans les rapports sociaux à l'intérieur du monde du travail, une atomisation de la famille dont les enfants font très violemment les frais... Tout cela par oubli d'un principe assez simple : personne n'est innocent ; intuition pourtant présente dans le christianisme mais violemment rejetée par les jouisseurs et cyniques de tout poil dans la lignée de mai 68. L'enfance est innocence par rapport à l'âge adulte et c'est précisément pour ça qu'elle a plus que jamais besoin qu'on lui transmette des valeurs permettant de se structurer, ce qu'on appelle un surmoi, que la majorité des baby-boomers ont été incapables de transmettre par irresponsabilité totale sous couvert d'innocence, d'où la profonde crise actuelle... et motif d'explication des phénomènes de réaction contemporains - on pense au succès d'un Zemmour. On a absolument tout toléré de la part de cette génération gâtée, y compris tous ses excès qui nous coûtent aujourd'hui très cher et expliquent la montée de l'extrême droite.

En gros la cause essentielle de la montée de l'extrême droite c'est mai 68, et tous les abus de la génération des baby-boomers qui s'auto-proclamait innocente et refuse toujours de s'en départir.

dimanche 7 novembre 2021

Le néolibéralisme a érigé l'égoïsme et l'amour propre en système

 


La question de la liberté de choix est une vraie question. Dans la modernité je ne suis pas certain que les gens "choisissent" leur aliénation ; là où le christianisme présentait quand même l'intérêt d'être une religion du libre arbitre, il y a donc eu recul avec les "droits de l'homme" lorsqu'ils sont associés au néolibéralisme. Quant aux avancées de la gauche elles ne sont visibles depuis une quarantaine d'années que dans le domaine sociétal (aujourd'hui on dirait le wokisme), au détriment du social. Autrement dit la gauche a abandonné le terrain social depuis 40 ans, et elle est même devenue l'idiote utile du capitalisme lui servant à diviser pour mieux régner. Seule la génération des baby-boomers a pu profiter à plein des droits de l'homme, lorsqu'ils étaient associés à une politique sociale associant le capital au travail durant les Trente Glorieuses. Je dirais que les générations qui viennent après seront de plus en plus aliénées si l'on ne change pas rapidement de trajectoire.

Je n'ai pas du tout connu ce genre de problème dans le petit village breton de mon enfance chez mes grands-parents. Ils ne me semblaient pas aliénés par la religion, mais portés par un catholicisme syncrétique imprégné de paganisme qui leur permettait de s'épanouir et même de faire preuve d'une bonté naturelle, peut-être celle dont parle Rousseau, à des années-lumière de ce qu'est devenue leur fille, ma mère, sous l'influence du parisianisme et de sa vanité intrinsèque qui porte à la méchanceté plutôt qu'à la bonté. En plus de 1000 ans de catholicisme dans les terroirs il y régnait selon moi un certain enchantement spirituel, et les valeurs judéo-chrétiennes venues se greffer sur des rites païens qu'elles n'avaient pas fait disparaître, les gens en étaient imprégnés comme naturellement. C'est une propagande de la République laïque que de nous faire croire que les gens dans les campagnes étaient aliénés par la religion. Le néolibéralisme depuis 40 ans nous aliène bien davantage, d'autant plus que nous avons été déracinés pour soi-disant profiter de ce système qui était censé nous émanciper.

D'après moi là où l'on déracine et veut rééduquer, là est le mal, même si cela porte les beaux noms de Liberté, droits de l'homme, École, Laïcité... 1500 ans de catholicisme imprégné de rites païens dans les terroirs, un peu plus de 200 ans de valeurs de la République, 40 ans de néolibéralisme qui veut même se mêler des valeurs de la Laïcité et de l'École, ce qu'on appelle pudiquement faire connaître le monde l'entreprise aux plus jeunes via l'École. Comme si le monde de l'entreprise était devenu la finalité de la société libérale des droits de l'homme et donc de l'École à son service.

C'est François Delpla qui dit que les droits de l'homme n'ont jamais été appliqués comme il faut et qu'il serait souhaitable qu'ils le soient pleinement comme remède aux maux de la société. Moi j'ai un problème avec les droits de l'homme dans la mesure où mes deux parents étaient deux "fous" qui n'ont pas respecté mes droits. J'entends bien que cela fausse mon jugement et explique mon désir d'une communauté dont l'intérêt commun puisse dépasser l'intérêt personnel et vénal de chacun. Or nous n'y sommes pas du tout, dans la "société des droits de l'homme" chacun essaie de faire passer ses petits intérêts mesquins et égoïstes, y compris au moyen de la judiciarisation, avant celui de la communauté dont les valeurs devraient être le bien commun et idéalement reposer sur l'altruisme. C'est le libéralisme ayant une vision très noire de la nature humaine qui a placé le vice comme moteur de l'action humaine (« vice privé, vertu publique » ; Mandeville), ce qui fausse complètement la question des droits de l'homme ; car si la liberté des droits de l’homme est de s'adonner égoïstement au vice, quelle valeur accorder à cette liberté ? Ce n'était du tout pas la vision de l'homme qu'en avait une conception judéo-chrétienne (le vice à réfréner) ou encore gréco-romaine - un optimisme considérant que l'homme est naturellement porté vers le bien et que le mal constitue une erreur dont le remède est la connaissance de soi objet de la spéculation philosophique ; "connais-toi toi-même", maxime de la sagesse grecque antique inscrite à l’entrée d’un temple.

Le socialisme n'a jamais été appliqué en France. Il y a eu une politique keynésienne de redistribution et d'association capital-travail durant les Trente Glorieuses.

C’est parce que vous avez une vision optimiste de la nature humaine que vous dites que le consumérisme nous regarde individuellement. Pour un libéral l'homme est naturellement porté au vice et à la satisfaction de ses appétits égoïstes à travers la consumation que constitue l'acte de consommer un objet. La perversion d'un tel système est que de gens en arrivent à "consommer" leur prochain en le chosifiant comme un objet, c'est-à-dire à le consumer. Je vous répète que j'ai parfaitement connu ça de la part de mon père et dans une moindre mesure de ma mère, ce qui fausse mon jugement sur les droits de l'homme. Je crois que cette action de consumer son prochain se manifeste à travers une pathologie moderne et très largement répandue que l'on nomme perversion narcissique.

Le vice, c'est-à-dire principalement l'égoïsme, est le moteur de l'action dans une société libérale. Lisez Mandeville et Smith. Vous comptez réprimer l'égoïsme par la loi ? De l'égoïsme découlent tous les autres vices qui paraissent totalement légitimes à qui les conçoit au nom de ses droits ; la question de la morale (c'est-à-dire celle du rapport à mon prochain) est devenue totalement secondaire dans la société moderne des droits de l'homme. L'égoïsme et l'amour propre totalement généralisés et banalisés dans la société moderne sont une perversion de l'amour de soi, tendance négative que favorise la société que dénonçait déjà Rousseau quand il affirmait que l'homme naissait bon et que la société le corrompait.

Les fondements du libéralisme posés par Mandeville et Smith encouragent l'égoïsme et l'amour propre. À cette conception vient se heurter celle d'un Rousseau qui distingue effectivement l'amour de soi de l'amour propre, ce dernier étant encouragé par les valeurs de la société de son époque.

Non seulement rien n'a changé depuis Rousseau mais tout a empiré sous l'action des valeurs du néolibéralisme qui encouragent l'égoïsme - there is no society ! Thatcher. Ce n'est même plus la société mondaine sous l'influence des valeurs de l'aristocratie selon lui corrompues qui encourage l'amour propre comme à son époque, mais le pouvoir politique et tout le système consumériste. On pourrait dire que l'on a érigé l'égoïsme et l'amour propre en système.

« Les "filles mères" des petits villages catholiques n'approuvent pas du tout, toujours la même chose depuis au moins 10 ans, pourquoi écrire tellement pour raconter inlassablement la même chose ? »

Sauf que je n'ai pas cette histoire singulière des filles mères, et que mes parents ont utilisé tout le progressisme et la modernité de leur époque pour me persécuter, mon père à travers des pulsions pédophiles incestueuses que la société via les intellectuels de gauche encourageait alors, et ma mère à travers le freudisme qu'elle a perverti et la volonté de puissance que lui confère son statut social. Et elle continue, elle a déjà réussi à manipuler ma fille aînée qui me prend pour un fou, et bientôt ce sera au tour des deux suivantes.

Elle a bien compris que quand on a le fric on peut tout se permettre, c'est bien pour ça qu'elle a vendu égoïstement la maison de Quiberon, pour en avoir encore plus et pouvoir m'humilier davantage, maintenant via mes filles. Colette est comme ça, implacable.


vendredi 5 novembre 2021

Faut-il jeter le bébé philosophique d'origine allemande avec l'eau du bain wokiste ?


"La "ligne de fuite" s'est vue promptement reterritorialisée, de façon on ne peut plus fascisante...", joli ! Je ne pense pas que l'on puisse réduire Heidegger à son adhésion au parti nazi et qu'il y a beaucoup de choses à sauver chez lui. Nietzsche disait qu'il n'y avait pas de faits mais que des interprétations, de même que l'interprétation qui peut être faite de son œuvre, de gauche ou de droite. Pour ma part je n'ai connu à la Sorbonne que des profs se réclamant d'un Nietzsche "de gauche", dont Sarah Kofman, Jean Maurel ou Élisabeth de Fontenay, vers la fin des années 80 et le début des années 90.

Qu'est-ce qu'on fait alors, on biffe Heidegger et on se prive de penser l'autonomie de la technique ? On biffe Nietzsche et on se prive de penser la modernité ? On revient à un pur idéalisme kantien qui valide le pouvoir de la raison ? Oui mais sauf que Kant par le biais de la "banalité du mal" développée par A. Arendt n'est lui-même pas tout blanc dans cette affaire de barbarie nazie, idem pour Hegel et sa vision dialectique de l'Histoire. C'est en réalité toute la philosophie allemande qui s'est compromise ; faut-il comme Jankélévitch tourner le dos à toute la culture allemande ? Faut-il biffer Foucault, Deleuze, Derrida parce qu'ils se sont inspirés de la philosophie allemande ? Peut-on penser après Auschwitz ? Non, pour la simple et bonne raison qu'il n'y a aucun PARDON possible comme le disait Jankélévitch. Donc abstenons-nous de penser et adonnons-nous à la religion du consumérisme, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes festifs - dont Philippe Muray fait une description jubilatoire ? D'autant plus que le wokisme, tout comme le nazisme, sont des interprétations très réductrices et tendancieuses de l'œuvre nietzschéenne.

Le débat ne demande pas selon moi à être simplifié mais complexifié, en s’aidant de tous les outils mis à notre disposition ; et non en s’interdisant de penser parce que tous ces outils seraient biaisés. De toute façon il faut accepter que toute pensée humaine soit imparfaite et biaisée, par définition. Nul système aussi brillant qu’il puisse paraître ne comporte des failles par où viennent s’introduire les interprétations tendancieuses, comme le wokisme. Réduire toute la pensée de Foucault, Deleuze, Derrida, à une "vaste escroquerie" parce qu’elle engendrerait aujourd'hui des interprétations, tendancieuses, biaisées, et fascisantes, comme c'est vite dit ! Malheureusement la plupart des gens préfèrent des réponses toutes faites à des questions complexes.

C'est assez normal que Bouveresse "vomisse" Nietzsche penseur de l'interprétation issue du sentiment de l'absurde, puisqu'il est un tenant de la philosophie analytique. Il est le défenseur du courant analytique en terres philosophiques continentales… Tout le courant herméneutique issu de la pensée nietzschéenne doit lui paraître irrationnel. Bouveresse a surtout réglé son compte à toute une philosophie herméneutique nietzschéenne "de gauche" qui rencontrait un grand succès quand lui n'en avait aucun.

J'aurais dû être plus nuancé et dire plutôt que "vomisse", que Bouveresse "a du mal à comprendre Nietzsche penseur de l'interprétation issue du sentiment de l'absurde", ce que ne peut lui permettre son approche analytique et non "sophistique". L'approche analytique est biaisée en elle-même car elle s'interdit l'herméneutique. Or je pense que Nietzsche a effectivement tout dit et son contraire ; ce qui peut laisser place à des interprétations de droite et de gauche, selon la sensibilité de chacun ; c'est ce qui fait aussi la richesse de sa pensée qui est non partisane, non binaire, non castratrice, ouverte à tous les fantasmes qui structurent la personnalité de chacun, au passage tout le contraire de l'idéologie woke - castratrice par nature ; et sans imaginer que sa pensée aurait pu être récupérée pour stimuler les fantasmes sadiques qui structuraient l'imaginaire nazie.

La pensée de Nietzsche n'est pas univoque mais équivoque, comme celle de Montaigne d'ailleurs, l’implicite y règne en maître au détriment de l’explicite, l’ambivalence et l’ambiguïté, le second degré également : toutes choses que nos contemporains, surtout wokistes et adeptes du politiquement correct ne comprennent plus du tout. Faire l'amalgame entre la pensée de Nietzsche et ses fâcheuses "conséquences" wokistes, me paraît relever du contresens le plus complet.

POUR AU CONTRAIRE RÉHABILITIER NIETZSCHE ET HEIDEGGER CONTRE TOUTE LES TENTATIVES DE SIMPLIFICATION ANALYTIQUE D’ORIGINE ANGLO-SAXONNE, - je n’ai rien a priori contre les Anglo-Saxons, mais comme l’a fort bien montré Nietzsche, en matière de pensée ils sont très étriqués.

Dans l'œuvre de Nietzsche la chose la plus importante y est moins ce qu'on dit que la force avec laquelle on dit cela, qui permet d'affirmer des choses contradictoires d'un point de vue analytique, mais pas du point de vue de la pensée dont Heidegger dit qu'elle est toute autre chose qu'un développement logique qui s'appuierait sur des axiomes, mais un CHEMINEMENT. La science "ne pense pas" selon Heidegger précisément pour cette raison : elle n’est pas un cheminement. Même si la logique depuis Aristote et Platon a toujours constitué un élément important de la philosophie, il faut bien voir que Nietzsche s'inscrit davantage dans le mouvement sophistique pour qui le principe de non contradiction n'est pas rédhibitoire. Parce que ce principe de non contradiction constitue encore un arrière monde de philosophe, alors que Nietzsche s'efforce d'avoir une approche poétique de la réalité dont le projet philosophique ultime est de féconder des créateurs et non des idéologues fascisants et sectaire, dans un monde où « Dieu est mort ».

Faire de Nietzsche un penseur exclusivement de droite (ce qu'il est aussi !) constitue pour moi un a priori rédhibitoire que j’attribue à sa formation analytique. Bouveresse : « Nietzsche en penseur politique, défenseur d'un radicalisme aristocratique selon lequel la masse du peuple doit obéir, travailler et être asservie pour que l'élite puisse être libre, commander et créer. », au fond nous y sommes et il n’y avait pas besoin de Nietzsche pour cela ; la déformation des idéaux des Lumières par le capitalisme y a pourvu assez bien - un jouet entre les mains des bourgeois pudiquement rebaptisés bobos. Nietzsche est le philosophe du "en même temps", bien avant notre président néolibéral... et "philosophe" (sic) selon les mots de Brice Couturier.

Enfin pour terminer je vais être un peu caustique, voire cynique, parce que je m'en fais régulièrement la réflexion à moi-même ; qui vous dit que replacé dans le contexte de l'époque et si vous aviez été allemand voire français, vous n'auriez pas admiré Hitler ? Il y a tellement aujourd'hui dans les médias des "résistants d'opérette" qui se réfèrent constamment à Hitler pour distribuer des points Godwin et qui le voient partout chez leurs adversaires, pensant que s'ils avaient été présents à l'époque ils auraient pu changer le cours de l'histoire, c'est tellement facile et peu glorieux dans le temps de l'après-coup !

Mais qu'en savent-il seulement à l'aune de leurs convictions présentes que favorise la doxa d'aujourd'hui et ses lois liberticides de la liberté d'expression (contrairement à la législation américaine du premier amendement) que dénoncent d'ailleurs Noam Chomsky ; généralement pour interdire toute opinion divergente dans un bel unanimisme antifasciste, se transformant parfois en fascisme... woke ! s'ils avaient été soumis à la pression de l'époque ? Je ne dis pas ça pour défendre Hitler ni pour tenter de réhabiliter d’une quelconque façon le personnage monstrueux et ceux qui ont encore aujourd'hui pour lui une forme d'admiration, mais je pense que ceux qui voient des Hitler ainsi que des disciples de Hitler à combattre, partout, de façon hystérique, sont peut-être ceux qui l’auraient adulé avec le plus de ferveur de son vivant.

Pour ceux qui prétendent qu’ils n’auraient jamais été séduit par un tel personnage, je leur réponds le problème est que la pression social et la doxa dominante de l'époque les auraient peut-être forcés à être "séduit", l'homme est avant tout une animal social, un zoon politikon ; c'est l'idéologie libérale qui prétend qu'il un INDIVIDU libre et autonome qui se réalise par son travail au service de l'intérêt général, si l'on rajoute l'amour cela forme la doxa freudienne : "qu'est-ce qu'être normal, c'est aimer et travailler". Tout cela n'est qu’une vaste fumisterie, l'homme a besoin de vivre en communauté, de partager en commun comme le disait Marx, au moins dans la famille - mais cette dernière est souvent toxique ; il ne se définit et ne s'épanouit qu'au sein de la RELATION. Et cette relation est toujours relation à un AUTRE.

Je pense au contraire que le but ultime de la philosophie de Nietzsche était de féconder l’élan créateur quelle que soit sa provenance sociale, il ne cesse d’ailleurs dans toute son œuvre de rétablir la figure du criminel, victime des circonstances, traîné dans la boue par le troupeau des faibles alors qu’il est lui-même détenteur d’une vérité qui le rapproche de l’artiste. Si ce n’est pas être de gauche ça !

Le problème de Nietzsche est surtout qu'il a mis la barre beaucoup trop haut pour les médiocres bassement matériels et vénaux que nous sommes pour la plupart, qui explique que son œuvre fasse davantage recette pour produire des idéologues wokistes bornés plutôt que pour féconder des créateurs véritables : encore une fois, cela ne s’explique pas par l’œuvre de Nietzsche mais par la médiocrité de ceux qui font sur lui un travail d’interprétation - surtout que toute interprétation dépend de ce que l'on y met de soi-même ; ou plus exactement de l'herméneutique de l'herméneutique faite par Foucault, Derrida, Deleuze. Ou encore une herméneutique de l'herméneutique de l'herméneutique etc. Effectivement Nietzsche pour beaucoup c'est un peu l'ours de "l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours" ; peu de gens ont le courage et la patience de se confronter, dans le cas de Nietzsche, à la source la plus ardue, et préfèrent se contenter de commentaires de commentaires.

La Volonté de Puissance, l’ouvrage est une manipulation de la sœur de Nietzsche à partir de fragments isolés, voire elle en a peut-être tout simplement inventé certains, sans liens les uns avec les autres et présentée comme une démarche structurée, c'est une falsification grotesque.

Sans vouloir me livrer à une analyse sauvage, je crois surtout qu'à travers Bouveresse qui est un penseur médiocre empli de ressentiment pour la pensée continentale, beaucoup cherchent à brûler leurs anciennes idoles. Mais c'est bien ils sont sur la bonne voie, ils font preuve d’une démarche iconoclaste nietzschéenne.

J'espère qu’ils ne sont pas de ceux qui pensent que c'est le dernier qui a parlé, en l’occurrence Bouveresse qui a raison. "La nouveauté c'est vieux comme le monde."

Enfin sur ce que dit Deleuze sur la vignette : « Être de gauche c’est d’abord penser le monde , puis son pays, puis ses proches, puis soi », une telle citation me paraît être surtout de l’angélisme, typiquement de gauche dans ce qu’elle a de plus stupide, qui met la vérité sur la tête, constituant l’alibi chez les plus malsains, voire pervers, pour ne pas se préoccuper de leurs proches, pour négliger leur famille, voire l’exploiter sexuellement comme l’a montré l’affaire O. Duhamel, un cas pas si isolé que ça, une tendance lourde issue de mai 68 et que Rousseau dénonçait déjà : "Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins" ; on pourrait rajouter pour être dispensé d’aimer ses propres enfants, ce qui constitue le premiers des devoirs ou essayer de faire semblant puisque l'amour ne se commande pas. C'est justement parce que l'amour ne se commande pas que le devoir est là pour y pourvoir, c'est l'un des enseignement du judéo-christianisme et de la morale kantienne ; nos désirs ne peuvent pas tout et surtout ne doivent pas tout, car le plus souvent ils font fi de l'altérité : la maladie du modernisme étant la généralisation de la perversion narcissique.

Contre Deleuze et sa vision déterritorialisée et nomade il faut sauver la famille et la communauté, voire réhabiliter l’idée de communauté religieuse d’origine catholique en France, surtout parce que c’est le néolibéralisme bien plus encore que la gauche qui tente de les faire exploser. Enfin l’individu n’est rien sans la famille et la communauté ; les droits de l’homme qui s’adresse à l’individu et qui ne défendent souvent que ses petits intérêts mesquins et vénaux, sont une construction des Lumières, une « robinsonnade » comme dirait Marx, une très pâle interprétation de Rousseau et de Diderot dont on a instrumentalisé les pensées pour les associer aux intérêts de la bourgeoisie via le capitalisme ; une construction qu’il serait bon de remettre en question, de déconstruire - mais alors qu’ils déconstruisent tout le reste les wokistes se désintéressent du capitalisme, tandis que la pensée de Marx qui s’était attelée à cette déconstruction est devenue obsolète ; une construction de la bourgeoisie plus que des Lumières d’autant plus néfaste que selon une certaine conception libérale anglo-saxonne très pessimiste sur la nature humaine, cette dernière se caractériserait par une impulsion naturelle au mal que l’on doit encourager par le vice plutôt que de la réfréner comme dans le judéo-christianisme par la vertu ; c’est la logique de la religion du consumérisme et du commerce. Seuls les Grecs très optimistes sur la nature humaine avaient pressenti que l’homme pouvait avoir une prédisposition naturelle au bien, et l’avaient encouragé dans cette voie : souhaitons ou plutôt rêvons qu'ils soient les seuls à ne pas s'être trompés.



NIETZSCHE PENSEUR DU SURHOMME ET DU GRAND STYLE N'EST PAS UN PHILOSOPHE POLITIQUE

Et dans le même ordre d’idées vous ajoutez : « La philosophie de Nietzsche, je crains que. B. Russell et J. Bouveresse aient raison à ce sujet, constitue bien une forme d'élitisme aristocratique... Peut-on sortir d'une société composée de maîtres (le camp nietzschéen) et d'esclaves (le camp chrétien) ? C'était le pari de la social-démocratie, visant à promouvoir une classe moyenne... Je crains que ce pari soit aujourd'hui en voie d'obsolescence programmée. » En gros pour vous la philosophie de Nietzsche légitime la logique néolibérale (là je ne suis pas d’accord car Nietzsche est très rarement un penseur politique et n'a rien à voir avec le libéralisme), foncièrement inégalitaire nous sommes bien d’accord sur ce dernier point. D’ailleurs assez cocassement bon nombre d’aphorismes de Nietzsche sont repris comme des slogans dans la publicité pour vanter les mérites de tel ou tel produit. La logique inégalitaire est dans les fondements mandevilliens du libéralisme, sans avoir besoin d'avoir recours à Nietzsche.

Cependant le projet ultime de sa philosophie était selon moi de féconder des artistes créateurs (Nietzsche de gauche) bien plus encore qu’une aristocratie politique (Nietzsche de droite). Il avait pris acte de la mort de Dieu donc de la mort du Christ et du christianisme, il avait donc le désir de féconder des créateurs d'un type nouveau axé sur le modèle du surhomme et du grand style ne devant plus rien au modèle chrétien qui avait pourtant si prolifiquement fécondé l’art durant bien plus de mille ans. Il disait que les artistes devraient renoncer à prendre pour modèle l’agonie du Christ dans l’acte de création – modèle dont au passage un écrivain comme Houellebecq dit se revendiquer, vomissant Nietzsche et son amoralisme.

Je crois qu’il voulait aussi qu’on assiste à un regain et à un âge d’or de la culture gréco-romaine sur le modèle de la tragédie grecque et de l’opposition entre apollinien et dionysiaque, comme cela s’était produit durant la période de la Renaissance qu’il admirait. Il rêvait d’être le prophète de cet âge d’or aristocratico-esthétique à travers son Zarathoustra qui avait vocation à servir de méthode.

Il avait la dent très dure envers les chrétiens, d’autant plus que lui-même avait échappé de peu à une carrière de pasteur alors que toute sa généalogie familiale l’y destinait. Malgré des paroles parfois très dures envers les Juifs, il détestait l’antisémitisme allemand qu’il définissait comme un poison et avait pour eux plus bien plus d’indulgence (que pour les chrétiens) puisqu’il disait qu’ils seraient un jour amenés à devenir les guides et les maîtres de l’Europe, c’est-à-dire les nouveaux aristocrates dans le projet d’un âge d’or aristocratico-esthétique ou élitistement artistique. Aristocrates au sens d’artistes, de créateurs, et non pas de maîtres politiques. Le but de Nietzsche n’était pas de fonder une nouvelle élite politique.

Le projet de Nietzsche n’est donc pas selon moi politique, ou très peu, contrairement à un Machiavel ou un Mandeville. Ce qu’on peut en revanche lui reprocher c’est son amoralisme foncier (le point commun avec le libéralisme mandevillien) qui doit inspirer bien des « créateurs » dans le domaine publicitaire.

Je souscris à votre propos, à un point près : je pense que le "maître" nietzschéen n'est pas seulement un artiste (c'est la lecture de J.-N. Vuarnet, dans son essai Le Philosophe-artiste), c'est aussi un maître au plan politique, comme Machiavel l'annonçait en effet, un maître sans scrupule, la moraline étant réservée aux faibles, aux esclaves... Pourquoi Nietzsche se serait-il arrêté au seuil du domaine de la grande politique ? Fallait-il selon lui laisser le gouvernement de la cité aux prêtres ou aux socialistes ? Il n'a pas de mots trop durs pour les vilipender, ces hommes du ressentiment.

Nous n'y sommes pas du tout avec le libéralisme dont la logique est certes inégalitaire - un bon point pour Nietzsche. Les maîtres n'y sont pas des aristocrates mais des plébéiens enrichis aux goûts aussi vulgaires que les gueux, mais certes amoraux - encore un bon point pour Nietzsche ; voire immoraux : des pervers selon Mandeville amenés à prendre le contrôle de la Cité parce qu'ils sont les pires de tous les hommes, the worst of them, (cf. Dany-Robert Dufour).

Je ne pense pas que Nietzsche aurait pu se reconnaître dans ces hommes politiques contemporains (hormis peut-être la tentative de Zemmour !), idem pour ces milliardaires qui les font et défont, tous ces people si dénués de toute forme de noblesse, aux goûts si vulgaires qu'ils partagent d'ailleurs avec les hommes du ressentiment, lui qui revendiquait comme modèle politique absolu le grand siècle de Louis XIV (encore un modèle qui le rapproche de Zemmour).

Nous en sommes à des années-lumière. Et c'est entièrement la logique libérale dont la conception remonte à Mandeville et Adam Smith qui explique les inégalités actuelles, Nietzsche n'étant pas un libéral (encore moins un socialiste certes) et sa conception aristocratique du pouvoir politique n'y étant absolument pour rien. Car sa conception du pouvoir politique est calquée sur un modèle esthétique et amoral, c’est-à-dire aristocratique mais non libéral et immoral – le vice c’est-à-dire le mal se transformant en bien pour les penseurs libéraux, il faut l’encourager. C’est pour cela que faire l’amalgame entre l’inégalitarisme foncier du libéralisme associé au capitalisme avec l’inégalitarisme aristocratique de Nietzsche me paraît constituer un contresens. Je pense que Nietzsche aurait vomi l’inégalitarisme libéral, parce qu’il ne débouche pas sur une morale aristocratique chez les maîtres mais sur leur perversion comme l’explique et le justifie très bien Mandeville pour la conduite de l'économie (cf. Dany-Robert Dufour ; Baise ton prochain)

Pour moi qui ne suis pas un apologiste de la Révolution française je peux très bien comprendre la position nietzschéenne, et je pense que l’on vivait, même chez les gueux, plus agréablement sous l’ancien régime que sous le régime actuel - parce que le monde y était enchanté par un catholicisme syncrétique imprégné de paganisme, et qu’il n’y était pas soumis à l’arraisonnement par la technique. D’ailleurs les gueux de l’ancien régime n’ont rien à envier aux gueux actuels, « sans dents », « riens », qui sont pléthores.

POUR ME DÉMARQUER DE NIETZSCHE ET DE SA MORALE ARISTOCRATIQUE

Je dirais que suis de ceux qui pensent que le degré de bien-être ou d'aliénation d'un homme n'est pas directement proportionnel à ses bonnes ou mauvaises conditions de vie matérielles. Le progrès technique peut être un motif d'aliénation, par rapport aux modes de vie plus simples, bien plus frustes de nos ancêtres, plus proches de la nature aussi, ce que nous avons tendance à oublier ; ancêtres reliés entre eux par la communauté religieuse. Le progrès apporte du bien-être matériel, mais le prix à payer est un isolement bien plus aliénant que la pauvreté et la simplicité lorsqu'elles sont tempérées par l'appartenance à un monde commun fait de coutumes et de traditions partagées dont le point commun est de célébrer la vie et la nature plutôt que de les exploiter, comme fonds commun disponible afin de faire du profit.

Ce monde commun qui était un catholicisme syncrétique imprégné de paganisme en France jusqu'à il y a très peu de temps dans les terroirs les plus reculés (vers la fin des années 70 chez les anciens), n'existe plus. Il n'y a plus que des tribus, des individus en guerre les uns contre les autres ne recherchant leur salut que dans l'argent se recroquevillant sur des droits (de l'homme) mesquins, des modes liées au consumérisme, des codes vestimentaires ou de langage permettant aux tribus de se reconnaître entre elles et de se distinguer, des logiques de bouc-émissarisation qui excluent et ostracisent, du communautarisme, mais plus de communauté. La crise que nous vivons aujourd'hui, la violence qu'elle génère par rivalité mimétique généralisée non tempérée par l'eucharistie (qui était le sacrifice symbolique d'un tiers indispensable à la cohésion du groupe) est directement liée à la disparition de ce monde commun, encourageant des mouvements de nostalgie pour le vieux monde dont Zemmour est une des manifestations contemporaines.

Alors bien sûr il n'y a plus de gens qui meurent de faim dans les rues, il n'y a plus la peste, le choléra, la tuberculose... mais le prix à payer qui est l'isolement et l'aliénation visibles à travers la consommation massive de neuroleptiques, anxiolytiques, antidépresseur... au sein de la population, est bien trop exorbitant. L'École et la Laïcité ne peuvent constituer à elles seules des solutions exhaustives si elles ne s'accompagnent pas d'un retour à des valeurs ancestrales prenant en compte la part de spiritualité qu'il y a en l'homme et dont il a faim, plus encore que de simple nourriture et de biens matériels.